DES RETRANCHEMENTS ET DES LIGNES
Je ne suis ni pour l'un ni pour l'autre de ces ouvrages : je crois toujours entendre parler des murailles de la Chine, quand j'entends parler de lignes. Les bonnes sont celles que la nature a faites et les bons retranchements sont les
bonnes dispositions et les braves troupes. Je n'ai presque jamais ouï dire qu'il y ait eu de retranchements attaqués qui n'aient pas été forcés. J'en ai dit les raisons ailleurs.
Si on est inférieur en nombre, on ne tiendra pas derrière des retranchements où l'ennemi porte toutes ses forces en deux ou trois endroits; si l'on est égal, on n'y tiendra pas non plus : pourquoi donc se donner la peine d'en faire? Gela n'est bon que pour les circonvallations et pour empêcher que l'ennemi ne jette du secours dans une "place assiégée.
La certitude dans laquelle est l'ennemi que vous ne sortirez pas le rend audacieux. Il ruse devant vous et hasarde des mouvements de côté, qu'il n'oserait faire si vous n'étiez pas retranché : cette audace gagne et officiers et soldats. L'homme craint toujours plus les suites du danger que le danger même. J'en donnerais une foule de preuves. Supposé qu'une colonne attaque un retranchement et que la tête soit sur le bord du fossé, s'il paraît à cent pas de là une poignée de gens hors du retranchement, il est certain que la tête de cette colonne s'arrêtera ou ne sera pas suivie. Pourquoi cela? C'estle cœur humain. Quedix hommes mettent le pied sur un retranchement,*tout ce qui est derrière fuira et les bataillons entiers l'abandonneront. Qu'ils y voient entrer une troupe de cavalerie à une demi-lieue d'eux, lout se mettra à fuir.
Lorsque l'on est obligé de défendre des retranchements, il faut bien se garder de mettre les bataillons tout contre le parapet, parce que, si l'ennemi met une fois le pied dessus, ce qui se trouve derrière se sauve. Cela vient de ce que la tête tourne toujours aux hommes, quand il leur arrive quelque chose à quoi ils ne se sont point attendus : cette règle est générale à la guerre et décide de toutes les batailles et de toutes les affaires. C'est ce que j'appelle le cœur humain, et c'est ce qui m'a fait composer cet ouvrage. Je ne pense
pas que personne se soit encore avisé d'y chercher la raison des mauvais succès.
Quand donc vous mettez vos troupes derrière un parapet, elles espèrent, par leur feu, empêcher que Tennemi passe le fossé et y monte; si cela arrive malgré ce feu, les voilà perdues, la tête leur tourne et elles fuient. Il vaudrait mieux y mettre un seul rang de gens armés avec des armes de longueur, parce que ces hommes se proposeraient de repousser à coups de piques ou.de pertuisanes ceux qui grimpent le retranchement et veulent monter sur le parapet. Et certainement ils exécuteront leur projet, parce qu'ils se le sont proposé et qu'ils attendront là l'ennemi. Si avec cela vous mettez des troupes d'infanterie, formées par centuries à ma méthode, à trente pas du retranchement, ces troupes verront qu'elles sont placées ainsi pour charger l'ennemi à mesure qu'il entre et qu'il veut se former; elles ne seront point étonnées de le voir entrer, parce qu'elles s'y attendent et elles le chargeront vigoureusement, au lieu que, si elles avaient été placées tout contre le retranchement, elles se seraient enfuies. Voilà comoie un rien change tout à la guerre, et les faibles mortels ne se mènent qua par l'opinion. •
Si l'ennemi s'avise de vouloir occuper la berme du retranchement, comme cela arrive souvent, pour vous chasser de la banquette, vous pouvez l'atteindre avec vos armes de longueur, et le jeter homme par homme dans le fossé, à mesure qu'il se découvre ; et si l'ennemi entre enfin et veut commencer à se former, vous le chargez en détail par centurie. Ces centuries ne seront pas étonnées de le voir entrer parce qu'elles s'y attendent et le chargeront vigoureusement parce qu'elles se le seront proposé.
Voilà ce qui regarde la défense des. retranchements.
Quant à la grande manœuvre, on doit toujours avoir différentes réserves, pour les porter dans les endroits où l'on
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Voici deux eiecûpl^s ç:â ict->iiïeaî ïses liées :
An sièçe d*Aiiii<^ii^ p*^rl*s G^^As^ Cêsir. Tvv^Ii:it seewirir cette Tille, se n?n::It aTec ^n armée, qui nVtùî ijie de sept raille bomme* «^olemeaL le lonz d'ua ruisseau où il se retrancha à «oa arrÎTée aTec tant de préo:p:îA::>a. que les barinrcs. per«aadé« qoe César les crai^iit, atva juèïent SCS retranchement que le général des Romains ne sou^wait point à défendre : an contraire, dans le temps que les G^n lois traTaillaient à combler les fossés et à s eLUjvAter du rempart, il sortit aTec ses cohortes, et les surprit tellement qu'ils prirent la fuite, «ans qu'un seul se mît ea défense*
An siège d'Alésia par les Romains, les Gaulois^ infini-
ment supérieurs, vinrent les attaquer dans leurs lignes. César ordonna aux assiégeants d'en sortir, au lieu de les défendre, et de se jeter sur l'ennemi d'un côté, pendant qu'il l'attaquerait de l'autre, ce qui réussit encore avec tant de succès que les barbares y firent une perte considérable de leurs gens, sans compter plus de vingt mille hommes pris avec leur général.
Si l'on veut considérer la manière dont je range mes troupes (en échiquier), on concevra aisément qu'elles doivent se remuer avec plus de facilité que les bataillons (en ligne), et que l'on peut plus facilement faire charger par détail que lorsque l'on est formé en bataillon. Car cet ordre de combattre est beaucoup plus fort que tous les autres et n'est sujet à aucune confusion, ce qui n'est pas de même en se.formant par bataillons. A quoi peuvent servir plusieurs bataillons sur quatre de hauteur, les uns devant les autres? Ils sont lourds à remuer; tout lès embarrasse : le terrain, le doublement, le flottement; et, si le premier est renversé, il culbute sur le second et le met en désordre. Mais posons qu'ils ne se rompent pas, il faudra toujours au second bataillon un long espace de temps avant qu'il puisse attaquer, parce qu'il faut que celui qui a été rompu se soit rangé, ce qui est long, puisqu'il faut qu'il s'étende contre l'ennemi et le bataillon qui soutient celui-là ; et, si l'ennemi n'a la bonté de se tenir les bras croisés, il vous renversera certainement ce bataillon sur l'autre, et celui-là sur un troisième. Ainsi, lorsqu'il aura renversé le premier, il n'a qu'à pousser brusquement en avant, et, fussent-ils trente, il les renversera tous, et les autres ne lui coûteront plus rien. Voilà ce qu'on appelle cependant attaquer en colonne 1 Quelle misère 1 Mon ordonnance est bien différente : car, que le premier bataillon soit renversé, celui qui le suit charge dans l'instant ; cela va coup sur coup ; je suis à huit de hauteur, et n'ai aucun embarras à craindre ; mon choc est rude
et ma marche rapide; je ne crains point la confusion et je déborde toujours l'ennemi, quoique en même nombre. Les bataillons ennemis ne peuvent remédier à ce défaut, parce qu'ils ne sauraient s'étendre. C'est, en vérité, une misère que l'ordre sur lequel nous combattons; et je ne conçois pas à quoi les généraux ont pensé de ne l'avoir pas changé. ^ Ce que je propose n'est point une nouveauté : c'est l'ordre des Romains. Avec cet ordre, ils ont vaincu toutes les nations du monde (*). Les Grecs étaient très habiles dans l'art de la guerre, et très bien disciplinés : leur grande phalange n'a jamais pu tenir contre ces petites troupes formées à la romaine, disposées en échiquier. Aussi Polybe donne-t-il la préférence à l'ordre des Romains. Que feraient donc nos bataillons, qui n'ont ni corps ni âme, contre ce môme ordre? Que l'on place ces centuries de quelque manière que Ton voudra, dans la plaine, dans des pays coupés ; qu'on les fasse sortir d'une gorçe et de quelques endroits que ce soit, et que l'on voie avec quelle célérité elles se rangeront.' On peut les faire courir à toutes jambes pour s'emparer d'un défilé, d'une haie, d'une hauteur; dans l'instant que les drapeaux seront arrivés, elles seront alignées et formées : c'est ce qui est impossible avec des bataillons. Car, pour se mettre comme il faut, ils ont besoin d'un terrain fait exprès et d'un temps considérable pour faire plusieurs mouvements; et tout cela fait pitié à voir, et m'a souvent donné le cauchemar.
(Je n'avais point lu Polybe dans son entier lorsqu'en 1732 j'ai écrit cet ouvrage sur la guerre ; et ce n'est que cette année 1740, que je l'ai achevé. Voici ce que j'y ai trouvé sur la phalange des Grecs et sur l'ordre de com-
(1) On me dira : a Mais les Romains n'avaient pas de poudre! » U est vrai, mais leurs ennemis avaient des armes de trait qui faisaient à peu près le même effet.
battre des Romains. Je suis flatté d'avoir pensé comme lui, qui était contemporain de Scipion, d'Annibal et de Philippe, et qui, pendant le cours des guerres dé ces grands hommes, s'est trouvé dans les différentes armées et y a eu plusieurs années des commandements distingués. Un auteur si illustre ne peut que justifier mes idées : je laisse à ceux qui liront cet ouvrage à juger si j'ai pensé comme^ lui. C'est Polybe qui parle : )
« Dans mon sixième livre, j'ai promis de saisir la première occasion qui se présenterait de comparer ensemble les armes des Macédoniens et des Romains, l'ordre de bataille des uns et des autres, et de marquer en quoi l'un est supérieur ou inférieur à l'autre. L'action que Je viens de raconter me l'offre, cette occasion ; il faut que Je tienne ma parole.
» Autrefois l'ordonnance des Macédoniens surpassait celle des Asiatiques et des Grecs : c'est un fait que les victoires qu'elle a produites ne nous permettent pas de révoquer en doute. Et il n'était p^s d'ordonnance, en Afrique et en Europe, qui ne le cédât à celle des Romains. Aujour^ d'hui que ces différents ordres de bataille se sont souvent trouvés opposés les uns aux autres, il est bon de rechercher eh quoi ils diffèrent, et pourquoi l'avantage est du côté des Romains. Apparemment que, quand on sera bien instruit sur cette matière, on ne s'avisera plus de rapporter le succès des événements à la fortune ; et qu'on ne louera pas les vainqueurs sans connaissance de cause, comme ont coutume de faire les personnes non éclairées ; mais qu'on s'accoutumera enfin à les louer par principe et par raison.
)) Je ne crois pas devoir avef tir qu'il ne faut pas juger de ces deux manières de se ranger par les4;ombats qu'Annibal a livrés aux Romaias, et par les victoires qu'il a gagnées gur eux. Ce n'est ni par la façon des'armer, ni par celle de se ranger, qu'Annibal a vaincu ; c'est par ses ruses et par sa dextérité. Nous l'avons fait voir clairement dans le récit que nous avons donné de ces combats : si l'on en veut d'autres preuves, que l'on jette les yeux sur le succès de la guerre. Dès que les troupes romaines eurent à leur tète un général d'égale force, elles furent victorieuses. Qu'on en croie Annibal, Annibal lui-même, qui, aussitôt après, la première bataille, abandonna l'armure carthaginoise, et qui, ayant fait prendre à ses troupes celle des Romains, n'a jamais discontinué de s'en servir. Pyrrhus fit encore plus, car il ne se contenta pas de prendre les armures, il employa les troupe^ mômes d'Italie. Dans les combats qu'il donna aux Romains, il rangeait alternativement une de leurs compagnies et une cohorte en forme de phalange : encore ce mélange ne lui servit-il de rien pour vaincre ; tous les avantages qu'il a remportés ont toujours été très équivoques. Il était nécessaire que je prévinsse ainsi
mes lecteurs, afin qu'il ne se présente rien à leur esprit qui paraisse peu conforme à ce que Je dois dire dans la suite.
» Je viens donc à la comparaison des deux différents ordres de bataille.
» C'est une chose constante, et qui peut se justifier par mille endroits, que, tant que la phalange se maintient dans son état propre et naturel, rien ne peut y résister de front, ni soutenir la violence de son choc. Dans cette ordonnance, on donne aux soldats en armes trois pieds de terrain. La sarisse était longue de seize coudées : depuis elle a été accourcie de deux pour la rendre plus commode, et, après ce retranchement, il reste, depuis Tendroit où le soldat la tient jusqu'au bout qui passe derrière lui et qui sert comme de contrepoids à l'autre bout, quatre coudées. Et, par conséquent, si la sarisse est poussée des deux mains contre l'ennemi, elle s'étend dix coudées devant le soldat qui la pousse. Ainsi, quand la phalange est dans son état propre, et que le soldat qui est à cété, ou par derrière, joint son voisin autant qu'il le doit, les sarisses des second, troisième et quatrième rangs s'avancent au delà du premier, plus que celles du cinquième, qui n'ont au delà de ce premier rang que deux coudées. Or, comme la phalange est rangée sur seize de profondeur, on peut aisément se figurer quel est le choc, le poids et la force de cette ordonnance. 11 est vrai cependant qu'au delà du cinquième rang, les sarisses ne sont d'aucun usage pour le combat : aussi ne les allonge«-t-on pas en avant : mais on les appuie sur les épaules du rang précédent, la pointe en haut, afin que, pressées, elles rompent l'impétuosité des traits qui passent au delà des premiers rangs, et pourraient tomber sur ceux qui les suivent. Ces rangs postérieurs et reculés ont cependant leur utilité; car, en marchant à l'ennemi, ils poussent et pressent ceux qui les précèdent, et ôtent à ceux qui sont devant eux tout moyen de retourner en arrière.
» On a vu la disposition tant du corps entier que des parties de la phalange. Voyons maintenant ce qui est propre de l'armure et de l'ordonnance des Romains, pour en faire la comparaison avec celle des Macédoniens.
» Le soldat romain n'occupe non plus que trois pieds de terrain : mais comme, pour se couvrir de leurs boucliers et frapper d'estoc et de taille, ils sont dans la nécessité de se donner quelque mouvement, il faut que, entre chaque légionnaire, soit à côté ou par derrière, il reste au moins trois pieds d'intervalle, si l'on veut qu'il se remue commodément.
» Chaque soldat romain combattant contre une phalange a donc deux hommes et dix sarisses à forcer. Or, quand on en vient aux mains, il ne les peut forcer, ni en coupant, ni en rompant, et les rangs qui le suivent ne lui sont pour cela d'aucun secours. La violence du choc lui serait également inutile, et son épée ne ferait nul effet.
» J'ai donc eu raison de dire que la phalange, tant qu'elle se conserve dans son état propre et naturel, est invincible de front, et que nulle autre ordonnance n'en peut soutenir l'effort. D'où vient donc que les Romains sont victorieux ? Pourquoi la phalange est-elle vaincue? C'est que, dans la guerre, le temps et le lieu des combats se varient en une infinité de manières, et que la phalange n'est propre que dans utf temps
et d'une seule façon. Quand il s'agit d'une action décisive, si l'ennemi est forcé d'avoir affaire à la phalange dans un temps ou dans un terrain qui lui soient convenables, nous l'avons déjà dit, il y a toute sorte d'apparence que tout l'avantage sera du côté de la phalange ; mais si l'on peut éviter l'un et l'autre, comme il est aisé de le faire, qu'y a-t-il de si redoutable dans cette ordonnance ?
» Que, pour tirer parti d'une phalange, il soit nécessaire de lui trouver un terrain plat, découvert, uni, sans fossés, sans fondrières, sans gorges, sans éminences, sans rivières, c'est une chose avouée de tout le monde. D'un autre côté, l'on ne disconvient pas qu'il est impossible, ou du moins très rare, de rencontrer un terrain de vingt stades ou plus, qui n'offre quelqu'un de ces obstacles. Quel usage ferez-vous de votre phalange, si votre' ennemi, au lieu de venir à vous dans cet heureux terrain, se répand dans le pays, ravage les villes, et fait le dégât dans les terres de vos alliés ? Ce corps restant dans le poste qui lui est avan^ tageux, non seulement ne sera d'aucun secours à vos amis, il ne pourra se conserver lui-même. L'ennemi, maître de la campagne, sans trouver personne qui lui résiste, lui enlèvera ses convois, de quelqu'endroit qu'ils viennent. S'il quitte son poste pour entreprendre quelque chose, ses forces lui manquent, et il devient le jouet de ses ennemis. Accordons encore qu'on ira l'attaquer sur son terrain : mais si l'ennemi ne présente pas à la phalange toute son armée en même temps, et que, au moment du combat, il l'évite en se retirant, qu' arrivera- t-il de votre ordonnance ? Il est facile d'en juger par la manœuvre que font aujourd'hui les Romains.
» Car nous ne nous fondons pas ici sur de simples raisonnements, mais sur des faits qui ^ont encore tout récents. Les Romains n'emploient pas toutes leurs troupes pour faire un front égal à celui de la phalange; mais ils en mettent une partie en réserve, et n'opposent que l'autre aux ennemis. Alors, soit que la phalange rompe la ligne qu'elle a en tête, ou qu'elle soit elle-même enfoncée, elle sort de la disposition qui lui est propre ; qu'elle poursuive des fuyards, ou qu'elle fuie devant ceux qui la pressent, elle perd toute ^ force : car, dans l'un et l'autre cas, il se fait des intervalles, que la réserve saisit pour attaquer, non de front, mais en flanc et par les derrières.
» En général, puisqu'il est facile d'éviter le temps et toutes les autres circonstances qui donnent l'avantage à la phalange, et qu'il ne lui est pas possible d'éviter toutes celles qui lui sont contraires, n'en est-ce pas assez pour nous faire concevoir combien cette ordonnance est au dessous de celle des Romains ? Ajoutons que ceux qui rangent en phalange se trouvent dans le cas de marcher par toutes sortes d'endroits, de camper, de s'emparer des postes avantageux, d'assiéger, d'être assiégés, de tomber sur la marche des ennemis lorsqu'ils ne s'y attendent pas. Car tous ces accidents font partie d'une guerre; souvent la victoire en dépend, quelquefois du moins ils y contribuent beaucoup. Or, dans toutes ces occasions, il est difficile d'employer la phalange, ou on l'emploierait inutilement, parce qu'elle ne peut alors combattre ni par cohorte, ni d'homme à homme ; au lieu que l'ordonnance romaine, dans
ces rencontres même, ne souffre aucun embarras. Tout lieu, tout temps lui convient ; Tennemi ne la surprend Jamais, de quelque part qu'il se présente : le soldat romain est toujours prêt à combattre, soit avec r armée entière, soit avec quelqu'une de ses parties, soit par compagnie, soit d'homme à homme.
» Avec un ordre de bataille dont toutes les parties agissent avec tant de facilité, doit-on être surpris que les Romains, pour l'ordinaire, viennent plus aisément à bout de leurs entreprises que ceux qui combattent dans un autre? Au reste, je me suis cru obligé de traiter au long cette matière, parce qu'aujourd'hui la plupart des Grecs s'imaginent que c'est une espèce de prodige que les Macédoniens aient été défaits, et que d'autres sont encore à savoir comment et pourquoi l'ordonnance romaine est supérieure à la phalange. »