‹ Mes rêveriesChapitre 7 sur 29 · DE LA CAVALERIE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA CAVALERIE EN GÉNÉRAL

Il faut que la cavalerie soit leste, qu'elle soit montée sur des chevaux que Ton ait rendus propres à endurer la fatigue ; qu'elle ait peu d'équipages, et surtout qu'elle ne fasse pas son point capital d'avoir des chevaux gras. S'il se pouvait qu'elle vît tous les jours l'ennemi, cela n'en serait que mieux, car cela la mettrait bientôt en état d'entreprendre les plus grandes choses. Il est certain que l'on ne connaît pas la force de la cavalerie, ni les avantages que que l'on en peut retirer. D'où vient cela? De l'amour que l'on a pour les chevaux gras.

J'ai eu un régiment de cavalerie allemande en Pologne, avec lequel j'çii fait en dix-huit mois plus de quinze cents lieues, en marches ou en courses, et je proteste que ce régiment était mieux en état de servir au bout de ce temps-là qu'un autre qui aurait eu des chevaux gras. Mais, pour cela, il faut les faire peu à peu au mal et les endurcir à la fatigue par des courses et des exercices violents, ce qui les conserve plus sains et les fait durer bien davantage. Quand ils y sont faits, vous pouvez compter avoir de la cavalerie, et vous n'en aviez point auparavant. De plus, cela rompt et style vos cavaliers, leur donne un air de guerre qui sied si bien. Mais il faut les faire galoper, courir à toutes jambes en escadrons et les mettre peu à peu en haleine et non pas manœuvrer tous les trois ans une fois avec une lenteur extrême, de peur que ces pauvres bétes ne suent. Je soutiens que, lorsqu'un cheval n'a pas été tourmenté et endurci au mal, il est sujet à beaucoup plus d'accidents et ne saurait jamais être de service.

La cavalerie doit être distinguée en deux espèces, savoir :

la cavalerie elles dragons. Je ne fais aucun cas des autres. La cavalerie légère et les dragons bien stylés valent toujours mieux que les hussards. De la première, qui est la véritable cavalerie, il en faut peu, parce qu'elle est coûteuse, et il y faut faire une attention particulière. Quarante escadrons suffisent dans une armée de trente, quarante et cinquante mille hommes. Ses mouvements doivent être simples et solides; Ton ne doit jamais lui rien apprendre qui vise à la légèreté : le principal point est de lui apprendre à combattre ensemble et à ne jamais se débander. Elle ne doit faire autre service dans une armée que celui des grand*gardes : jamais d'escortes, jamais de détachements éloignés, ni de courses. On doit la regarder comme la grosse artillerie qui ne marche qu'avec l'armée : aussi ne doit- elle servir que dans les combats et dans les batailles.

Elle doit être montée sur des chevaux forts et épais : les chevaux allemands sont les meilleurs ; ils ne doivent jamais être au-^dessous de cinq pieds deux pouces.

Ces cavaliers doivent être armés de toutes pièces, et le premier rang doit avoir des lances à la polonaise pendues par une courroie mince au pommeau de la selle.

Ils doivent avoir une bonne épée raide, à trois quarts, longue de quatre pieds ; une carabine ; point de pistolets, parce qu'ils ne servent qu'à faire du poids ; des étriers en chapelets ; point de selle ; un arçon avec deux bâtines rembourrées de paille et une peau de mouton noire par-dessus, qui sert de housse et de couverture et qui croise sur le poitrail.

Pour cette cavalerie, il faut des hommes choisis, de cinq pieds six à sept pouces, minces, élancés, et point ventrus.

Quant aux dragons, dont il faut au moins le double, les régiments doivent être composés de même pour le nombre et la formation; mais ils doivent avoir des chevaux qui ne

soient pas au-dessus de quatre pieds huit pouces, ni audessous de quatre pieds six.

L'exercice de ces dragons doit être rempli de célérité.

Ils doivent savoir celui de Tinfanterie dans la perfection. Leurs armes doivent être le fusil et Tépée. Leurs lances doivent leur servir de piques, quand ils sont pied à terre. Leurs selles et harnais doivent être comme ceux de la cavalerie. Les hommes doivent être petits, de la taille de cinq pieds à cinq pieds un pouce, pas au-dessus de deux. Ils doivent avoir une clef à l'arçon de la bâtine, avec un trou dans la crosse du fusil pour Vy passer. Ils doivent se former par escadron à trois de hauteur, de même que la cavalerie et doivent toujours marcher de même.

Quand le cas le requiert, le troisième rang doit savoir voltiger, escarmoucher, et toujours se rallier à Tescadron par les intervalles ; mais les deux autres doivent être inébranlables et aussi solides que la cavalerie. Ces deux rangs doivent avoir leurs fusils passés en écharpe. Ge sont ces dragons qui doivent faire tout le service de Tarmée, couvrir les quartiers, faire les escortes, aller à la guerre et voir tous les jours l'ennemi s'il se peut.

Voilà, en général, ce qui concerne la cavalerie. Il est maintenant à propos d'entrer dans un plus grand détail.

Nous commencerons par Tarmement.

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