‹ Mes rimes [microforme]Chapitre 4 sur 36 · L. S. Morin, jeune homme de vingt-six ans au posto · texte numérisé non relu

L. S. Morin, jeune homme de vingt-six ans au posto

de Solliciteur-Général. Cet acte indifférent en apparence, devait avoir une portée immense. On retrempait par là le parti conservateur au cœur même de la jeuñesse canadienne. Croyez bien que l’effet en dure encore.

Siméon Morin avait sans doute gagné ses éperons. Qui ne se rappelle ses succès au barreau, à la tribune et surtout sur le hustin#. Sa chevelure blonde bouclée, son front large, sa figure ronde, presque potelée, imberbe, qui le faisait ressembler à un enfant, son œil perçant, ses coups de tête, sa voix ample, pleine, dominant les rumeurs des plus grandes foules, sa parole abondante, sa pensée riches d’images, son geste élégant et souple, tout cela est resté dans l'imagination de

plus d'un. Au collège, nous rèvions déjà d’être un

nes Mdr

jour dos petits Morins. On ne voyait rien au delà. D'une paroisse à l'autre il était suivi par de longues files de voitures. Rien de pareil ne s'était vu depuis

les succès de Chiniquy.

Mais Morin était jeune homme—et c'était assez pour la jeunesse du temps. Aussi, comme on s’enrôlait, en

ville, dans les villages, dans les paroisses les plus

éloignées, au collège mème, sous le drapeau Conservateur. Cette inondation de jeunes gens qu'on vit couvrir tous les hustings des comtés voisins de Mont-

réal origine de là, pas d’ailleurs.

Dans la presse, la Minerve ne suffit bientôt plus pour tant de monde. Elle avait pourtant beau jeu contre FA le Pays, qui ne se défendait plus que pour l’honneur les du pavillon. Les jeunes gens du parti se ralliaient à ple &« l'Ordre” où combattaiont en tête, “ Fabre” “ Royal ” pol “de Bellefeuille” “ Boucher ” “ Le Sage” “ Beaubien ” | Pr Genand ” et quelques autres. D, IE | qui Ludger Labelle en prit occasion pour fonder le du journal “le Colonisateur ” autour duquel vinrent se “ grouper, Chapleau, Mousseau, David, Fontaine, Sicotte, | Ch Tessier et Ricard au premier rang. Ils furent bientôt der rejoints par Ouimet, Bourgoing, Cayley, Gareau, Da rariseault, Globensky, Jodoin, Lacoste, O’meara, côt Elzéar ct une foule d’autres dent les noms m'échap-: | et f

ma “+

EN TE RE LE à NS M": |, ER au delà. pent et qui combattirent tous vaillamment dans les e longues élections qui suivirent.

vu depuis Les Duvernay, Marchand, Gélinas, Provancher,Tru-

del et plus tard Dansereau, De Montigny bataillaient

dans la Minerve. ‘Tous n’en sont pas morts mais tous \ssez pour Lu h + L | en étaient atteints. De tant de combattants il en reste 1rolait, en | | : | A | peu sur la brèche. Je compte ; Là bas “ Xoyal” qui a

s les plus ss is Ces ] fait un beau chemin à Manitoba, “ Provancher ” qui

a Conser- À de ON a accepte une position officielle pour reposer sa verve qu'on vit

ct son talent; ici, “Trudel” qui a été député du s de Mont-

comté de Champlain à l'Assemblée Législative et qui

représente dignement la division de Salaberry, à

Ottawa, “ Fabre ” toujours journaliste par vocation ;

ntôt plus |

jeu contre son journai est comme un bain où il va rafraichir tous | l'honneur les jours son esprit: (“4 abre ” est Sénateur,) “ C'ha- * à À xt +: x q € :s succès oratoires Se con ntet le ilidient À pleau ” dont les succès oratoires se continuent et le | 1» | jortent de plus en plus h: ’hapleau est Secrétaire- | “ Royal tent de plus en plus haut (Chapleau est $ Le r > 71 116 à ) à 1 «e D e bie 27 # à à po] | boaubien | Provincial, à Québec,) ‘“ Beaubien ” h:mme d'énergie, | D représente à Québec le Comté d'Hochelaga, Mousseau, |

qui figure au premier rang, à Ottawa, dans la colonne

| fonder le du parti Conservateur montant à l'assaut du pouvoir : inrent se “ de Bellefeuille ” le Secrétaire de la Compagnie du e, Sicotte, Chemin de fer de la Colonisation du Nord, qui fera ce it bientôt dernier chemin aussi bien qu'il a fait le sien;

Gareau, Dansereau, le Beaumanoir du parti, “combat encore à O’meara, côté des Duvernay, Ouimet tient une plume ardente m'échap: D ot fine au Franc-Parleur. |

Lacoste, Cayley, Bourgoing sont restés au barreau, avec de fortes aspirations bien justifiées par lours talents, à la vie politique active. LeSage, occupe sous le gouvernement local la haute position de ‘“ Député-Ministre d'Agriculture” % De Montigny ” “ Fontaine” sont Magistrats Stipendiaires, l’un à Terrebonne, l’autre à Joliette, David, Sicotte, Jodoin, Pariseau, Globensky, O’Meara, Ricard, et Tessior

sont dispersés dans des bureaux du gouvernement, des chambres, de la Corporation de Montréal ou autres. “ Boucher, Ludger Labelle, Médéric Marchand,

(rélinas et Elzéar Labelle sont morts.”

Lt vers

Boucher est tombé à trente ans, sur le champ de

é Ur i À que bataille. C'était une plume énergique, audacieuse ; 1

en même temps, il mêlait de la poësie à sa polémique.

On a rapporté que la mort s’y est prise à deux fois

pour le terrasser. (1) Pauvre malheureux! Ludger

Labelle n’a pas descrté la lutte un seul instant. Si Toujours au premier rang, toujours l'œil ouvert sur prin les grands mouvements, il commandait assez souvent | dept les manœuvres en personne, et lorsqu'il ne les com- lutt | dans

(1) Des rumeurs voulaient qu’il eût été enterré vivant. | dans

)Jarreau, ours occupe tion de atigny ” l'un à Jodoin, Tessior ent, des 1 autres.

wchand,

amp do acieuse ; émique.

eux fois Ludger instant.

vert sur souvent

es CoOmM-

nt,

mandait pas, il les dirigeait toujours. Nous avons eu peu d'hommes d’un esprit aussi habile dans l’organisation, aussi subtil dans les moyens, aussi fécond en ressources, aussi persévérant pour ne pas dire acharné. Eût-il vécu quelques années encore, il aurait laissé

une marque profonde dans notre monde politique.

Gélinas s'était retiré fatigué, presqu'épuisé dans le

Bureau de la Milice à Ottawa. Il a été frappe là.

Médéric Marchand était un colosse, d'une santé débordante comme son esprit. Et mort cependant à trente-cinq ans! Oh! la vie politique, ne tue pas toujours dans l'arène ouverte! Elle a des dangers souterrains souvent plus terribles plus funestes que ses orages. Les veilles, les ennuis, les tracasseries, créés par des besoins nouveaux, les déboires y renversent plus de combattants que les grands coups

que les chocs violents des partis.

Si j'insiste sur des circonstances qui paraissent de prime-abord étrangères au sujet, c'est qu'EÉlzéar depuis 1862 jusqu'à sa mort, a pris part à toutes les luttes politiques et municipales, soit à Montréal, soit dans les environs. Il revient à comme un portrait

dans son cadre. Dès % le Colonisateur ” il s'exerçait

NES, Lens

à préparer des faits divers ou des articles d’un genre légor, ou des poësies, mais il n’avait pas encore atteint sa “veine,” la chanson, qui lui a valu ses succès. Pour se distraire des ennuis de l'étude du droit, ennuis qu'il n’a connus que par ouï-dire, comme bien d'autres du reste, il s’occupait d'élections et de politique.

Pendant quinze ans, on le vit combattre en tirailleur, au miliou de groupes de jeunes gens, harcelant l'ennemi, l'attaquant de flanc, de queue ou de tête, frappant dru et quelquefois fort ; Ses coups avaient toujours leur effet. A la veille d’une élection, il était sûr de trouver à sa porte les hommes les plus impor-

tunts, qui recherchaient sor appui ou à défaut, qui

lui demandaient de rester neutre. Peu soucieux de promesses des grands, il allait où son cœur l’entrainaît et il y allait naturellement toujours avec cœur. Il se liait avec des affections et des sympathies, jemais avec des intérêts. Il devait toujours rester jeuno. C’est ainsi qu'il vit passer trois ou quatre générations d'étudiants, oubliant au milieu d’eux son âge eb sa profession. IL versait une larme sur ceux qui lui échappaiont, pour se ranger, se marier ou pour devenir sérieux, puis ilso reprenait de suite à rire et à s'amuser avec de plus jeunes, ayant soin toutefois de Ir: choisir parmi l'élite des talents. Son amitié

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seule était un certificat d'intelligence, d'esprit ou de bon cœur. On s’en faisait honneur en haut lieu autant et peut-être plus encore que dans la mansarde de l'étudiant. Des ministres, des sénateurs, des juges, les sommités du barreau ont suivi son corps au cimetière à titre d'amis.

À quel parti politique appartint-il? A tous et à aucun. Il appartenait avant tout à ses amis, et après

cela ?...aux amis de ses amis.

Sun influence n’en était que plus recherchée. Partout où il allait, il y avait foule. S'il ne parlait pas on s'attendait du moins à l'entendre chanter ou raconter quelqu'historiette toujours amusante, toujours armée d’un trait d'esprit.

La maladie lui a laissé peu de relâche durant les quatre dernières années. $es amis s’attristaient sur son sort, on le disait mourant, un jour même, on le dit mort. Pauvre Elzéar!

C'était en 1872.

L. O. David, de ‘“ l’Opinion Publique ” écrivait à ce propos l’article que voici.

Eh bien! Il n’est pas mort; pourtant on le croyait bien fini, cette fois, et lui-même trouvait que c'en était

fait. II passa trois jours sans rire ; c'était, pour tout le monde un signe funeste. Il avait dit, quelques

semaines auparavant, à un ami, qu'il venait de pren-

dre un verre de vin pour faire pousser les fleurs au prin-

temps sur sa tombe et il disait à un autre, lorsqu'il se vit cloué dans son lit par la maladie, qu'il valait mieux en finir une bonne fois que de recommencer tous les ans à mourir à demi; qu'autrement, il finirait par ne plus croire à la mort, Les gens commencaient à dire du bien de lui; plus il avançait vers sa dernière demeure, plus on lui trouvait des qualités, des vertus même. Quant à son esprit et à son talent, il n’y avait plus d'expressions assez fortes pour en faire l'éloge. S'il était mort, sa réputation était faite. On commençait à lui pardonner bien des peccadilles. ‘“ Que vou-

lez vous, disait-on, c’est un poëte, ”

J'avais composé une notice nécrologique ; je ne veux pas qu’il soit dit que je l’ai faite pour rien ; ce n'est pas m& faute si elle n’a pas servi. D'ailleurs, pourquoi ne pas faire sawoir aux gens tout le bien qu'on dit d'eux après leur mort ? Ce serait de nature à leur

donner plus de confiance,

Voici donc les dernières paroles que nous devions

adresser à notre ami pseudo-défunt :

“ [lier (ou avant-hier), est décédé, à Montréal à

apr gon ile l'ad cha lisa ger

l’es]

pour tout

quelques de prenrs au prinorsqu'il se lait mieux er tous les ait par ne jent à dire 1 dernière des vertus [n'y avait re l'éloge.

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je ne veux ce n’est pourquoi qu'on dit

re à leur

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mtréal à

cu QU

l'âge de vingt-huitans, M. E. L... bien connu dans le monde des lettres et de la bohème.

“# [lest mort comme il avait vécu, sans crainte et sans souci, avec des sentiments de foi qu'il n'aurait jamais perdus lors même qu'il l’eût voulu. Je ne dirai pas qu'il a vécu ce que vivent les roses, cette comparaison serait un peu flattée ; mais il aurait pu vivre plusieurs années encore; il a mieux aimé vivre vite que longtemps. Nature vive, légère et sympathique, n'aimant que le côté plaisant de la vie, faite pour vivre de l'air du temps et des rayons du soleil, déplacée par conséquent dans un pays où l’air est si froid. Esprit irréfléchi, mais justo et droit lorsqu'il se donnait la peine de réfléchir. Cœur sensible, généreux, prodigue même, mais inconstant et toujours à la recherche de nouvelles émotions. Toujours rempli de bonnes résolutions et de ferme propos, et prèt à réparer ses fautes, quitte à recommencer un moment après. S'il était né à Vénise, il eût passé sa vie en gondole, à chanter ses poëtiques inspirations. A Paris, il eùt fait, par son esprit, ses gais propos et ses allures, l'admiration et les délices du Quartier Latin ; ses chansons auraient couru les rues. On aurait dit en lisant plusieurs de ses vers : “ mais c’est du Béranger ! ” Enfin il eût vécu partout où il suflit d'avoir de

l'esprit et du talent pour vivre : voilà pourquoi il n'a

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