I.rS II. K> Il
Il jouit (le lui voir en main tous len atouts.
Ah ! se laisser ffa^ucr par lui, i|Uoi de |>lu% doux ^
<^omuio on trouve plaisir, loin d'y clierriier raiirune.
«Ju'il ait toutes faveurs et qu'on n'en ail aucum-,
ou'il soit beau, ({u'il soit fort, qu'il soit riche, qu'il soit
L'i^tre supérieur-entout que l'on conçoit!
Et «oninje, à tant de fleurs s'il manque une fleurette,
Aux donh qu'il peut avoir on joint ceux qu'on lui prèle.
Tellement on le veut couiblé de tous les dons.
Tellement de soi-même on fait pleins abandons.
Pour qu'il soit bien l'idoje à divine bypostase
Devant cjui tout entier l'on s'abime en extase !
Mais cet amour fondu dans le ravissement.
Où l'orgueil mort n'est plus qu'un encensoir fumant
D'encens et de cinname et de nard et de myrrhe.
Cet amour fier d'aimer un aimé qu'il admire.
Il n'est point l'apanage, ainsi que vous pensez.
Des sexes parle rut l'un vers l'autre poussés.
C'est du pareil .\mour que s'exalte une foule,
Chaos de flots, remous, tumultueuse houle.
Dont le lac devient fleuve et trouve son courant
«Juand d'un chef, incarnant un rêve, elle s'éprend.
.M<^me, n'incarnant rien, souvent elle le sacre.
Même s'il la conduit au péril, au massacre,
A la gloire siins but, au combat sans profit,
l'iil II' :iii i-i'iiMi' Il n'imiMii-li' ' Flli' r.iiiii.v 11 -.iifhl
:îÔS mi: s l'AKADIS
l']lle l'aiiuo. elle ira, puis([u"il voul ces l)aliiilles, Dans la forôl des coups où plcuvent les entailles Lui cueillir ses moissons de bouquets lnoin})liaux Dont les corps sont les fleurs, dont la mort est la l'aulx Elle ira, le c(rur gai, quoi qu'il exige d'elle ; Elle ira jusqu'au bout, folle, ardente, fidèle. Heureuse de son sang versé comme de l'eau ; Et lorsqu'au bout de tout surgira Waterloo, Après quinze ans de guerre et cent victoires vaincs, Le pâle sang qui roule encore dans ses veines, Le lioquet d'agonie à ses lèvres éclos, Sa suprême parole en suprêmes sanglots, Et tout le pauvre peu qui lui reste de vie, Elle les répandra, toujours folle et ravie, Non à vomir sa foi, cause de tant d'horreur, Mais dans un dernier cri de « Vive l'Empereur ! » Eh bien ! c'est une foi semblable, c'est la flamme D'un tel inextinguible amour au fond de l'âme, . C'est l'amour de l'amant dans l'amante fondu, C'est la foi des grognards en leur petit tondu, C'est le don de tout soi sans regrets, sans envie, C'est d'être sous ce charme, à quoi je vous convie. A ce fort magnétisme offrez-vous grands ouverts ! N'y cédez-vous donc pas déjà, quand de beaux vers. Un discours fulgurant, une œuvre d'art vivante, Un drame où la pitié jaillit de l'épouvante,
LK!» iLtIS l>'uH 3M»
I I foniit» aux y«ux Kcrein», la musique aux youx foui», >U)i tiennent là, pàniéii, Kubju^uéK, honi du vou»,
• ' ' ' tiH voj» cii5ur«, l'humilie avec Ip suiktIh-. • enfin no fait plus (|u'unu mrUc 1*0 vaincus «'avouant vaincUH sans déshonneur t qui choit d'elle-int^me aux piedn du inuiiisunneur i
I ti voulez-vous alors ù colui (|ui vous dompte? \h'. VOS droits et des siens établissant le c<>i!n>i>-
Mii de vous contre lui se dresse en révold \ii nom de la ju^tice et de l'égalité r uii de vous le proclame .usurpateur? Personne.
ir c'est en enibnissanl le blé qu'il le moissonne,
<• tendre maître, et loin de vous croire opprimé» l'ar son étreinte qui vous aime, vous l'ainuv. Mmez ainsi tous ceux en qui fleurit le charme ! ,'i»c son doux et nu);.n«}ue effluve vous désarme
(1 triste orgueil qui veut partout voir des rivaux '.
<' dites point : « Je suis un homme; donc j'en vaux • L'n outre : donc je hais celui-là, s'il me mène :
11 me vole ma part de la noblesse humaine. • il vous donne plutôt la sienne, 6 pauvres gens.
II en est riche, et vous en élcs indigents,
e ce bien. C'est peut-être abominable, inique. .'n'y faire ? Au moins soufl'rez qu'il vous le communique Kl ne le ^-arde pas pour lui seul, son trésor
MiO MHS l'ARADIS
Laissez-vous y porter, vos orgueils en offrandes, Sur ses ailes de fort qu'il ouvre toutes grandes. Oli ! quel monde je rêve, heureux, suave, exquis, De tous ces conquérants et de tous ces conquis, Sans autres lois entre eux que les lois naturelles (^)ui font évoluer les étoiles entre elles Grâce aux affinités d'atomes essaimant Du fond de Tinfini vers des centres d'aimant : Lois sans contrainte, lois dont la chaîne en délices A pour subtils anneaux les volontés complices : Lois anarchiques, dont la chère autorité Ne froisse d'aucun frein aucun cœur irrité, Puisqu'elle est pour chacun celle-là qu'il préfère, Puisqu'il fait, y cédant, ce qui lui plaît à faire. Oh ! quel monde joyeux, léger, de bonne humeur, C-harmant, où le charmé peut être aussi charmeur, (".ar le charme est divers et non tout dans le même. Et si la fleur que j"ai veut que mon frère m'aime. J'aime à mon tour en lui la fleur que je n'ai pas, Et l'on se trouve l'un à l'autre des appas. Un nain malicieux réjouit Cléopâtre ; Shakespeare se délecte à la chanson du pâtre : Lorsque je désaltère un gueux et le repais. C'est moi qui me nourris et m'abreuve de paix, Et du bonheur qu'il prend le mien se réconforte. 0 banquet mutuel, où tous ont de la sorte
LKS Ile» ii'oh :v;i
ItcMtin lie tuuK ; où, il \é plu* liuiiible m.niiqiuiil. Il inaiiquernit à tous Iciinuiro» : <> liaiu|ui't A l:i porte duquel un n«* dit pas « (|ui vive »,
I !i plat nouveau s offrant dans tout nouveau oonviv
I I vrai banquet d'amour on, du frrand au petit. Chacun boit à sa M)ir, mange à son appétit, Sans vœu d'égalitt'*, tians souci de justice.
Sans qu'un commun niveau lAcliement aplatisse
Les plus sublimes fronts pour complaire aux plus bas.
Mais ceux-ci le» premiers, eux, ne le voulant pas.
Puisque le beau, le bien, la grâce, le génie.
Sont un régal dont tout le monde communie ;
• ' hanquet où les cœurs, purs des vieilles rancœurs,
ront le pain des cœurs, seront le vin des cœurs ; ' > banquet lumineux, glorieux, gai, prospère. Saint, libre, humain, divin, bon même à qui Pespère, Idéal même h ceux qui s y viendront asseoir ; (1 banquet qui n'es pas encore pour ce soir. Ni pour demain, ni pour après-demain wms doute. Kt dont parfois, perdant courage, je redoute Oue la cloche se brise et ne tinte jamais : lie d'or dont toujours fondent les bleus sommets !><-s que j'ai jeté lancre en l'une de tes criques ; > • la plus chimérique entre les chimériques ; O brume évaporée au moindre vague vent, <i volatile, si douteuse, que souvent
:Uî2 MES l'AKADlS
11 me scinhlc l'avoir soulcinciil vue en rùvc ;
lie dont cependant Tapparilion brève
M'emplit de longs espoirs cl d'hymnes radieux,
El ravive ma soif d'élre un des demi-dieux
(juc nul tournienl n'arrcMe el nul Irépas n'cITraie
Quand il faut affirmer que ta splendeur est vraie ;
Ile dont je chéris plus qu'eux le fol azur,
Car j'ose l'affirmer, moi, sans en être sur;
lie dont la splendeur, fùl-elle mensongère,
Suffit à m'éjouir par ce qu'elle suggère
De grand, de saint, de pur, de bon, de doux, de gai ;
lie dont jusqu'au bout, héraut infaligué,
Je dirai les attraits, quand ce serait des leurres.
Rien que par gratitude envers les belles heures
<^>ue ces illusions vous tissent en passant ;
lie dont, malgré tout, héraut reconnaissant.
J'annonce ainsi la gloire et la gloire et la gloire ;
lie que j'aime enfin, même en cessant d'y croire,
Assez pour désirer que d'autres plus heureux
Puissent y croire, assez pour appeler sur eux
La bénédiction de ton ciel de merveille.
Assez pour proclamer que ton aube s'éveille
•Quoique mes yeux soientsoùlsde l'ombre où nous crron>
Assez pour emboucher les plus Apres clairons
Et pour y bucciner la marche triomphale,
Dussé-je en y soufflant ce souffle de rafale
LBS ILES !• «•!(
^ <Taclirr tout le sang de mck pttumouR crvvrii. •ji. ' si «lu iii«>in>i, frt'res, vouk me d»»vr/.
I fournir uno vUt\tv nouvelle
ib 1(1 monde enchanté que mon vœu vouk révrlc. ^ vous le voyex poindre en réel paradiii Lon»(iue j'en doute, héln» ? moi qui vouk le prédih. Si mon suprême nlle au <lairon des pr<>; » •' Vous bonne une diane où fanfarent les !' Fl h'\, i-omme un damné qui feniil des élus,
vous donne en mourant la fui que je n'ai plus '.
oCt MES l'ARADlS
Et voilà qu'une fois encor J'ai refait le tour de vos grèves, Iles fantômes, îles d'or Des réalités et des rêves !
Mais c'est en vain, reconnaissant, Que de tout cœur je vous exalte.
Que je cueille en y repassant Les brèves fleurs de chaque halte.
Et que je chante à pleine voix Jusqu'à vos rocs, jusqu'à vos sables.
Las ! Une fois de plus je vois Que vous êtes insaisissables.