‹ Mes premières années de ParisChapitre 3 sur 136 · A PAUL M · texte numérisé non relu

A PAUL M

Quand, dans les bois charmants dont Villequier s'ombrage,

Quand, au Havre, parmi les souffles de naufrage,

Je rêvais d'habiter ce grand Paris, — l'aimant

Qui m'y précipitait irrésistiblement,

Ce n'était pas le corps do Paris, mais son âme;

Ce n'étaient pas ses cjuais sans marée et sans lame.

Ni le soleil couchant éteignant son tison

Derrière l'Arc, chenet du grand àtre horizon,

Ni ses jardins où pousse une m.aigre tulipe.

Ni le besoin de voir passer Louis-Philippe,

Car il a de tout temps été mince pour moi

Le divertissement de voir le nez d'un roi,

12 MES PREMIÈRES Ai\NÉES DE PARIS.

Ce n'était pas la Bourse où c'est l'honneur qu'on joue,

Ni le pouvoir, toujours ramassé dans la boue,

Ni ton turf assommant, champ de Mars, ni tes eaux,

Versailles, ni, Meudon, tes bois et tes oiseaux

Moins verts et moins chanteurs que ceux dont tu me frustres.

Ni les bals où les yeux brillent plus que les lustres,

Ni le vieux carnaval blômc avec tout son fard,

Ni les soupers, ni les omnibus, — c'était l'art;

C'était, loin du fracas et loin du choc des verres,

Le groupe fraternel des écrivains sévères ;

Causer avec les voix dont le monde est l'écho

Etait mon but; Paris, c'était surtout Hugo.

Mes monuments, mes parcs, mes princes et mes femmes.

C'étaient ses vers, c'étaient ses romans et ses drames ;

Les tours de Notre-Dame étaient VU de son nom 1

Tu dois te rappeler, ô mon vieux compagnon.

Ma joie et mon orgueil quand il daigna m'écrire.

C'est lui que je venais habiter, à vrai dire,

Et mon rêve eût été de louer en garni

Une scène au cinquième étage d'/Ieniani.

Ce fut ma bienvenue et mon bouquet de fête De le trouver logé dans le môme poëte. Notre amitié naquit de l'admiration.

Et nous vécûmes là, d'art et d'affection, Habitants du granit hautain, deux hirondelles. Et nous nous en allions dans l'espace, fidèles

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