LIVRE II. — H AXS ET MARIE
Je prendrai tes liards! Tiens, noble trafiquant.
Du plomb pour de l'argent! — Ah! le rocher le cache!
— S'il reparaît!... — Plus rien. — Ça fait deux c{ue je lâche
Et cette fille meurt. Moi, je reste innocent;
Misérable! Oh! s'il vient un troisième passant.
Il n'approchera pas ! Oui . ma seule prière
Est qu'il vienne quelqu'un !
Il tressaille.
Encor! toute la terre Va donc passer ici cette nuit ! — • Plus un mot. 3Iarie.
Il vise et tire.
Il est tombé.
A son fusil.
Toi, je te hais!
Il le jette violemment.
Il reste immobile et muet. — Après un instant.
Il faut Que j'aille le fouiller. Je ne suis pas timide, 3Iais le voir! le toucher! sentir son linge humide! Retirer ma main rouge! Oh! jamais je n'aurai La force d'aller là. — D'abord, ai-je tiré? .
Il ramasse son fusil et regarde.
Oui. — Je n'oserai pas!
Il pleure. — Tout à coup.
Il le faut!
Il s'élance.
L'a moment après, il revient, à pas lents, chancelant, une bourse à la main.
C'est infâme.
— J'ai la bourse. — Voilà ce que pèse mon âme. Voilà combien cela se vend. C'est bon marché. — Oui, tonne encor plus fort, ciel. — Lorsque j'ai touché Sa chair, dans ce grand bruit de l'orage et du râle, Un moment j'ai senti que le trou de la balle S'élargissait, ma main y passait, puis mon bras.
Puis mon corps tout entier. Oui, goulTre, tu m'auras!
— Revoir Marie après cela! j'ai presque envie De fuir. Et puis, mêler ce cadavre à sa vie!
— Je n'ai pas vu cet homme. Oh ! j'ai fermé les yeux Pour pouvoir le fouiller. Était-il jeune ou vieux ?
Je ne sais. — J'ai commis une action impie.
— La pauvre fille en pleurs dans le roc accroupie Mangera. — J'étais plein de sentiments humains!
— Quoi ! ce meurtrier-là, c'est moi !