‹ Mes notes d'infirmierChapitre 4 sur 40 · A SAINT-LOUP · texte numérisé non relu

A SAINT-LOUP

— Elle n'a pas de serrure.

— Ah !

— Et quand même , il pourrait rentrer par la fenêtre» qui ne ferme pas non plus.

Je ne me donne pas pour un téméraire» et j'avoue qu'en toute autre circonstance l'inquiétude aurait pu me tenir éveillé. Je m'endormis cependant, et d'un profond sommeil.

Il était peut-être cinq heures du matin quand un coup de feu retentit près de ma fenêtre. On avait si souvent alors de pareilles alertes, que je ne m'en alarmai pas. Mais le premier fut suivi d'un second , puis d'une décharge assez nourrie.

Cela devenait sérieux. Est-ce que les Prussiens étaient déjà dans Saint-Loup ? Non , rassurez-vous : c'étaient messieurs les gardes mobiles qui visaient les cheminées, les girouettes et les enseignes, et qui usaien^t ainsi leurs munitions, pour avoir le droit de dire : a Nous n'avions que six cartouches, nous n'en avons plus. »

Je le répète , ces choses ne seraient pas bonnes à faire connaître, si nos jeunes soldats n'avaient pris leur revanche d'une défaillance qui n'eut jamais sa pareille dans notre pays.

Le jour venu, nous voulûmes, sinon aller jusqu'à Epinal , pousser du moins le plus loin possible dans cette direction.

Après plusieurs heures de marche, nous fûmes obligés de rétrograder. La route était encombrée de fuyards. Des chariots emportaient hommes , femmes, enfants, matelas, batteries de cuisine. Nous avons vu des voitures entièrement chargées de tuyaux de poêle. Les insensés fuyaient, fuyaient vers les villes, sans autre raisonnement que la peur, qui ne raisonne pas.

Pour éviter ce spectacle navrant, nous prîmes, au retour, une route latérale plus éloignée du chemin de fer. Là, nous vîmes des populations plus tranquilles attirées sur notre passage par une curiosité inquiète. A Corbenay, les femmes pleuraient et semblaient nous dire : a Ne nous faites pas de mal ! » Un paysan plus hardi s'approche de nous et dit à une bonne femme : a Tiens, en voilà un qui parle français! » Et un moment après : ce Mais... mais ils parlent tous français ! » Un autre cligne de Tœil en abordant le docteur B..., et lui glisse à Toreille : « Venez chez moi, j'ai une perdrix. r>

Ces braves gens nous prenaient-ils pour des Prussiens?

En rentrant à Saint-Loup, nous aperçûmes de loin les gardes mobiles de la veille qui se repliaient en toute hâte et qui allaient prendre le train d'évacuation. Depuis, nous avons su qu'ils s'étaient bien montrés; mais, ce jour-là... n'en parlons plus.

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