‹ Mes rimes [microforme]Chapitre 3 sur 36 · PR" SAR · texte numérisé non relu

PR" SAR

mais avons-nous ici la langue de France? Non, bien sûr ! Erreur alors, dès qu'en poësie, on chanie ici, avec une langue parfaite, étudiée et recherchée, des passions ou des sentiments qui nous sont particuliers. Mascarade! très-jolie à voir peut-être, mais mascarade quand méme! Nous copions toujours: pourquoi ne pas créer? Vainement nous tenterions d’imiter, de Musset, Gauthier, Coppée, Autran, Veuillot mème, nous n'arriverons qu'à de päles reflets de leurs peintures. Si le genre s’y trouve, les couleurs man-

queront presque toujours.

La languo, je le crois, ne s'apprend pas d'étude ; elle se recoit sur les lèvres de la famille et dans la société. Vous pouvez parler bon français, sans savoir le français, parceque les livres n'enseignent pas mais ne font que corriger ia langue. , C’est à l’humble lueur du foyer domestique ou aux bougies du salon que s'allume le flambeau de poësie qu’un génie enlève de là pour le porter sur les hauteurs et éclairer les masses. Et cela, quoiqu'on en dise, nous manque absolument. Notre language usuel de la famille, le plus parfait qu'il puisse être, reste encore dans les limites restreintes de la grammaire et du diction-

naire, Au-delà, il y aura Ges livres, des lectures plus

ou moins bien choisies, auxquels on empruntera une

tournure plus facile, toujours par imitation. C’est bien

qui 1 s’en de la Chac de ce mêm

A dit ju qu'il il fixe tout, Possi que n qu'il {

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là tout ! Ceux d'entre nous qui ont séjourné en France, ceux qui ont fait une étude spéciale de la langue du pays, ne diront pas autremeut. A g"oi bon alors so grimer, s’escrimer, se battre les flancs, pour aboutir à la recherche, à l'affêterie, lorsqu'on peut-être naturel

sans cffort ?

Nous avons des poëtes. J'ai lu plus d'une poësie canadienne—en criant bravo! à chaque strophe et ce qui mieux vaut, en laissant tomber une larme qui ne s'en défendait pas, quelquefois à chaque vers. C'était de la poësie, de la poësie franche ! pour moi du moins. Chacun est frappé au cœur différemment. La porte de ce maitre de céans, n’est pas chez tous ouverte du même côté, Pourquoi ? Dieu seul pourrait le dire.

A mon avis, Elzéar Labelle est poëte, parcequ’il dit juste et vrai, parcequ'’il peint ce qu’il voit, parcequ'il échange avec nous ses impressions. Il précise, il fixe nos sentiments. Pour le mieux comprendre en tout, peut-être faudrait-il avoir vécu à Montréal ? Possible, mais n'empêche, qu'il connait nos fibres, que nos cœurs sont dans ses mains des instruments qu'il touche à peu près comme il veut. Est-ce que

CORNE 1, Aie

je m'occupe de savoir si toutos les règles de la versification sont observées, du moment quo je suis ému, enlevé ou entrainé ?: Allons donc !

Elzéar avait peu d'étude, c’est connu, mais il avait toujours ouverts devant lui, deux grand livres, -‘ le

cœur humain ” et ‘ les agissements du monde,” cet je crois que bien peu d'esprits ont pénétré plus avant dans leur interprétation intime. A qui demanderiezvous, plus d'esprit d'observation, plus de sens droit,

plus de jugement qu’il n’en avait ?

Poëte avec cela, ses impromptus ne valaient.ils pas des proverbes ou des sentences philosophiques de haute portée ?

Vous direz, que la forme pêche parfois,—mais vous qui parlez ainsi—je vous provoque à lui jeter la pre-

mièrce pierre.

Tenez compte des circonstances ; lisez les une pre-

mière fois, relisez les, ct vous finirez par déclarer, no-

nobstant la forme :

‘“ Après tout, c’est cela ! ?

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s de la versi-

je suis ému,

mais il avait d livres, :‘ Le monde,” et je ré plus avant demanderiez-

de sens droit,

e valaient.ils

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s,—mais vous

i jeter la pre-

z les une pre- * déclarer, no-

| peu partout dans ses couplets.

Ce volume de poësices est un dépôt que j'ai reçu des mains de l’auteur, à certaines conditions d’un caractère intime, pour le remectre à ses amis, dans sa forme actuelle. Plusieurs pièces J'esteront inédites, sans que je puisse dire pourquoi. Il en est d’autres qui figurent dans ce rezueil et que j'aurais été heureux d'omettre. Qu'on ne s’en prenne pas à moi. La tombe a des secrets et une sagesse qu'il faut savoir

respecter.

Elzéar a jeté plus d'une chanson dans la rue, au temps des élections. T1 foule faisait %es processions politiques ou municipales en chantant ses vers. Toutefois, il préconisait davantage les succès de bonne société. 1lse complaisait dans la compagnio des jeunes gens bien élevés, qui lui payaient en applaudissements, en sentiments d'affection, de sympathie profonde, les heuros délicieuses qu'il éclairait Que de fois,

n'a-t-il pas récité ou chanté ses vers, en potit cercle,

pour eux de son esprit ou de son talont,

durant les joyeux passe-temps de la vie d'étudiant! Il disait avec beaucoup d’expression ct chantait avec âme. Le geste, le ton, la voix, la figure aiguisaient encore l'observation pourtant fine et délicate déjà ou cette pointe d'esprit gaulois, qui se rencontrent un Et ceux-là seuls qui l'ont ainsi connu sauront retrouver dans un texte

ES

päli, des couleurs plus vives, sous une lettre morte, des formes autrement gracicuses, que le poëte, artiste dans l’occasion, savait prêter à ses poësies. IL pouvait allier le sentiment.musical au rhytme poëtique. N'était-co pas un des grands avantages de Béranger et de divers autres chansonniers de renom ? Jamais il n’était plus à l'aise que lorsqu'on lui donnait un air sur lequel accomoder ses vers. Les strophes tombaient alors vites et drues de sa plume. L'idée, la rime, toujours sous les ordres du bon sens accouraient de suite, lui crier ‘“ nous voici !/ ” Et le poëte écrivait en chantant, au milieu du bruit, des rires, des mots gais des amis, allant toujours, joyeux, souriant, content de

lui-même, ceuillant de ei, de là, dans les conversations

et même dans les éclats de voix, les germes des impromptus, qui à dix minutes de là, faisaient les délices de la réunion. Tant de verve, d’entrain, de zalent prime-sautier, avec une façon de dire aussi naturelle, aussi peu recherchée ne pouvaient provoquer que

l'admiration ct même l'enthousiasme.

La critique, plus froide, plus mesurée voudra-:t-elle

tenir compte de ces circonstances ?

Dès longtemps, Elzéar m'avait demandé de prépa-

rer une préface à son livre ; la voici!

J'ai retouché, avec autorisation entière, trois de ses

pièc ‘70 jaip

pecti

Da au te} parti partie Giard,

PERLE) 1e à MES

ettre mortc,

pièces “ adieu aux amis, ” “ À Monseigneur Fabre” et

oëte, artiste Æ «+ l'Ouvrière ‘en y concervant intacts les vers que

es. Il pou-E j'ai pu déchiffrer dans un manuscrit difficile, en res-

ne poëtique. Æ pectant partout l'idée.

de Béranger

c 1" s SX ,.. È De A F Re 4 Rs rh Jamais Dans le reste, je n’ai peut-être pas changé dix mots

nnaitianair D 40 texte qui m'a été remis, partie par Elzéar lui-même,

tonibnient partie par sa sœur Malvina et la famille Papineau,

LE dite partie par ses amis, Roy, Maillet, Vilbon, Dumouchel, ? )

couraient de Giard, Ouimet, et autres.

> écrivait en PRES RS A, N. MONTPETIT.

t, content de onversations À rmes des imt les délices À , de ralent si naturelle,

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trois de ses

BIOGRAPHIE D’ELZEAR LABELLE,

Elzéar Labelle est né à Montréal, le 14 novembre 1843. Son père, J. B. Labelle, après avoir fait des études complètes au Séminaire de Montréal, où il avait été compagnon de classe de feu Sir L. H. Lafontaine, se croyant la vocation ecclésiastique avait ordonné la coupe d’une soutane chez un tailleur de la ville. Il devait envoyer le drap quelques jours après. En attendant, acceptant l'invitation d’un ami, il s’en alla passer deux ou trois semaines sur la Rivière Chambly, faire un tour dans ce jardin du Canada. Sous les bosquets fleuris, il fit rencontre de Mile. Héloïse Leclaire, jeune personne charmante et de beaucoup d'esprit.

Lorsque Jean Baptiste revint à Montréal, il se ren-

dit chez son tailleur, avoc deux verges de drap sous le bras. C’est dire que la mesure de la soutane fut changée en celle d’un frac. A peu de jours de là, M. Labelle nommé instituteur, à Saint-Marc, épousuit Mademoiselle Leclaire.

De ce mariage sont nés un grand nombre d'enfants, la plupart morts au berceau. Quatre seulement ont

faisaic doit ls portar celle d

Une sentit jeunes Ludge:

| novembre oir fait des tréal, où il L. H. Latique avait ailleur de la jours après.

ami, il s’en la Rivière du Canada.

o Mlle. Héet de beau-

il, il se ren- > drap sous soutane fut rs de là, M.

‘C, épousuit

d'enfants,

ement ont

survécu, Ludger—mort on 1867,—Elzéar, qui fait le sujet de cette notice biographique, Adèle, aujourd'hui, Madame Montpetit et Malvina qui demeure à Montréal.

De mémoire d'homme, les Labelle avaient toujours été, soit maçons, soit charpentiers, soit menuisiers, On ne sait combien d’églises ils ont construites dans Ils avaient tous un rare

Les fils d'Auguste Labelle maintiennent encore honorablement ce noble

les environs de Montréal.

talent pour ces divers états.

héritage de travail et d'industrie. Nul ne fut doncsur-

pris de voir, un beau jour, le maître d'école, jeter sa ferule aux orties ot venir prendre part aux travaux de ses frères, Petrus, Auguste, Narcisse, et Joseph qui faisaient de fortes entreprises à Montréal. On leur doit la construction d’un grand nombre d’édifices importants comme des banques, des églises, etnotamment

celle du Palais de justice,

Une maladie de langueur dont madame Labelle se sentit bientôt atteinte, la força de se séparer des plus jeunes de ses enfants, ne conservant auprès d’elle que Ludger, qui suivait son cours classique au Collège de

sr 10

Montréal. Elzéar et Adèle furent remis aux soins de madame Papineau, la sœur unique de mad. Labelle, et qui n'avait pas d'enfants. Homme de moyens et généreux, M. Papineau éleva Elzéar commo s’il eût été son fils. Il le mit de bonne heure au Collège de l'Assomption, d’où il sortit pour subir l'opération d’une tumeur qui iui vint à la jambe droite. Il continuait ensuite ses études, partie sous la direction de feu M. Garneau, partie au Collège des Jésuites, laissant partout l'impression d'un esprit vifot d’un talent d’une facilité exceptionnelle.

Mais Ludger étudiait le droit, Elzéar trop jaloux de sa liberté quitta le Collège avant lu fin de ses étu-

des, pour suivre la carrière que son frère avait choisie.

Nous arrivons ainsi à 1862. Ludwer vient d’être

reçu avocat. Il pratiqne, de société avec M. Mousseau, aujourd'hui député du comté de Bagot à Ottawa. Elzéar passe brevet sous la raison sociale Mousseau & Labelle. Il avait alors dix-neuf ans. C’est un peu tôt pour commencer la vie d'homme, pour faire face sans broncher à l'avenir. Heureusement pour lui, il

pouvait s'appuyer au besoin sur l'épaule de son frère

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poëtt buan qu'or entan

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: soins de , Labelle, noyens et Lo s'il eût ollège de opération . Jlcon- ‘ection de iites, lais- ’un talent

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nt d’ètre Tousseau, Ottawa.

Tousseau n peu tôt tire face ur lui, il

son frère

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ainé, un rude jouteur celui-là, qui avait déjà vu le fou de près, quoiqu'il n’eût encore que vingt-deux ans. Mais qu'on mo permette plutôt de parler de cette époque. Qui sait? j'aurai peut-être posé.un jalon sur la route de notre histoire.

Dans notre potit pays, comme dans les grands, c’est l'ambition ou le désir de se porter au premier ‘ang qui constitue le mobile des actions. Seulement, les hautes positions d'ici ne correspondent pas à celles des peuples plus avancés ou plus civilisés. Nous n'avons ni blasons, ni armoiries, ni héridité nobiliaire ; il nous manque également l'armée, les corps diplomatiques, universitaires ou autres, À peine trouvons-nous quelques lecteurs à nos écrivains ou nos poëtes, qui se font journaiistes pour être lus, distri: buant ainsi miette à miette, le pain de l'intelligence qu'on ne goûterait pas autrement, ou qu'on n'oserait entamer sous la forme plus compacte d’un livre. Se

faire autour au Canada, c’est faire acte de sacrifice,

Nous sommes toutefois restés fidèles aux traditions. Les découvreurs de cette partie de l'Amérique y sont venus, la croix à la main: Apôtres, missionnaires,

chevaliers ou simples marins tous étaient animés du

désir de conquérir les âmes à Jésus-Christ.

…— C'est ainsi que parmi nous, les ambitieux de gloires | célestes, nos prélats, nos prêtres, nos religienses oc- | cupent encore le premier rang, où ils sont maintenus, autant et plus par leurs œuvres de charité et d'abnégation que par la reconnaissance et la vénération du peuple. Cette grandeur vient du ciel: elle touche à la terre sans s'appuyer sur elle. Les rayons qui en descendent se croisent avec ceux de nos grandeurs humaines qui montent péniblement. de

: de Survinrent ensuite les hommes avides de conquêtes

ou de gain, les commerçants, ceux qui tentent fortune ou qui veulent refaire un patrimoine délabré.

De ceux-là comme des premiers, ne trouvons nous

nous pas grand nombre de représentants dans notre l population ? L'or nous fascine toujours. Avec ses con reflets fauves, il est des mains qui essaient de tisser |] vou des auréoles. pou nos Dans leur lutte contre une forte nature inculte et qu contre les aborigènes, nos ancêtres acquirent unc plus On grande force physique, prirent un mâle courage, gloi Que de héros ne pourrions-nous pas nommer quiap- D défi partiennent déjà à l'histoire, quo d’autres autour des tes :

nimés du

de gloires ric'ises OCnaintenus, et d'abnéération du e touche à ons qui en

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1vons nous dans notre Avec 8ses

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inculte et t unc plus courage, r qui ap-

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chefs et les soutenant do leur bras ou de leur valeur, qui sont ignorés et qui valaient des héros! De là, notre admiration soutenue, pour les exploits des pugillistes,

des lutteurs, des forts-à-bras, pour les tours de force, etc.

Jusqu'au commencement de ce siècle, le Sacerdoce, la richesse ct la vigueur corporelle résumaient à peu près en eux les grands mérites de la nation. C’est là que se reportaient tous les hommages, que s’élevaient les grandes aspirations.

Depuis, les luttes politiques, autre espèce de pugilat,

ont fait perdre à la force physique, une bonne partie de l'estime dont elle jouissait.

En vérité, nous n'avons aujourd’hui que la politique comme piédestai où poser nos citoyens de mérite qui se | vouent aux intérêts de la chose publique. Jadis, nous pouvions nous reclamer de France, nous vanter de nos gouverneurs, de nos intendants, de nos généraux qu'on daignait mème quelquefois, choisir parmi nous. On ne s’en vantait pas toujours et pour cause mais les gloires compensaient les hontes et bien au-delà. En | définitive, nous avions part de gloire dans les réussites au Canada, gesta Dei per Francos.

Sommes-nous bien des anglais parlant le français, comme on a pu le dire ? Non. Nous sommes anglais par devoir, non par sympathie profonde, et surtout pas par solidarité. Souvent nous avons porté le fardeau, sans avoir reçu notre part de rétribution, De Salaberry a donné à l'Angleterre une gloire dont elle a orné son front: cette gloire a-t-clle été payée à l'humble Canadien-Français ? N'’aurait-on pas dû donner au moins en héritage à co héros, le champ de bataille de Châteauguay — où il raccroha le dernier fil qui reliait l'Amérique Anglaise à la Puissance

Britannique ?

On prépare nos grands hommes là bas, et gouverneurs et généraux ou autres officiers, ils entrent de plein pied dans notre histoire. Le grand nombre ont des mérites que nous nous plaisons à reconnaitre, mais aussi, il en est plus d’un qui ont posé dédaigneusement leur talon sur la page qui leur était réservée.

C'est un malheur pour nous que la politique prime ainsi dans la valeur civile. On ne saura jamais combien de talents se perdent à la recherche de sa vaine gloriole. La politique éclaire au loin et de loin, il fuudrait se garder de s’y brülcr de près, Que d'ailes d'éphémères et de papillons, rouges ou bleus, nous

pourrions ramasser au pied de ce flambeau !

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français, s anglais t surtout té le farion, De dont elle payée à pas dù hamp de e dernier Puissance

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servée.

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RU, à REC

Ludger Labelle, esprit brillant, nature CxCessivement sympathique, né dans une famille d'ouvriers très estimée, en plein faubourg Québoc, à une époque

où chacun veillait sur le bas de sa porte dans les

beaux jours d’été, où les amitiés se créaient pour ainsi

dire à vuo, d’un seul mot, et où l’on s’aimait franche-

ment, sans calcul, où l’on choisissait les bons laissant

de côté les méchants, où on s’applaudissait du mérite

du voisin au lieu de le dénigrer, Ludger Labelle, dans

un pareil milieu ne pouvait manquer de s'occuper de |

politique. Aussi, le vit-on simple étudiant, prendre

la rédaction de ‘ la Guépe,” journal humoristique très

répandu, ct faire sa trouéc dans les rangs du parti |

Dorion, que combattait M. Cartier. Le premier

janvier 1861, il fondait le journal “ le Colonisateur,”

dans les intérèts du parti conservateur. Doué d’un cœur aussi affectueux, aimant le mouvement, l'agitation des foules, connu également de tous, Elzéar devait

naturellement emboiter le pas après son frère.

Le regard seul de l'Hon. Ls. Jos. Papineau, sortant soudain de l’exil, comme le génie des mille-et-une-nuits

de son urne, couvrant tout l'horizon de sa grande

ombre, alluma plus d’un talent réel en 1848. Je ne

crois pas que les hommes d’un certain temps valent mieux que ceux d’une autre époque, mais je crois que beaucoup d’esprits sommeillent toute leur vie, faute d'une main qui les vienne pousser à l’épaule, faute

d'une voix qui leur dise ‘“ lève-toi et marche.”

On a peut-être trop vanté (d’un côté) cette Jeunesse de 1848, on l’a, bien sûr! trop dénigrée, d’un autre côté, Ma plume ne saurait être suspecte. Autant ma position, autant l'heure politique la dégagent de tout soupçon de flatterie, J'écris ce que je pense, et je pense que les Dorion, les Doutre, les Daoust, les Papin, les Laberge, les Cassidy, les Laflamme, les Viger, les Roy, les Geoffrion, à Montréal, les Fournier, les Plamondon, les Letellier, les Caron (Boñav.) les Rhéaume, les Huot, les Légaré, les Déguise, à Québec et d’autres encore ont été des canadiens d'élite. Je juge ici de leurs aptitudes plutôt que de leurs œuvres. Beaucoup d’entre eux sont morts et la patrie en deuil a pleuré sur leurs tombes; ceux qui survivent occupent hono-

‘ablement les plus honorables positions.

Tous ces gens-là sont nés à la politique sous les

regards de Papineau,

Jeunes, sans expérience, ils se trouvèrent en face d'hommes faits, de rudes champions, éprouvés dans

maints combats. Ils devaient succomber, sous les

ps valent crois que vie, faute ule, faute

€ Jeunesse d'un autre , Autant gagent de e pense, et ust, les Pales Viger, ier, les Pla- Rhéaume, et d'autres juge ici de Beaucoup il a pleuré

Dent hono-

e sous les

t en face uvés dans

sous les

coups des Lafontaine, des Aylwin, des Morin, des

Baldwin, des Taché, des Cartier, des MacDonald, des | Belleau, des Cauchon, des Chauveau, des Drummond, | des Loranger, des Langevin, des Ouimet, etc.

La phalange une fois rompue, ceux qui restaient debout se dispersèrent pour combattre en guérillas, avec des chances de succès qui diminuaient visiblement de jour en jour. Les morts ne se remplaçaient

plus, on cherchait en vains des recrues,

Cartier leur porta le dernier coup en nommant

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