‹ Mes notes d'infirmierChapitre 6 sur 40 · LA VEUVE DAUXON-DESSUS · texte numérisé non relu

LA VEUVE DAUXON-DESSUS

Tout à coup je vois s'enlr'ouvrir une porte basse, adaptée sans doute au soupirail d*une cave, et un spectre noir se dresse devant moi.

Une femme vieille , longue , sèche , sortait de ces ruines. Elle resta quel(pies instants muette, puis elle m'aborda :

ce Cette maison est la mienne, me dit-elle. Je suis veuve; j'ai... j'avais un fils, j'y demeurais avec lui. ^

y) Samedi dernier, les Prussiens sont venus ici. Nous avions un cheval auquel Pierre tenait beaucoup. Les Prussiens voulurent le* prendre. Mon fils ne le leur refusa pas : on n'a rien à refuser à ces gens-là; mais il ne put s'empêcher de se plaindre.

w Alors, monsieur, savez-yous ce qu'ils ont fait? Ils ont fusillé mon enfant, là, dans le jardin.

)) Et ici, ils ont pris un fagot et des allumettes, et ils ont mis le feu à notre maison.

» Maintenant, je n'ai plus de quoi m'acheter une robe de deuil, n

Voilà ce que m'a raconté la vieille d'Auxon-Dessus.

Une maison brûlée, un paysan fusillé, c'est peu de chose , et il n'est pas un village des contrées envahies qui n'ait eu ses incidents et ses accidents; mais il faut que chacun apporte sa note au concert des malédictions , on pourra faire alors la légende de la terrible invasion.

Madame E. S.

En arrivant à Vesoul, je reçus un billet de logement. Je devais êtfe Thôte d'un magistrat de la ville. Je me présentai avec ma réquisition au logis désigné. Il était dix heures du soir, et j'eus bien de la peine à me faire entendre, quoique je cognasse à la porte à coups redoublés.

Enfin, un personnage noir, ressemblant à un secrétaire, vint ouvrir et me reçut avec une affabilité tempérée.

— " Que demandez-vous?

- — Monsieur X...

— Pour un logement ?

— Oui.

— Ah!

Il emporta la lanterne et me laissa dans la cour. Quelques instants après, j'entendis une fenêtre s'ouvrir au premier étage et une voix crier :

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