‹ Mes premières années de ParisChapitre 119 sur 136 · LIVRE V. — DE MON VILLAGE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — DE MON VILLAGE

Quand je fais ce reproche aux roses D'imiter votre lèvre en fleurs,

Elles disent, si je me fâche, Que j'ai le cœur d'un cpagneul Et que je serais assez lâche Pour me souvenir a moi seul.

Je revois le village abrité par la côte,

La maison, le jardin où gaîment le flot saute.

Le clair ruisseau qui court sous les branches, le banc

Où je venais songer lorsque le jour tombant

Fait coucher les oiseaux et lever les étoiles;

Je revois les sentiers, les bois, les fleurs, les voiles,

Et cela me remue au plus profond du cœur

De tout retrouver... Tout? Il y manque ma sœur

Et mon frère. Ils viendront la semaine prochaine.

Mais ils sont comme moi, la ville les enchaîne;

Et Villequier n'a plus en nous que des passants.

Le Havre est leur Paris. Et plus qu'ailleurs je sens

Cette dispersion âpre de la famille

1290 Mi:S lM\KMli-[\H:S ANNÉES DK PARIS.

Dans ce jardin natal et sous cette charmille

Où les entants jouaient tous ensemble autrefois

Et, n'ayant qu'un seul cœur, en avaient chacun trois!

Il faut donc que la vie en tous sens nous enlève? I.a sœur a son mari, les frères ont leur rêve. Et, sans songer aux pleurs de la vieille maison, (Chacun de son côté s'en va dans l'horizon, 0 Dieu sombre! pourquoi, mêlant deux lois contraires, Ou nous faire étrangers, ou nous avoir faits frères? Pourquoi, puisque votre œil voit d'un coup tout le temps, Des berceaux si serrés pour des lits si distants?

LE BRIN DHERBE

Demi-nu sur le gazon, Un enfant joue. Vu garçon

Fort, superbe ; 'Quatre ans ; il en vivra cent, ('.e bel enfant florissant

Cueille une herbe.

11 la met entre ses dents.

Juin rit dans les cieux ardents.

L'enfant joue

Et chante en mordant sa fleur.

... Qu'as-tu donc? quelle pâleur A ta joue!

Tout à coup on voit l'enfant, Livide et comme étoufTant,

Bouche amère.

Sueur au front, se rouler Et, frissonnant, appeler...

Pauvre mèrel

Dépêche-toi d'accourir Pour voir ton enfant mourir!

Le cher être, Qui, lui, n'était pas méchant, Ne soupçonnait pas qu'un champ

Est un traître!

Cette herbe était un poison. Quel vide dans la maison!

Ah! nature!

Ah ! tes produits, les voilà!

Création ([ui hais la Créature !

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