A UN INSULTEUR
Comme on ne répond pas à ce que tu peux dire, Comme ta bave insulte impunément Shakspeare, Le drame, le roman, le lyrisme, tout l'art. Tu te plais à te croire un terrible gaillard Et tu te dis gaîment : — L'esprit est redoutable ! Quand tu voudras savoir le genre véritable De la peur que tu fais aux gens, enferme-toi, Sans personne, et, tout bas, demande-toi pourquoi. Quelque terme ordurier dont un boueux l'assaille. Un passant proprement vêtu fuit la bataille, Et pour quelle raison l'on peut, môme rageur. Ne pas se colleter avec un vidangeur.
Alors tu finiras peut-être par comprendre Que. si sur ton passage on évite l'esclandre Et si tes insultés ne vont pas te chercher, C'est que pour t'écraser il faudrait te toucher
Allons-nous-en d'ici ! — Vois, c'est la même pluie Qui charrie aux égouts dans sa vague de suie
L'ordure et les limons, Et qui, là-bas, au fond des bois chers à nos courses. Sort éternellement en délicates sources
Du tendre cœur des monts !
C'est du même nuage et de la même goutte. Au gré du vent tombée, et préparée en route
Par la rue ou le bois, Tantôt pour les égouts et tantôt pour les merles. Que Paris fait sa crotte et Villequier ses perles !
— Alors, si tu m'en crois.
17i MES PREIVIIÈRES ANNÉES DE PARIS.
Puisque tous ces passants, qu'on liait sitôt qu'on aime. Font de la boue en nous, et que notre amour même ■
Que leurs pieds saliront, Lui qui dans l'herbe épaisse a coulé si limpide. Devient ici querelle, aigreur, soupçon stupide,
Éclaboussure au front;
Et puisque l'amour, lui, n'a besoin de personne! Qu'il faut à l'écrivain la foule où sa voix sonne
El l'armée au vainqueur, Mais que, par un divin privilège, ô chère âme ! Il no faut pour aimer qu'un homme et qu'une femme,
C'est-à-dire qu'un cœur ;
Allons-nous-en! vivons à nous deux! loin des villes! Cherchons l'ombre d'un bois où, désormais tranquilles.
Rien ne trouble le flot De notre âme, miroir des étoiles profondes, Jusqu'à ce que le ciel, ayant soif de nos ondes.
Nous aspire là-haut.
Que fera-t-il de nous? L'eau devient le nuage; Puis, dans le va-et-vient dun incessant voyage
De la mer à l'élher.
Le nuage rend l'eau que le ciel revient prendre; Et l'eau monte toujours pour toujours redescendre
Et toujours remonter.