‹ Mes premières années de ParisChapitre 69 sur 136 · A LOUIS BOULANGER · texte numérisé non relu

A LOUIS BOULANGER

Ton salaire, ô pensée, est l'insulte et la fange. Jacob n'a pas assez de son duel avec l'ange ; Cela ne suffît pas, sans l'affront du journal, Que l'artiste en sueur lutte avec l'idéal; Cela ne suffît pas qu'un peintre ou qu'un poëte Souvent, parlant en vain à son âme muette, Voie en lui s'effacer le céleste rayon, Et que, sombre, et jetant sa plume ou son crayon, Il sente, dans le vent qui lui souffle ses lampes, L'aile du doute noir lui frissonner aux tempes; Il faut que, dans cette ombre et dans ces aquilons. L'envie aux lâches dents lui morde les talons! Honte à la gloire! On n'est jamais assez hostile A ces bandits, le beau, le vrai, le grand, le style!

Faisons boire le fiol aux divins envoyés, Et qu'ils aient leur Calvaire après leurs Oliviers ! Crucifions ! C'est peu de l'âpre inquiétude Qui torture Colomb, et que l'incertitude. Le prenant d'ignorance et d'onde enveloppé, Lui demande souvent s'il ne s'est pas trompé; Qu'il pense voir, tout blême et respirant à peine. Comme dans un miroir sur qui passe une haleine. La terre qu'il rêvait pâlir dans son esprit; 11 faut qu'en ce moment oi^i son àme périt Les matelots sans yeux que la révolte gagne. Brutes qui n'ont quitté qu'à reculons l'Espagne, Insultent le trouveur et son monde nouveau Et veuillent retourner, et qu'en ce grand cerveau Dont la voix par instant s'éteint dans le tapage. Éperdue et tombée aux mains de l'équipage Qui la peut d'un seul coup rejeter dans le flot, L'Amérique se batte avec un matelot !

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