LIVRE II. — HANS ET MARIE
MARGUERITE
0 Dieu! j'entends Le tonnerre. Attendez.
JACQUES
Oui, pour qu'ils aient le temps De m'échapper encore? Ils ne faisaient sans doute Que passer. Je pourrais perdre leur trace. En route!
MARGUERITE
Vous avez raison, mais, je ne sais pas pourquoi, J'ai peur. Je veux du moins aller avec vous.
JACQUES
Toi!
MARGUERITE
JACQUES, souriant.
Oui.
Vieille !
IRUND.
Voulez-vous de moi?
JACQUES, avec un signe de tête négatif.
Ni de personne.
Toi, ton souper t'attend, et cette heure-ci sonne A ton ventre encor mieux qu'à ton horloge. Et puis Tu dis qu'en te voyant tous deux se sont enfuis.
A Marguerite.
Sois calme. Est-il là-haut un sentier que j'ignore? Est-ce que, l'an dernier, je n'étais pas encore
lOZi MES PREMIÈRES ANNÉES DE PARIS.
Le chasseur renommé pour son pied et ses yeux ')
IRUXD.
Ça, c'est vrai , par exemple !
JACQUES
Hier, j'étais très-vieux. Mais ce soir j'ai trente ans do moins sur les épaules.
Tirant l'oreille à Irund.
Et j'en remontrerais à tous ces jeunes drôles !
MARGUERITE, lui croisant son manteau.
Couvrez-vous bien, au moius.
JACQUES
Nous serons de retour.
Je calcule, demain, à la chute du jour. Prépare un bon souper.
A Irund.
Toi , viens (jue je t'embrasse.
IRUXDj l'embrassant.
Bonne chance!
JACQUES
Ah! (jue Dieu, qui me fait enfin grâce, Me mène seulement où ma fille sera.
Et puis, qu'il fasse après de moi ce qu'il voudra!
SCEXE TROISIEME.
Le Cou-du-Diable.
Nuit noire, décliirée par des éclairs. Coups de tonnerre se prolongeant dans des rocs d'aspect sinistre. Arbres déracinés par l'ouragan.
Paraît Hans s'arrachant des mains de Marie. Tous deux déguenillés. Hans a un fusil à la main.
HANS, MAIllE.
MARIE
Hans!
HANS
Laisse-moi. Tes cris me fatiguent l'oreille.
MARIE
Je ne te laisse pas dans une nuit pareille! Où vas-tu ?
II AN s.
Que t'importe?
MARIE
Oh ! qui le pousse ici ?
Je n'avais jamais vu tes cheveux droits ainsi. Tu me fais peur. Tantôt, en rentrant de la chasse, Un trouble si profond bouleversait ta face Que je n'ai pas osé te parler seulement. Tu n'as pas dit un mot. Les Iieures lentement l'assaient. J.e soir tombé, plus noir que l'antre sombre, Immobile, tes yeux faisaient deux trous dans l'ombre. Tu t'es levé soudain et t'es mis à courir. Où vas-tu? Réponds-moi, car je me sens mourir.
UANS, la repoussant brutalement.
Làchez-moi !
Elle le lâche elTrayce.
Cette nuit est hideuse.
Voyant qu'elle pleure.
C'est ta vie à présent, ô ma pauvre amaigrie. De regarder tomber tes larmes sur tes pieds.
MARIE
Que me faisaient mes pleurs quand vous les essuyiez ?