‹ Mes notes d'infirmierChapitre 28 sur 40 · ROUGEMONT · texte numérisé non relu

ROUGEMONT

On n'a rien à refuser à des gens qui entrent ainsi en matière. Toutes les maisons furent ouvertes, toutes les chambres disposées, tous les fourneaux allumés pour ces vainqueurs qui entraient ainsi dans une ville sans défense/ Pendant dix jours ils menèrent joyeuse vie.

Je sais une maison où ils s'installèrent au nombre de dix officiers, soixante hommes et quatrevingt-douze ctievaux.

Jugez des ravages exercés par cent soixante-deux estomacs allemands! Ils furent pris d'un accès de galanterie : ils invitèrent la maîtresse de la maison à dîner chez elle avec eux. Ils la comblèrent de soins et de prévenances, jusqu'à la veille de leur départ.

Ce jour-là ils lui déclarèrent qu'il leur fallait vingt-cinq mille francs en numéraire. La bonne dame jura ses grands dieux qu'elle ne les avait pas.

Alors l'aimable état-major fit avancer les tonnes de pétrole, qui produisirent leur efiet accoutumé. Madame X... apporta tout ce qu'elle possédait d'or, quinze mille francs.

— C'est bien, dit le principal officier, nous acceptons votre don, mais il est insuffisant. Vous n'oubliez pas qu'il nous faut encore dix mille francs.

— Je n'ai plus un centime.

— Qu*à cela ne tienne. Nous savons que vous avez entre les mains quelques valeurs assez bonnes. Vous possédez des obligations Paris-Lyon-Méditerranée qui ont perdu depuis quelque temps , mais qui reprendront. D'ailleurs, vous avez à Vesoul un banquier très-solvable , M. Courcelles...

— Vous le connaissez ?

— Si nous le connaissons! Il est notre otage à Brème. Mais sa maison existe, et votre signature y est connue. Allons, madame, vite le billet ou le pétrole!

Et madame X. . . signa un billet de dix mille francs, payable le 1" février 1871.

Trois jours après se livrait, à dix kilomètres de Rougemont, le combat de Villersexel. Parimi les blessés qui furent rapportés dans la ville, se trouvait un jeune officier prussien , ^ en qui tout le monde crut reconnaître celui qui avait incendié la tuilerie.

M. et madame G... le réclamèrent. Pendant quinze jours ils le soignèrent comme un fils, et quand il fut à peu.près rétabli, M. G... lui dit avec douceur :

— C'est moi qui étais le propriétaire de la tuilerie que vous avez brûlée. Pourquoi Tavez-vous brûlée?

Page 1