‹ Mes relations d'artisteChapitre 16 sur 28 · JULES HÉREAU. — JEAN ACIIARD · texte numérisé non relu

JULES HÉREAU. — JEAN ACIIARD

peu rassérénés, nous causâmes peinture... Il me jetait ses études les unes après les autres à terre. — Tenez, disait-il, aimez-vous celleci? et de suite une autre. — Et celle-là? Une vingtaine furent ainsi successivement lancées nerveusement sur le sol... Je le quittai, profondément navré.

Comme, une après-midi, abrité sous mon parasol, j'étais en train de faire une étude dans la cour de la mère Toutain, je vis passer Jules Héreau, une badine à la main, fouaillant un âne coquettement attifé et portant l'attirail du paysagiste, Héreau, m'apercevant, vint à moi : « Tiens! vous voilà? je vais à une heure d'ici, terminer une « machine » commencée ; ça me distraira, seulement je crains bien d'être « rincé ! » toujours pas de chance! » Au moins, vous, vous ne serez pas loin, si ça tombe ! » En effet, le ciel se couvrait, et certains nuages d'un ton louche faisaient présager un orage. « Bon courage! me dit Héreau, à demain! » Je ne le revis pas.

A la suite de faits réputés politiques, sous la Commune, où Jules Héreau avait été nommé

conservateur du musée du Louvre, il fut compromis et je crois condamné à une peine légère ; mais depuis lors il se crut en butte au mauvais vouloir de la direction des Beaux-Arts, qui lui faisait expier, selon lui, sa coopération à ce régime désastreux. Le cerveau hanté par cette obsession continuelle, il ne put supporter longtemps cette vie tourmentée, et se tua, à la profonde douleur de sa femme, artiste ellemême de talent, et à la stupéfaction que causa dans le monde des arts cette fatale nouvelle.

J'avais connu ce pauvre Jules Héreau à Paris, vers 1855, chez un marchand de tableaux de la rue Mogador, le plus excellent des hommes, mort seulement Tan dernier, 1892, et dont chacun se rappelle avec regret le nom ; on l'appelait le père Martin.

Les marchands de tableaux de ce temps-là étaient les derniers d'une époque où ils étaient les camarades des artistes, les obligeant, les encourageant, les aidant parfois de leur bourse, sans que leur but fût, comme maintenant, égoïste et intéressé.

Le père Martin, véritable saint Vincent de

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