‹ Mes premières années de ParisChapitre 121 sur 136 · LIVRE V. — LE BRIN D'HERBE. 'il · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LE BRIN D'HERBE. 'il

(( Un peu de son suc ami Refait de l'enfant blêmi

L'enfant rose ; 31ais il faut savoir comment.

Et l'apprêt, et le moment,

Et la dose.

« Il faut savoir! c'est le mot.

Je vous aime, mais il faut

Que l'on m'aide.

La science, elle, m'absout.

Hommes, rien n'est poison, tout

Est remède.

<( Tout est bon pour le savant.

La même plante est, suivant

L'occurrence, Le meurtre ou la guérison.

Il n'existe cju'un poison,

L'ignorance. »

Le brouillard cachait l'eau comme un voile de prude; Le jour ne venait pas; moi qu'une incjuiétude

Loin de toi toujours mord, Je marchais tristement sous les branches moroses; Le ciel était aussi sombre que moi; les roses

Croyaient le soleil mort.

Ta lettre arrive 1 — Oh ! quand, des pleurs plein les paupières, Je la lisais, tout haut, tout bas, de cent manières, Ivre à risquer de choir,

i2'J8 MHS PREMIERES ANNEES DE PARIS.

()!iî quand, sentant mon cœur revivre à chaque ligne. Je la lisais aux fleurs, aux arbres, à la vig;ne, Aux flots joyeux de voir

Que tous n'ont pas encor renié la nature Et qu'il existe encore, après tant de torture,

Deux cœurs non soucieux De l'argent, des contrats et des calculs de riiomme. Qui s'aiment comme l'eau filtre des monts et comme

L'oiseau va dans les cieux;

\oiï'd que tout à coup, et comme si, pour naître, J.'aube avait attendu le secours de ta lettre,

La brume a fui ! le jour Qui ressuscite a fait rire la terre veuve ! Et je me remplissais de soleil, et le fleuve

Se remplissait d'amour '

Yl

Quand, nouveau-revenu de la ville lointaine, Il vous a rencontrée auprès de la fontaine. Pourquoi vous êtes-vous enfuie en le voyant ? X'est-il plus votre ami, dites? Parce c|u"ayant Un rêve qui là-bas le retient et rempcche, Ainsi que votre frère est parti pour la pêche, Il a sa pêche aussi, devez-vous oublier, Quand il revient, vos jeux sous le grand peuplier? Vous n'auriez pas alors évité son passage.

Le temps change notre âme avec notre visage. Vous n'êtes plus la même; — et lui, ce n'est plus lui Non plus. Cet étranger que votre instinct a fui Sent en lui bien souvent deux âmes se combattre. Si vous causiez un jour tous deux, vous seriez quatre.

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