DES DRAPEAUX OU ENSEIGNES
Le général de l'armée doit avoir une enseigne que l'on doit toujours porter devant lui comme une marque de sa dignité. D'ailleurs cela a son utilité : ceux qui le cherchent
savent d'abord le trouver, surtout dans les batailles , et les troupes qui le voient savent qu'elles sont vues de leur général. Monsieur de Montecueulli a eu la même idée. Le grand général de Pologne a lepounchouc, qui est une enseigne avec une aigrette, que Ton porte devant lui à Tarmée, lorsque le roi n'y est pas ; et, quand le roi y est, c'est devanf: Sa Majesté qu'on le porte.
Comme il n'y a rieu de si utile que les drapeaux ou enseignes dans les combats, l'on y doit faire une attention particulière. Ils doivent, premièrement, tous être de couleurs différentes, pour que l'on puisse reconnaître, dans les combats, les corps, les régiments, et les «enturies mêmes qui se distinguent. Les soldats de chaque centurie doivent se faire une religion de ne jamais abandonner leur enseigne ; elle doit leur être sacrée ; on doit la respecter ; et Ton ne saurait y attacher assez de cérémonies pour la rendre respectable et précieuse. C'est un point essentiel, parce que, si vous pouvez parvenir une fois à rendre cet objet de conséquence aux troupes, vous pouvez aussi compter sur toutes sortes de bons succès; leur fermeté, leur valeur en seront les suites : et si, dans les affaires périlleuses, un homme déterminé la prend, il rendra toute la troupe aussi valeureuse que lui, parce qu'elle le suivra.
Si vous distinguez ces enseignes par les couleurs, les' actions de chaque troupe se remarqueront, ce qui fera une émulation merveilleuse, parce que les officiers et soldats sauront qu'on les voit, et que leur contenance, leur maintien et leurs actions ne sauraient être ignorés du reste de l'armée. Par exemple, le premier enseigne d'un corps qui fuira sera vu, distingué et reconnu des généraux et de toutes les troupes. De même la première centurie qui aurait forcé un passage, franchi un retranchement, ou fondu avec plus d'impétuosité sur l'ennemi, sera reconnaissable, digne de louange, et louée de toute l'armée. Les soldats se com-
muniquent et se parlent, ainsi que les officiers ; Ton s'entretient, dans Tarmée et dans les garnisons, des événements de la campagne; Ton désire dlmiter les belles actions, parce qu'on les loue. Et ces bagatelles répandent un esprit d'émulation dans les troupes, qui gagne l'officier et le soldat, et rend avec le temps les troupes invincibles.
Je voudrais donc que les couleurs signifiassent des,nombres. Le blanc signifierait là couleur i ; le noir, ii ; le jaune, m; le vert, iv; le rouge, v; le bleu, vi ; le café, vu ; le cramoisi, VIII ; le vert céladon, ix; le bleu céleste, x; le noir et blanc en losange, xi ; vert et jaune en deux bandes, xii; jaune et"4ileu par le coin, xiii ; le fond jaune avec la croix verte, xiv ; le fond blanc avec une croix de saint André rouge, XV ; trois bandes, jaune, verte et rouge, xvi.
Dans toutes les enseignes, il y aurait un quartier blanc auprès de la pointe, dans lequel serait en chiffres romains le numéro de la légion. Les dessins et les couleurs de ces différentes enseignes distingueraient chaque centurie dans chaque légion et les chiffres des légions.