‹ Mes premières années de ParisChapitre 71 sur 136 · LIVRE III. — ALLONS-NOUS-EN D'ICI · texte numérisé non relu

LIVRE III. — ALLONS-NOUS-EN D'ICI

Et nous, monterons-nous aussi pour redescendre? (^et aller et retour de l'azur à la cendre

Peut-être est éternel Jusqu'au jour où, plus purs que riiumaine atmosphère, Notre limpidité pourra monter sans faire

De tache dans le ciel.

Je crois que, née au ciel et par le ciel rebue, Toute existence, goutte ou fleuve, contribue.

Selon la part qu'on a, A noircir ou blanchir l'urne d'où tout s'épanche. Rendons à l'inconnu notre goutte plus blanche

Qu'il ne nous la donna.

Quand rinfini n'a pas un œil qui le contemple ;

Quand l'ombre allume en vain à la voûte du temple

Les constellations; quand, ne voyant que lui.

L'homme, se remuant sans sortir d'aujourd'hui.

Est misérablement aux choses transitoires;

Quand ses digestions sont ses grandes victoires;

Quand son souper oublie à force de flambeaux

Le noir souper que font les vers dans les tombeaux ;

Quand ce qui doit mourir raille ce qui doit vivre;

Quand l'admiration est comme une femme ivre

Qui se jette sans honte aux lèvres des passants.

Et que nos plus grands dieux n'emplissent pas dix ans;

Quand nos oreilles sont aux chefs-d'œuvre fermées;

Quand la critique éniictlc en grêles renommées,

Plus faciles à mettre en notre esprit étroit,

Le bloc de gloire auquel le génie aurait droit,

De sorte que le beau, par la raison profonde

Qu'il a l'éternité, n'a pas une seconde;

Quand ainsi la minute est tout notre cadran ;

Quand l'homme naît et meurt quatre cents fois par an ;

Quand, dans ce mouvement plus stérile et plus triste

Que l'immobilité, pas un cœur ne persiste,

Nul ne songe à demain, rien d'hier n'est gardé;

— Qu'en dis-tu, toi, soleil, qu'Adam a regardé?

Quel été! pluie à verse, orage, le temps noir; On n'entend que tonner, on ne voit que pleuvoir

Combien de toitures brisées !

Ne cesserez-vous pas là-liaut de bougonner? Quel plaisir l'ouragan trouve-t-il à donner

Des coups de poing dans les croisées?

L'éclairage est manqué. Pas un coin de ciel bleu Rassurant comme un pan de la robe de Dieu ; Le soleil , noyé dans la brume,

180 MES PREMIÈRES ANiNÉES DE PARIS.

N'est plus qu'un lampion oublié dans un coin, El ce que nous prenions pour un astre a besoin Qu'on mouche sa mèche qui fume.

L'été décidément est pauvrement monté.

Sans attendre la fin, le public irrité

Siffle le décor terne et triste, Et, las de ce méchant spectacle, et se levant, N'entendra pas cncor cette fois, quand le vent

Viendra nommer le machiniste.

Page 1