‹ Mes paradisChapitre 26 sur 63 · HALLADE DES SALES VIEUX · texte numérisé non relu

HALLADE DES SALES VIEUX

l'ourqui)i les respecler, ces vieux 1 Parce qu'il est fruste el cocasse, Un écu rogné vaut-il mieux ?

Parce qu'une antique carcasse Se voûte, se vide et se casse, A-t-elle droit aux madrigaux?

Zut ! Et que la mort les fricassc, Les sales vieux ! Aux asticots !

Ils n'ont plus de soleil aux yeux, Plus d'herl)e sur la calebasse, Plus de cambouis dans les essieux.

Leur asthme poussif qui trépasse Empuantit le vent qui passe,

DANS LIS 1(1 MOIS i:i;{

El leur calarrlie a pour éthos Les sou})irs do leur eontrehasse.

I,<»s s.iles vit'iix. ;iux ;islifi»ls !

Ils sont laids, miteux, roupieux,

Chassieux, et font la irrinjace.

Leur culotte leur sert de lieux.

Kst-ce homme, ou femme, ou hien hommasst-

(la, qu'à la cuiller on ramasse?

Leur houche. où branlent des chicots,

Bave comme un cul de limace.

Les sales vieux ! Aux asticots !

Prince, raalp:ré notre air vivace.

Si nous devenons ces magots.

Qu'on nous foute dans la crevasse !

Les sales vieux, aux asticots !

lîALLADE DES BONS VIEUX

Respectons les vieux, les Ijons vieux, Qui nont pas la mine sévère Ni dégoûtante, ni les yeux Comme une glande salivaire, Qui savent encor boire un verre Et tiendront des propos gaillards A la barbe de leur suaire.

Ces vieux ne sont pas des vieillards.

Ceux-là ne sont pas «îtinuyeux.

Jamais leur bouche ne profère Que les vieilles gens sont des dieux.

Ils ne posent pas au calvaire, Ne veulent pas qu'on les révère,

hANS II. S H KM OU S

M;iis ilistMit : « Soyez fous, i)aillar(ls. « Faites oe qu'on nous a vus faire. • Ces vieux iio sont pas tlt's vioillards.

Ce sont des amis, ces aïeux.

Voilà ceux que je j)ersévère A bénir, choyer, de mon mieux.

De leurs mois je suis l'archivaire.

Ouoi qu'ils disent, je réponds vère. O les chers vieux, doux et raillards, Qu'à bien des jeunes je préfère !

Ces vieux ne sont pas des vieillards.

Prince, à ceux-là, sois leur trouvère, Et, pleurant, sur leurs corbillards Mets la rose et la primevère.

Ces vieux ne sont jta.s dos vieillards.

\M\ Ml". S l'A HA 1)1 S

f.xn

S.ilut. Terre ! Salul. mère ! Salut, nourrice ! Ton los soit célébré par nous sur tous les Ions ! (Iliaque jour en mangeant, vieille, nous le félons. Au régal de Ion pain, manne réparatrict;.

La Terre nous a tous portés dans sa matrice. .Noire sang s'alimente au lait de ses tétons. Nappe blanche, que sur la table nous mettons. Kais-en comme un autel pour notre créatrice.

• iar c'est la Sainte Table, lioinuie, où lu te iviiais. .N'y prends jjlace qu'avec la conscience en pai.v : \>ue la main de ton frère à ta main sioit unie ;

Mange/, graves ; laissez se moquer le moqueur : Va, sachant que celui qui mange communie. Du cœur de votre mère emplissez voire ccmir.

DAMS IKS RKMOt'S 13*;

Lxm

pain qui nous fais vivre et dont nous crèverons. Maudit sois-tu, sous tous tes aspects, pain du riche, «Ju»* ^rignottent des gens dignes d'être en bourridic, Pain du pauvre, arrosé de la sueur des fronts.

[•ain quotidien après qui nous courons, i^abounint sans relâche un sol toujours en friche, Pain pour «jui le voleur vole et le tricheur triche,

I' pMJl). iK'i-i- lin ■■fiiiii- l't ili- li>M^ ]i>'^ :inV>>i<t<

l'ain qui sais conseiller le meurt/'e, l'incendie,

La prostitution, la mort, pain qu'on mendie

' i^f la rage aux dents et des pleurs plein les yeux.

Il vil. que toute vie a pour but et pour centre, l'ain «lui n^ppelles, même au planeur dans les cieux, ' " 1 homme est une brute enchaînée à son ventre !

1,18 MKS l'AH.\l>lS

Soir de Noël. Je meurs de faim. Autrui se gave. Pourquoi ce vide en moi, celte pléthore en eux V Kt Voici dans mon cœur des lénùhrcs de cave

(hi 1,\ haine qui roule et déroule ses nœuds Rampe en buvant vos sucs, champignons de l'envie I»ont s'érigent soudain les phallus vénéneux.

.liMine. ma faim ! Mais loi, rage, sois assouvie ! 0 vol ! Crime ! J'ai droit d'assaillir ce passant. Et je vois, à guetter son ombre poursuivie,

Dans une nuit de fiel un arc-en-ciel de sang.

i> la cavo un rayon d«» soleil î Le soq)ont sauve, en écrasant le rryplo^^rae obscène it le gland dégonflé s'affale en j»eau qui pend.

-l toi ce rayon clair, orgueil, 6 flamme saine ! importe si parfois lu fêles les cerveaux is les coups de soleil que ta lumière assène !

moins ils ne sont plus ces ténébreux caveaux de haine el d'envie et d'horreur on frissonne, lie peux vous haïr, vous sur qui je prévaux.

-iIn Ii-mIi riui il- 'slli^ li.lllt' l'IlviiM- lli'r-sillllll-

110 MKS l'A H. Mil S

LWI

ItALLADE DU BON I^AIN

(chacun Irouvc son pain bon pain, Mendiant rongé de vermine, Ouvrier mangeur de lapin, Riclie que la truffe extermine.

Sous la soie ou sous rélamino, Personne au pain n'a rechifrné.

Mais, pain de luxe ou de chauniino Le l)on pain, c'est le pain gagné.

Kh ! riiéritier, faignant, claniiiin.

«^►ue ton héritage efféminé, Mouche en cul de poule, poupin, A mon quignon tu fais la mine.

Ton lorgnon de haut l'examine.

ItA.NS I.K^ HtMlM < ill

■ Pain noir • \ i donc, Irop hion poigne! Noir? Mais uk>u ir.ivnil rilluniinc.

I •■ Iiiin ii.iiii i'i'nI 1.' ii:iin L'.'iL' iii- .

Kt loi, par des tours de Scaj)in, De ceux que le bajrne termine, Au pauvre tu pris son lopin.

Pour ton or le ju^'e en herniine h\il tendre : à ta table il rumine.

Le saufT que les gueux ont saigné.

Ton pain le sent. Je rahomiiu- Le bon pain, c'est le pain g.igné.

ENVOI

Prince, j'ai connu la famine.

Après avoir dur besogné, J'ai du pain blanc. Qui l'incrimine?

Le bon pain, c'est le pain gagné.

li'2 MK<; rAHAlMS

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