‹ Mes relations d'artisteChapitre 4 sur 28 · LA CHANSON DE MUSETTE · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE MUSETTE

Hier, en voyant une hirondelle

Qui nous ramenait le printemps,

Je me suis rappelé la belle

Qui m'aima quand elle eut le temps.

Et pendant toute la journée,

Pensif, je suis resté devant

Le vieil almanach de l'année

Où nous nous sommes aimés tant.

Non, ma jeunesse n'est pas morte, Il n'est pas mort ton souvenir ; Et si tu frappais à ma porte, Mon cœur, Musette, irait Couvrir.

Puisqu'à ton nom toujours il tremble.

Muse de l'infidélité, Reviens encor manger ensemble Le pain bénit de la gaîté.

Les meubles de notre chambrette, Ces vieux amis de notre amour, Déjà prennent un air de fête Au seul espoir de ton retour.

Viens, tu reconnaîtras, ma chère, Tous ceux qu'en deuil mit ton départ, Le petit lit et le grand verre Où tu buvais souvent ma part.

Tu remettras la robe blanche Dont tu te parais autrefois, Et comme autrefois le dimanche, Nous irons courir dans les bois.

Assis le soir sous la tonnelle, Nous boirons encor ce vin clair Où ta chanson mouillait son aile Avant de s'envoler dans l'air.

Musette qui s'est souvenue, Le carnaval étant fini, Un beau matin est revenue, Oiseau volage, à l'ancien nid ;

Mais en embrassant l'infidèle, Mon cœur n'a plus senti d'émoi, Et Musette, qui n'est plus elle, Disait que je n'étais plus moi.

Adieu, va-t'en, chère adorée, Bien morte avec l'amour dernier ; Notre jeunesse est enterrée Au fond du vieux calendrier.

Ce n'est plus qu'en fouillant la cendre Des beaux jours qu'il a contenus, Qu'un souvenir pourra nous rendre La clef des paradis perdus.

Henri Murger.

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