‹ Mes relations d'artisteChapitre 22 sur 28 · A SAINT-OUEN · texte numérisé non relu

A SAINT-OUEN

A M. Besnus.

Hier, j'errais seul. Il faisait chaud.

Dans Tile sur les bords de Feau,

Les buissons étaient pleins d'ombrage,

La brise agitait le feuillage

Des hauts peupliers du rivage

Comme la pluie en temps d'orage.

Et ces bruissements semblaient toutes les voix De tous mes souvenirs des choses d'autrefois...

Bien des tristesses, peu de joies.

Lors m'apparut un troupeau d'oies Qui venaient curieusement Me regarder avec prudence.

Sur l'herbe, étendu mollement.

Comme je gardais le silence, Elles coincoinnaient doucement, Haut le cou, la tête en arrière.

Toutes dandinaient leur derrière, Toutes allaient à la rivière

MES RELATIONS D'AUTISTE

Prendre leur bain, boire, chercher,

Se faire belles, s'éplucher,

En laissant au vent, les coquettes,

S'envoler leurs plumes follettes.

Après bien des plongeons, des cris, du brouhaha,

Toute la bande bien lavée,

Sur le gazon de la levée En se suivant revint manger cahin-caha.

Cette foule d'oiseaux tout blancs sur la verdure Pour mon esprit chagrin fut la seule aventure

Et mon seul plaisir ce jour-là.

Auguste de Ghatillon.

A quelques jours de là, je me trouvais un matin sur les bords du Petit Morin, flânant, un livre sous le bras, en côtoyant les berges. Je m'assis un instant sur l'herbe, et bientôt j'assistai aux ébats de tout petits rats d'eau qui allaient et venaient, grimpaient sur les souches émergeant de la rivière, puis subitement disparaissaient dessous, repassant de l'autre côté pour causer avec un camarade. Rien n'était amusant comme de voir toutes ces allées et venues ; ils avaient l'air de se donner un mot d'ordre à l'oreille quand ils s'abordaient, s'embrassant le museau et faisant les mines les plus

drôles du monde ; puis ils renageaient à leurs affaires, les uns tirant par-ci, les autres se sauvant par-là. Tout à coup je surpris un petit mulot noir qui revint effrayé et se dépêchant pour atteindre la rive opposée, avec de petits cris qui, sans nul doute, voulaient dire bien des choses.

Je cherchais des yeux de tous côtés pour découvrir le sujet de cette alerte, et j'y perdais mon latin, lorsque je vis un autre rat ayant l'air de se concerter avec le fuyard. Que se dirent-ils ? Bref, l'autre rebroussa chemin prestement, d'un air sérieusement alarmé. Décidément, pensai-je, il y a quelque ennemi caché... Serait-ce moi, par hasard? Je me levai et fis quelques pas... Tout à coup, j'entendis un froou ! particulier, et j'aperçus alors une superbe couleuvre glissant parmi les roseaux où elle s'enfouissait tout auprès de moi.

J'appliquai immédiatement un grandissime coup de canne à l'endroit où je l'avais vue se réfugier ; elle sortit furieuse en sifflant de colère et se précipita résolument à l'eau, nageant avec grâce, la tête levée, l'œil fixé sur moi.

Tous les rats avaient disparu. Je jetai sur la couleuvre une motte de terre, mais psitt ! elle se blottit sous un vieux ragot, et j'en fus pour mes frais ; mais, c'est égal, je crois que j'ai rendu un signalé service aux mulots et qu'ils ont dû m'en garder grande reconnaissance.

Continuons la promenade. Si vous grimpez ensuite sur les hauteurs, vous vous trouvez transporté par endroits en pleine Normandie, avec les pommiers aux branches bizarrement contournées, les cultures maraîchères plantureuses, les enclos en planches disjointes, et des Chèvres, des vaches de tous côtés. Au delà, les champs, où les épis de blé, de seigle ou d'orge ondulent sous les caresses de la brise; et la ferme qui, en temps de moisson, voit s'élever autour d'elle les meules dorées, en attendant que les batteuses les désagrègent.

Je m'arrête, car on m'accuserait d'avoir laissé trop de souvenirs à la Ferté-sous-Jouarre, pour en parler si longuement.

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