‹ Mes premières années de ParisChapitre 19 sur 136 · LIVRE I. — A THÉODORE DE B. i · texte numérisé non relu

LIVRE I. — A THÉODORE DE B. i

Un funambule, par endroits, Danse sur un fil de la Vierge.

Bottom. à vingt ânes pareil, Tend son dos à Puck qui le monte, Et Scapin bâtonne Géronte Avec un ravon de soleil.

Ami. Tenjambement te répugne. Tu veux

Que Sara la baigneuse attache ses cheveux

Et ne laisse plus hors de son hamac avare

Pendre un pied nu que l'eau baise au passage. Gare

Aux abois de ton chien si l'on voyait jamais

Un mot sortir du vers. Jamais tu ne permets

Que, comme un chasseur fait d'un hibou qu'il rapporte.

Un vers vigoureux cloue une idée à sa porte.

Il ne te convient pas que, pour attirer l'œil.

Un adjectif pimpant se tienne sur le seuil.

Ce n'est pas avec toi que l'on peut aux fenêtres

Se pencher pour cueillir des grappes — ou des lettres.

Qu'est-ce donc que t'ont fait, pour ainsi les lier,

Tes propres vers? es-tu leur père ou leur geôlier?

Tu défends qu'une strophe, au milieu de la classe.

Cause avec sa voisine. En rang! à votre place!

A gauche alignement! le caporal des vers.

C'est toi! Qu'est-ce? un rameau que l'ardeur des mois verts

Affole et fait saillir du cordeau? ({u'on le tranche!

Vite ! et l'on jette bas la grâce avec la branche.

Il est bon, quand on veut la tirer d'un seul coup,

Que la phrase ressorte et s'offre par un bout;

Si l'idée, au fourreau du vers emprisonnée,

Est une épée, il faut qu'elle ait une poignée !

Donc, répudie enfin le but que tu cherchas,

Et les portiers pourront couper la queue aux chais.

Mais toi, ne coupe plus la frange à ta pensée.

Laisse son Hbre geste à ta phrase blessée

Par tes compartiments étroits; plus de barreaux

Qui ne distinguent pas les condors des pierrots;

Plus d'ailes ne pouvant s'ouviir ; plus de muraille ;

Laisse voler en toi des vers de toute taille,

Entrecroisés ainsi que dans un vol réel ;

Ta forme est une cage et devrait être un ciel !

Varie incessamment les lois universelles.

Pas de rejet? alors tu hais les étincelles?

XY

Puisque vous me faites ia joie De me demander de mes vers , 0 belle enfant aux cils de soie, Tous mes jardins vous sont ouverts.

0 belle enfant aux mains si blanches Qui ferez tant de prisonniers ,

5!i MES PREMIERES ANNEES DE PARIS.

Cueillez les fruits, cassez les branches, Videz mon champ à pleins paniers.

Ne soyez point embarrassée

Du choix : choisissez tout ! — Le jour

Où de l'enclos de ma pensée

Vous daignerez faire le tour.

Enorgueillis de vous connaître, Et (|iiitlanl la fi'aîchcur du bois Ou la tiédeur d'une fenêtre, Mes oiseaux viendront à vos doigts;

Et mes faons . si prompts à la fuite Dès qu'on passe dans leur chemin , Se levant de terre bien vite.

Accourront vous lécher la main.

Qu'une autre que vous s'effarouche De traverser ma haie en fleur; Le houx n'aime pas qu'on le touche, Et le buisson est querelleur ;

Mais vous, coudoyez, libre et ficre, L'ortie et l'épine; le houx.

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