SCENE DEUXIEME
Un jardin, terminé, adroite, par une maison; à gauche, par une haie qui le sépare d'une rue de village. De l'autre côté de la rue, des maisons, puis un mont de rochers et de pins.
L'u homme à cheveux blancs est assis dans le jardin sur un banc do terre, les yeux tournés vers la montagne, les deux mains et le menton posés sur un bâton ferré, immobile, morne. — Soir d'automne.
Tout à coup on voit descendre de la montagne une douzaine de chasseurs, joyeux, bruyants, chargés de gibier. En arrivant à la haie du jardin, le premier chasseur s'arrête.
JACQUES HERMANN, KARL, GRUXDLER, etc.
KARL
Encore 1
GRUNDLER
Eh bien, vas-tu l'arrêter avec lui?
Tu sais bien qu'il est drôle à présent.
KARL
Quel ennui De voir s'enraciner dans le sol comme un arbre Celui qui conduisait la chasse !
A Jacques.
Es-tu de marbre Que ton œil reste mort en voyant des amis? Dis, Jacques!
Jacques Hermana ne bouge pas.
GRUNDLER
Il est tard et le couvert est mis.
Viens donc!
KARL, à Jacques.
Vois ce chamois. Est-ce que sa grimace Ne te rend pas un peu ton ancien goût de chasse? Allons, du cœur! reviens chasser comme autrefois. Ce soir, en attendant, soupe avec nous, et bois! Bois surtout, et beaucoup; chasse l'ennui livide! Car, Jacques, vois-tu bien, par cette horreur du vide Qu'ont principalement les bouteilles, tous coups Qui font passer le vin des bouteilles en nous. Leur rendant aussitôt des mesures pareilles, Font passer le chagrin de nous dans les bouteilles.
GRUNDLER
11 ne répondra rien. Allons à table!