‹ Mes relations d'artisteChapitre 15 sur 28 · JULES HÉREAU. — JEAN ACIIARD · texte numérisé non relu

JULES HÉREAU. — JEAN ACIIARD

A M. Armand Silvestre,

Jules Héreau s'était retiré à Honfleur, dans une habitation charmante ayant vue sur la mer, isolé de Paris, où il voyait partout des ennemis ; là, entouré de soins affectueux, il faisait des études de paysages pour échapper à ses tortures morales et se ressaisir s'il se pouvait. Mais, hélas ! rien n'y fit, et il roula constamment depuis, dans sa tête affolée, les plus sinistres projets, d'en finir une bonne fois... Pauvre Jules Héreau! que tu as dû souffrir et fait souffrir tes amis et les appréciateurs de ton talent si franc et si plein de sève !...

Jules Héreau fit également vers cette époque une excursion en Angleterre, d'où il rapporta des toiles empreintes d'une saisissante vérité.

En 1873, notamment, il avait envoyé au Salon deux vues de la Tamise aux environs de Gravesendet de London-Bridge, qui furent hautement louées pour leur impressionisme de bon aloi. « Rien, dit alors Jules Claretie, n'est si absolument et poétiquement vrai que ce coin de Londres, ce fleuve sillonné de bateaux, cette fumée, cette intensité de couleur grisâtre. Cela saisit comme l'absolue réalité. » A Honfleur, il peignit, sous les pommiers si pittoresques de la côte de Grâce, des études vibrantes agrémentées d'animaux qu'il connaissait bien ; et il me souvient qu'un matin, étant allé le voir, je le trouvai bizarre, préoccupé, accueillant toutefois ; et lai en ayant fait doucement réflexion : « Ah ! cher ami! exclama-t-il, ce que je souffre!... >> Alors, la figure animée, il me raconta qu'il n'avait de goût à rien, qu'on lui en voulait ! Et encore si ce n'était que cela ! s'écria-t-il avec emportement, mais les malheureux s'en prennent aussi à ma femme ! et ils accrochent ses tableaux au Salon, hors de vue. . . Oh ! les lâches ! les lâches !. .. Je le calmai de mon mieux. La scène était fort pénible, en vérité. Enfin, un

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