‹ Mes premières années de ParisChapitre 72 sur 136 · A UN RESSUSCITÉ · texte numérisé non relu

A UN RESSUSCITÉ

Vous voilà donc guéri, c'est la grande nouvelle. De cette maladie éternelle et cruelle Qui, pendant dix-huit mois, a sonné votre glas, Et vous êtes vraiment très-bien portant. Hélas!

— Luttant, et, comme un poids qu'on lève et qui retombe, Descendant chaque jour plus avant dans la tombe

Où le sol vous étreint avec de sourds transports, Vous en aviez déjà jusqu'au milieu du corp?; Et voilà tout à coup que vous sortez de terre, Sauvé, ravi, criant aux cloches de se taire, Frais, souple, rajeuni, triomphant! Je vous plains.

— La vie est revenue, et vos yeux en sont pleins. Vous allez embrassant tout ce qui vous rencontre, N'ous ne vous lassez pas de tirer votre montre,

El vous étudiez, cVun regard hébété.

Le peu de temps que dure une heure de santé.

Le monde autour de vous est comme un gai pocMne!

Vous êtes ! vous venez de vaincre la mort môme!

Ami, je vous plains. — Si vous aviez entendu.

Lorsque le médecin jadis vous crut perdu.

Votre femme éclater en un sanglot terrible !

Ce fut vraiment chez vous une journée horrible ;

On jurait de vous suivre, on avait trop besoin

De vous, el les serments prenaient tout à témoin.

Vous mort ! vous enfoui sous la tci'rc glacée !

Qui donc aurait pu vivre avec cette pensée?

Mais vous étiez toujours mourant et jamais morl.

Au lieu de profiler de ce premier transport,

Votre hésitation tenace et singulière

A vous faire clouer pour de bon dans la bière

Obligeait la douleur des vôtres à durer.

On se lasse de tout, el môme de pleurer

Et puis, vos chers amis sonnaient à votre porte,

Et parlaient. « Chaque jour la tombe nous emporte ;

C'est le pèi'e aujourd'hui, ce sont les fils demain ;

Puisque c'est à ce but ([u'aboulit tout chemin,

Puisque nous sommes surs d'y rejoindre les nôtres.

Qu'importe qu'un de nous arrive avant les autres?

Faut-il donc tant pleurer ceux qui marchent devant?

llélas ! ce sont cncor les plus heureux souvent !

Le poids le plus pesant est pour ceux qui demeurent.

Hélas! ne plaignons pas, envions ceux qui meurent. »

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