LE CAS DE RICHARD WAGNER
Moltke. On voit que dans la balance le côté rusé remporte sur le côté violent.
Pour s'engager dans la lutte , les trois compères voulurent avoir pour eux la Bavière, le Wurtemberg, la Hesse, la Saxe, le duché dé Bade, etc., mais surtout la Bavière.
Or, comment pouvait-on supposer que ces Etats , qui venaient d'être traités d^une si rude façon par les soudards du Nord, consentiraient jamais à s'allier à leurs oppresseurs? C'était une tentative insensée que de les liguer contre la France, qui pouvait seule leur porter secours sans 'leur porter ombrage.
S'ils étaient avec nous, ou seulement s'ils restaient neutres, la guerre était écartée. Mais où aurait échoué la perfidie de Bismarck, devait réussir la haine de Wagner.
Le roi de Bavière était hésitant. Il aurait dû comprendre que l'agrandissement de la Prusse équivalait à l'amoindrissement de la Bavière. Mais les monarques ne sont pas toujours clairvoyants, et l'amitié est souvent aveugle. Wagner entraîna le roi , le roi entraîna la Bavière ; la Bavière le Wurtemberg, le Wurtemberg la Hesse, etc., etc.
Quant au petit grand-duché de Bade, il était déjà entraîné.
Et voilà comment le roi de Bavière a remis entre
les mains de son cher ami les destinées de sa couronne, de son peuple et de ses armées.
Pour Wagner, son dessein est ingénieux : il veut rentrer à Paris en triomphateur et faire jouer ses ouvrages au nouvel Opéra.
Que si quelqu'un demande la preuve de ce que je viens d'avancer, je répondrai ceci : « Il n'y a qu'un compositeur et un compositeur irrité qui puisse concevoir et inspirer de telles inepties. Si ce n'est pas un autre, c'est lui. d
C'est ce qu'on peut appeler une démonstration par l'absurde.
Le flageolet da sergent.
Parmi les blessés qu'on avait transportés à Tambulance lyonnaise de Saint-Ferréol , se trouvait un jeune garçon particulièrement intéressant. Il était cultivateur aux environs de Plombières , et la guerre Favait fait sergent dans les gardes mobiles des Vosges.
Les camarades (nous avions plusieurs blessés de ces bataillons) ne parlaient du sergent Jules-Constant F... qu'avec une certaine déférence, et même quelquefois avec une véritable tendresse. Il avait reçu deux coups de feu , partis , sans doute , d'une fenêtre ou d'un tertre élevé, car les deux balles avaient traversé l'épaule droite de haut en bas , et l'une des deux avait atteint la colonne vertébrale.
Malgré la gravité de ses blessures, il ne poussait pas une plainte. A l'abbé V..., qui lui offrait les consolations de la religion » il répondait :
— Non, merci; je vais bien. Je guérirai bientôt,
et je veux retourner à la bataille. Je reconnaîtrai celui qui m'a touché. Il étaient au moins dix, mais je les reconnaîtrai tous. Monsieur Tabbé, est-ce que vous défendez, vous, de danser le dimanche?
— Mais, mon enfant...
— Après vêpres, bien entendu?
M. Fabbé V. . ., qui connaissait mieux que le blessé la gravité de sa situation, ne parvenait pas à l'amener sur le terrain délicat de la confession.
— Voyons , mon garçon , cela ne vous fera pas mourir. Au contraire , vous serez en paix avec vousmême, et peut-être en guérirez-vous plu« vite.
— Oh! oui, ils étaient au moins dix. Attention! les voilà, là-haut! Nous allons les faire danser! En avant les quat-s' autres !
Tous les matins on faisait, à huit heures et demie, la visite et le pansement des blessés.
C'est une heure pénible pour ces malheureux dont on ravive les souffrances, et qui sont, en outre, témoins des souffrances de leurs voisins. Un jour, on entendit sortir de ce concert de notes douloureuses le son égrillard d'un flageolet.
Était-ce une noce de village qui passait sous nos fenêtres?
Non : guidés par l'oreille , nous arrivâmes au lit du jeune sergent. Il s'était mis sur son séant, et