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DES DIFFÉRENTES SITUATIONS

Toutes les différentes situations ne sont pas unies comme un plan : il y en a même très peu qui le soient. Elles ont presque toutes leurs rivières, dont un habile général sait profiter : je veux dire des ravins, des chemins creux, des chaînes d'étangs, et une infinité d'autres choses dont on se sert merveilleusement bien pour ruser, quand Dieu a fait la grâce à un homme d'avoir le sens commun.

Quelquefois ces choses, qui changent si fort la situation et la question, ne s'aperçoivent que lorsque Ton a, comme l'on dit, le nez sur l'enfant : alors il est trop tard, et Ton se voit réduit à l'absurde...

C'est le propre de la nation française d'attaquer. Lors donc qu'un général se méfie du grand ordre qu'il faut observer dans les batailles et de l'exacte discipline des troupes, il n'y a qu'à faire naître les occasions de combattre en détail, et faire attaquer par brigades; et assurément il s'en trouvera bien. La valeur et le feu qui animent cette nation ne se sont jamais démentis, et,Hlepuis Jules César (il le dit lui-même dans ses Commentaires) ^ je ne sais aucun exemple qu'ils n'aient bien mordu sur ce qu'on leur a présenté. Le premier choc est terrible, il n'y a qu'à le savoir renouveler par d'habiles dispositions : c'est l'affaire du général.

Rien n'y est si propre que les redoutes; vous y envoyez toujours des troupes nouvelles pour attaquer l'en nemi qui attaque. Rien ne lui cause tant de distraction et ne le rend si craintif ; car, tandis qu'il attaque, il nraint

toujours d'être pris par ses flancs, et vos troupes y vont de meilleur cœur, parce qu'elles sentent que leur retraite est assurée et que Fennemi n'oserait les suivre et se fourrer entre ces redoutes. Il faudra bien pourtant qu'il le fasse ou qu'il s'en aille : alors, vous vous trouvez en forces avec toutes vos troupes derrière ces redoutes. C'est dans cette occasion que vous pouvez tirer le plus grand avantage de cette impétuosité française, connue et redoutée chez toutes les nations et dans tous les temps; mais de les mettre derrière des retranchements, c'est leur ôter le moyen de vaincre : ils ne sont alors que des hommes ordinaires.

Qu'aurait-ce été à Malplaquet, si M. le 'maréchal de Villars eût pris la plus grande partie de son armée et eût été attaquer une moitié de celle des alliés, qui^avait eu la bonté de se mettre de manière qu'elle était séparée par un bois, sans pouvoir se communiquer? Les derrières et le flanc de l'armée française auraient été à couvert.

Il y a de l'habileté, plus qu'on ne pense, à faire des mauvaises dispositions; mais il faut savoir les changer en bonnes dans le moment. Rien n'étonne plus l'ennemi : il a compté sur quelque chose, il s'est arrangé, et, dans le moment qu'il attaque, il ne tient plus rien. Je le dis encore et je le répète : rien ne déconcerte tant l'ennemi et ne l'engage dans plus de fautes. S'il ne change pas sa disposition, il est battu ;*et s'il la change en présence de l'ennemi, il est battu encore. L'esprit humain ne va point là.

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