‹ Mes premières années de ParisChapitre 46 sur 136 · LIVRE II. — HANS ET MARIE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — HANS ET MARIE

S'il en est de vraiment attendris, par hasard,

Ils me donnent du cuivre, et je leur rends la joie

D'une bonne action oi!i le cœur se déploie,

Et le plaisir de faire un sort un peu plus doux,

Et Dieu qui dit tout bas : — Je suis content de vous !

Je reçois et je donne. Eh bien, quoi! je trafique.

Je suis un commerçant splendide et magnilique!

Les autres tout au plus vendent du pain, du sel,

Des bijoux, de For ; — moi, je suis marchand de ciel I

Conscience qui rit, orgueil, vie immortelle,

Je donne tout cela pour une bagatelle.

— Et tu mépriserais les mendiants, filou! —

Qui veut le paradis? je ne le vends qu'un sou!

II AN s.

Passez votre chemin.

LE .MENDIANT

Tu ne veux pas en être ?

C'est comme il vous plaira, marquis. Tout homme est maîlre D'être crétin. — N'importe, il ne sera pas dit Que je n'ai pas aidé mon frère. Vil bandit, Vois mon costuma II est d'apparence modeste : Incline-toi ! j'ai là, cousus dans cette veste, Quelques petits h'ards. Seigneur coupe -jarret, Prince des grands chemins, sire de la foret, jMajesté de minuit, sans choquer votre trône. Un mendiant peut-il vous offrir son aumône'.'

Il AXS.

Va-t'en, drôle!

LE MENDIANT

11 ne faut, sire, qu'un ou deux coups De ciseaux dans ce drap.

H AXS.

Va-t'en ! ou je découds Ton habit et ta peau:

LE MEXDIAXT.

Je pars. Mais quelle buse!

11 demande la bourse, et puis il la refuse! — Crève donc!

11 s'éloigne.

HANS, seul.

.Te n'ai pu — misérable fierté ! — SoulTi'ir qu'un mendiant me fît la charité. De l'orgueil? de quel droit, au fond de cet abîme? Oui, j'ai fait respecter la dignité — du crime! Idiot ! — Mais subir la pitié de ce gueux ! — Parbleu! si je m'amuse à causer avec eux! 11 fallait, du plus loin que je l'ai vu, lui mettre Dans la tête une balle. 11 en est temps peut-être Encore. Oui, je le vois. Tu ne riras pas, quand

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