‹ Mes rêveriesChapitre 25 sur 29 · DE L'ATTAQUE DES RETRANCHEHIENTS · texte numérisé non relu

DE L'ATTAQUE DES RETRANCHEHIENTS

Lorsque Ton veut attaquer un retranchement, il faut toujours tâcher de s'étendre le plus que Ton peut, pour donner de la jalousie partout à Tennemi, afin qu'il ne dégarnisse aucun endroit, ce qui Tempéche de porter des troupes dans ceux que Ton veut attaquer, quand même il le verrait; et ce sont autant de troupes inutiles. Alors, tous les bataillons qui sont pour faire montre doivent être à quatre de hauteur, et marcher en ligne ; tout le reste de la manœuvre doit se faire derrière ceux-là : et c'est ce qui s'appelle masquer l'attaque. Cette partie de l'art militaire dépend de l'imagination ; un général peut broder là-dessus tant qu'il lui plaît : tout est bon, car la certitude où il est de n'être point attaqué lui permet de faire ce qu'il juge à propos, et il peut profiter de tous les ravins, de tous les vallons, de toutes les haies, et de mille autres choses : tout lui réussira.

Si Ton charge par centurie, Fon n'a point de confusion à craindre, et chaque centurion se fera une affaire particulière de l'honneur de son drapeau : et il est impossible que, dans le nombre, il n'y ait des hommes qui cherchent à sacrifier leur vie pour se distinguer, parce que cela se

voit par les drapeaux qui, selon mon système, sont reconnaissables et remarquables chacun en particulier.

En s'approchant du retranchement, Ton doit envoyer devant des « armés à la légère » pour attirer le feu; l'on doit les soutenir par d'autres en troupes. Enfin, lorsque l'on voit la tiraillerie embarquée, les centuries doivent arriver et donner de furie. Si elles sont repoussées, les autres leur doivent succéder, avant quèr celles-ci aient eu le temps de fuir, et la force et le nombre surmontent les ob stades. Dans le môme temps, les centuries à quatre de hauteur doivent arriver, si vous êtes entré par plusieurs endroits à la fois. Les bataillons ennemis, qui sont entre deux et qui voient avancer la ligne, s'enfuient, et cette ligne se met sur le parapet. Ensuite l'on se forme, et l'en nemi, pendant ce temps-là, se retire, parce qu'il s'imagine avoir fait tout ce qu'il a pu faire.

Il y a encore une autre manière d'attaquer des retranchements, toute différente de celle-là, et qui est bien aussi bonne ; mais il faut que le terrain le permette, et il faut le connaître parfaitement, ce terrain.

Lorsqu'il y a des ravins ou des fonds proches du retranchement où l'on peut faire couler des troupes pendant la marche, sans que l'ennemi s'en aperçoive, alors on marche à lui par plusieurs colonnes à grande distance l'une de l'autre : alors il attache toute son attention sur ces colonnes, dispose ses troupes, et dégarnit son retranchement. Lors donc que ces colonnes attaquent, tout court à ces attaques, puis tout d'un coup les corps qui se sont tenus couverts paraissent, et donnent dans les parties abandonnées du retranchemeàt. Ceux qui s'opposent aux attaques des coionnes, voyant cela, se déconcertent; là tète leur tourne, parce qu'ils ne se sont point attendus à cet évéaement. Ils quittent donc ces attaques, sous le prétexte de courir à la défense du retranchement, et, en effet, par

la peur qui les saisit; et Ton entre à la fois dans le retranchement aux fausses et aux véritables attaques.

La défense des retranchements me parait, de toutes les parties de la guerre, la plus difficile, et, quoique j*aie dit ce qui me parait de mieux à faire et qu'il me semble que ce soit, de toutes les manières de défendre des retranchements, la meilleure, cependant je n'en fais pas grand cas ; et tant qu'il dépendra de moi, je ne serai point d'avis qu'on en fasse. Les redoutes sont mes favoris et il faut que j'en parle encore.

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