UN DUO SANS MUSIQUE
Par deux étudiants eu droit.
HENRI
Tiens, fermons ce bouquin, je suis las d'étudier ; Toi-même tu parais t'endormir sur Pothier.
ELZÉAR
En effet, cher ami, certaine inquiétude Interrompt, malgré moi, le cours de cette étude.
HENRI
Quel est donc le souci qui puisse occuper tant, Celui qui, comme toi, fut sans cesse riant ?
ELZÉAR
Hélas ! tu le sais bien, je n'ai rien du poëte, Et j'ai prGmis des vers à Marie-Antoi nette.
(1) Composé pour l'album de Mlle. Marie Antoinette J.
HENEU.
N'ai-je donc pas, pressé du môme sentiment, Engagé mon honneur par un même serment ?
ELZÉAR
Alors, nous sommes deux, marchons avec audace, Et, d'un commun effort, gravissons le Parnasse.
HENRI
Je le veux, car on voit, dans le livre divin, Qu'il faut aider son frèi e et lui tendre la main.
ELZÉAR
J'admire comme toi cette belle maxime ; Mais, pour te seconder, je ne sais que la rime. La rime, c'est mon fort, et, c'est en son honneur, Que j'immole souvent le sens et la valeur.
IIEN1U.
.) 2 sais bien que La rimo avec le sens se brouille ; Ce qui devrait s'unir est. toujours en gribouille, D'ailleurs, c'est entendu : si l'on veut arriver, Ce que je penserai, tu le feras rimer.
ELZÉAR
En route ! mais j) sens la muse qui m'anime, Et du Parmasse en feu je découvre la cime. Antoinette est là haut, ange mystérieux, Dont brillent les vertus sur un front radieux ; Dans le chaste regard qui décèle son àme, D'un enivrant amour je vois luire la flamme. J'éprouve malgré moi des désirs indiscrets, Pour la mieux admirer, que ne suis-je plus près ?
HENRL
Je me sens, Elzéar, saisi de ton ivresse ;
Pour toucher le sommet, redoublons de vitesse.
La pente me parait se roidir sous nos pas ;
Mais, pour tant de bonheur, pouvons nous être las ?