‹ Mes premières années de ParisChapitre 45 sur 136 · LIVRE II. — HANS ET MARIE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — HANS ET MARIE

Bandit? C'est ton métier fait avec politesse, Et privé de gibets. Telle est l'humanité Qu'un donne par bon cœur et vingt par vanité. On a ses mendiants dans les bonnes familles Par la même raison que des chiens et des filles.

H AN s.

Oui, vous êtes les chiens; — j'aime mieux être un loup.

LE MEXDIAM.

Aime-le mieux, mon cher escroc, si c'est ton goût; Mais si c'est par fierté, je te trouve sans gêne, Etant ce que je vois, d'insuUer Diogène! Que penses-tu donc être ? En demandes-tu moins Parce que tu le fais la nuit et sans témoins ? On me donne, tu prends. Beau motif d'insolence Que tu sois obligé d'user de violence!

Lequel est plus flatteur, brigand, daigne y penser, De séduire une fille ou bien de la forcer? 3Iendiant! conquérant par la parole seule! Don Juan de la bourse, eiïroyable bégueule! Mendiant! si tu veux cesser d'être un manant. Ne prononce jamais ce mot qu'en t'inclinant.

IIANS.

Drôle !

LE MENDIANT

Votre mélier est presque égal au nôtre Sur un point. Nous vivons en plein air l'un et l'autre. As- lu la môme horreur que moi des gueux obscurs

IIG MKS PHKMIÈRES ANNÉES DK PARIS.

Dont la vie accroupie étoulTe entre des murs

Et qu'on voit empester leurs trous de leurs haleines,

Gens de bureau, marchands, ministres, rois et reines?

Il me faut de l'espace et du jour, il me faut

Le plafond sidéral, que je trouve peu haut!

Je me laisse embrasser par toute la nature!

Dans ma haine de toute espèce de clôture,

IMa guenille ouvi'e à l'air des portes sur ma peau.

J'ai pour souliers la terre et le ciel pour chapeau!

Sur ce point, tu me vaux, bandit, et je t'accorde

Que ton accoutrement montre déjà ta corde.

Tu m'es inférieur sur tous les autres points.

Oh! froisse, si tu veux, ton fusil dans tes poings,

Sais-tu ce que je suis? Un rêveur. Un poëte.

J'aime les ponts ! l'éti^, surlout les jours de fête.

Quand sur le flot grondant passe le fleuve humain,

Ma sébile à mes pieds, mais sans tendre la main,

Je- regarde le vent gonfler les blanches voiles.

Et le couchant rougir, et l'eau s'emplir d'étoiles,

Et je laisse, absorbé dans ce bonheur complet,

Les passants à mes pieds mettre ce qu'il leur j)laît.

J'accepte leur argent, — mais sans reconnaissance.

Ils m'en devraient plutôt. C'est pure complaisance

Do nia part d'accepter leurs misérables dons;

Car c'est royalement (pic nous les leur rendons :

Etre celui qui donne est la suprême ivresse

De l'amour- propre humain! comme ça vous caresse

D'être supérieur et grand — poui' un liai-d !

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