OPÉRETTE EN UN ACTE PERSONNAGES
Morurorr, (pêcheur de la Nouvelle-Ecosse,) PrerRicuon, (cultivateur de Québec.)
La scène se passe chez un logeur (hôtel) de la rue Saint-Paul, en face du marché Bonsecours, à Montréal,
Entrée de Morufort.— 14 tient une morue dans sa main Gauche, et porte sur son épaule droite un béton de voyage, au bout duquel est SuSpendu un portemanteau; son air est triste et sa démarche languissante.
De ma morue, ici voyez la mine, U'est le produit de toute la Saison ;
Triste tableau de l'affreuse famine
Qui règne hélas! dans ma pauvre maison,
nssrnsiememénenpnniens TR ES)
De nos pêchéurs de la Nouvelle-Ecosse, Voyez en moi le dénüment complet ;
Sans un seul sou pour me payer carosse,
Sur mes deux pieds j'ai fait tout le trajet.
Refrain: --Mais grâce à mon courage, Je sens que me voilà, Arrivant tout en nage
Dans votre Canada.
Par un caprice, et non par la naissance, Du Canada ma Province est la sœur; Depuis ce jour, je connais la souffrance, Le désespoir est entré dans mon cœur.
Le poisson même, au fond de la rivière, Epouvanté, s'enfuit de mon pays;
Ah! je comprends cette démarche fière:
Il ne veut pas nourrir ses ennemis.
et.
Refrain : —C'est pourquoi, du rivage Que le poisson quitta, Je suis parti de rage
Pour votre Canada.
Me v'la donc enfin arrivé au bout d'ma promenade ; pius d’deux cents lieues en trois semaines, et à pied. Dire qu'on rencontre des gens qui s’plaignent de pas prendre assez d'exercice; eh ben! j'leur conseille ce p'tit voyage, et i m'en diront des nouvelles. C'est tout d’'même ben ennuyeux que d’marcher si ioin, surtout quand on voyage Æncognito, (car je voyage encognito); c'est pas qu'je m'suis déguisé, mais mon portrait est si peu répandu, pour une bonne raison, c'est qu'voyez-vous, en ma qualité d’pêchour, j'ai toujours pris sans jamais m'laisser prendre; et t’nez! j'vous dirai ben franchement: j'ai jamais été ben fort sur ces bêtises-là; y'a toujours assez d’nos hommes politiques qu'ont la fureur de s’faire"prendre, pour avoir le plaisir de s’faire pendre à la porte de tous les Poteaugraphes. Ma foi, c'est p't’être là ous’qui paraissent le mieux; i parlent pas, ça fait qui disent moins d'hêtises. Faut avouer qu'y en a un grand nombre qu'on f’rait ben mieux d’tirer au blanc plutôt qu'les tirer en couleurs, parc'que, voyez-vous, moé
j'erai qu’les Couleurs les gâtent. Et dire qu’c'est pour ces originals-là qu'j'ai quitté ma province, et pi ma chère Anastasie; par’equ'i z'ont empêché l’poisson d'mordre ; ah! les misérables ! les pirates ! eh ! bon oui! les pirates ! puisque nos vaches mêmes ne donnent plus d’lait depuis leur fameuse Confédération ; tous les pis ont raté; eton viendra m'’dire que ça n’est pas dû à leur changement d’Constitution ! Ah! tenez! quand j'ai vu tout c’houlversement, { m'a poussé d’la politique dans la tête, et j'me suis dit: allons-y dans &’Canada, y demander compte d’être venu fourrer son
nez dans nos affaires et...
Sur l'air de “ De ma Morue.'
La voilà donc cette terre fertile,
Dont on vanta les immenses trésors,
Pour nous forcer, sans craindre notre bile,
De nous unir à l’Erable, aux Castors.
O politique ! en cela fut ton crime!
Je te maudis au nom de nos Pêcheurs ; Soulage au moins l’innocente victime
Que tu frappas de si cuisants malheurs.
st pour
pi ma poisson en oui!
nt plus les pis as dû à
quand la poli- -y dans
‘rer son
v puisque ton ouvrage Dans ce trou nous fourra, Ah! redeviens plus sage,
En réparant tout ça.
Mais, allons ! un homme politique doit pas s’laisser abattre par les dificultés, et, en attendant qu’i passe queuqu'naturel du pays, j'allons tâcher d’réparer mes forces ; qui sait? y aura p't’être une p'tite discussion
À SOULONIDP.. sense, voroervose (Ù S'ASSied et Mange.)
Entrée de Pierrichon. — Z{ entre pendant que Morufort s'apprétant à manger, se débarrasse de son bagage. Il tient dans sa main droite une bourse remplie d'espèces sonnantes, et sous son bras gauche un côté de cuir et un paquet d’'Indienne ; sa démarche est légère el sa figure joyeuse.
* Quel commerce, bonté! quel commerce ! J'suis t’arrivé c’matin sur le marché aux grosses bêtes, avec trois bœufs, six moutons, une vaché, deux dindons, ma femme et moé. £h ben! vous m'erairez si ma figure vous on dit: mais, tout Ça est parti si vite, que j'en suis t’encore à chercher ma femme qu'a disparu avez tout l’reste. Ah! non pas qu'j'en suis jaloux ;
car, c’est pas pour la vanter, mais c'est une vortu ben raro dans la place; tout a si changé depuis l’grand chângement constutionel, que la moralté même s’en est senti. Et pourtant, on a vu des hommes s'opposer à ça. En v'là des êtres qu'on aurait du m'ner su’ l'marché, par les cornes. Quant à moé, j'admirons les
* grands hommes qui font d’grandes choses. C’est eux,
comme disait l’autre, qui sont l’progrès, l’narf, la vie de la société en général et des... eh ben, et des... spéculateurs en particuliers! La preuve, la voici :
C’est le produit d’une seule journée,
Que je tiens là dans cette bourse en veau ; Ça promet d’être ainsi toute l’année, Depuis les lois du régime nouveau.
Avant ce temps, que de trouble et de peine, Pour débiter les fruits de la moisson,
Et quand la bourse était à moitié pleine,
On revenait heureux à la maison.
Vive le ministère !
Maintenant tout prospère !
vertu ben
is l’grand Le s’en est s'opposer m'ner su’ irons les rest eux, rf, la vie : des...
rOiCi :
Au ;
Tiens! un homme qui m'écoute ; peut être ? Ben sûr, encor un d’ces émigré arrivent tous les jours t'en ville. J'v peu si on a ben besoin d’ca dans l’pays.
Sur les dindons
Le gain n'a plus de bornes,
Puis les moutons
Et les bôtes à cornes,
Tout çà se vend
Ben gros d'argent! ! bis.
Plus dance fois en labourant la terre,
in murmurant je traçais mes sillons ;
Mais, chose étrange! à présent tout diffère, J'vas fredonnant de Joyeuses chansons, Pour d'autre sol n'éprouvant plus d'envie, Je vis content au village natal ;
Cher Canada, sois toujours ma patrie,
Car je te trouve aujourd’hui sans égal.
Vive le Ministère, cte.
qui diable ! ça
Ca, c’est
S qui nous ous d’mande un
encore une chose que j'comprends pas ; los nôtrosg’en vont, ot pi les étrangers les remplacent; ot c’est q'si on en jugo par c’lui-là c’est ben certain qu'on perd au change. TI doit y'avoir queuqu’chose là-dessous; j'en parlerai à not’e Député; i doit savoir ça, lui qu'est dans affaire du (touvernement.—N'importe, c’pauvre homme parait ben fatigué : ça doit pourtant pas t’être
son bagage qui l’fatiguc; qui sait ?
Quel est cet homme qui m'’écoute ?
Bien sûr un pauvre voyageur,
fatigué d’une longue route,
Ou peut-être quelque voleur:
Cachons vite à sa vue
Mon précieux trésor,
Qui sait si pour cette Morue,
Il ne veut pas avoir mon or. bis.
Morufort :—Bon ! v’là sans doute mon affaire ; c’est
ben sûr un Naturel du pays.
D'une campagne environnante,
C'est un riche cultivateur,
r'oaÿ’on est q'si perd au 18; j'en i qu'ost ’pauvre is t’être
; c'est
Sur sa figure souriante,
On voit les traces du bonheur, Il vient dans cette ville Vendre des aliments ; Puis il apporte à sa famille,
bis.
L'étoffe de ses vètements.
Pierrichon :—Tachons d’faire sa connaissance, c’est p't'être là l’moyen d'savoir c'que c’est qu'l'émigration, comme dit Monsieur le Curé.
Morufort :—L'individu n’doit pas t’'ètre très fort en politique, nous en obquindrons p't'ètre queuqu'renseignement ; risquons l'introduction |
Do :
Morufort : —Au diable l'usage
Et sans plus de façon,
Pierrichon :——-Au diable l'usage
En avant Picrrichon,
Morufort ct Et voyons le visage ;
Pierrichon :—Du nouveau compagnon.
En chantant co duo, tous deux s’avancent à roculons ; l’un la figure tournée vers la droitedes auditeurs, ot l’autre vers la gauche, jusqu'à ce que, venant à se rencontrer, ils se heurtent l’un sur l’autre; après quelques socondes d'attente et d’étonnement, ils chantent.
Morufcrt : —Pardonnez-moi cette secousse, C’est bien involontairement :
Pierrichon : — Quoi ! parcequ’un homme vous pousse ; Faut-il se montrer mécontent ?
Morufort : —Aussi monsieur, veuillez m’en croire, J'en éprouve un profond regret.
Pierrichon : —Ami, n’en gardez point mémoire,
Morufort : — Encore un'fois, monsieur, je vous d'mande ben pardon, mais, voyez-vous, la fatigue du
voyage m'a tellement excité les narfs, que j'ai pas
pu r’tenir ce p'tit mouvement.
Pierrichon (à part.):—Il appelle ça un p'tit mouvement. Enfin, c’est p’l’ètre comme ça qu'i font les p'tites choses dans son pays. (haut) Vous êtes ben aimable monsieur, mais c’est pas la peine de vous extuser, car c'est modiquer..……
, À rocuditeurs, enant à ); après ent, ils
pousse;
it moufont les tes ben le vous
Morufort : —A été la cause ; Pierrichon : —ÆEt c'est vous qui...
Morufort :—A produit le choc, soit dit sans vous choquer.
Pierrichon : —C'est un farceur, Morufort :—C'est pas un fin fin.
Pierrichon : —Et ! ben, oui! monsieur, vous aviez l'air si misérable, que moé, qui peux pas voir souffrir le moindre p'tit animal, sans m’sentir d’Ià piquié pour mes semblables, j'me suis dit: v'Ià un homme qu’à p't’être besoin d’queuq’chose, et j'me suis t'avancé, COMME VOUS SAVEZ se sersusnssn sn
Morufort : —Et j'vous aïi..................ah ! mais, c’est pas vous qu'j'aurais voulu taper. Si, au moins, çavait été un des traitres qu'ont boul’versé mon pays ?
Pierrichon : — Quoi! Monsieur, c'est-i pour vot’ ?
pays qu'vous avez la mine si triste; les feignants
(féniens) vous auraient-i troublé ?
Morufcrt :—Ah monsieur, si ceux-là n'avaient fait qu'feindre, mais, les misérables! i z’ont trop ben
réussi.
Pierrichon :—Eh! ben, franchement, vous commencez à m'intéresscr, et j's’rais curieux d'connaitre votre histoire.—Marichette est à courir les magasins, et a dit qu'elle a pas besoin de moé; y'a pas d'danger qu’à s'perd’e, les femmes connaissent toujours c’chemin là; vous m'feriez don ben plaisir en m'contant vos malheurs.
Morufort :—J'connais pas vos opignons politiques, mais vous m'avez l'air si honnète, que j'veux vous satisfaire,
Pierrichon :—Permettez que j'dépose mes patiets PE D NCA A A À 2 à
Morufort :—Je fus pèché, en ligne directe, du légi-
time mariage de mes père et mère.
Pierrichir, : —Vous êtes done né de la pèche amoureuse ?
Morufort :—Ca, ça n’vous r’garde pas. J’héritimes, de bonne heure des............qualités de mon père, et, à dix-huit ans, je contractâmes mariage avec Anastasie Languillette dite Fortillante, que j'eûmes le bonheur de pincer dans mes filets, le premier avril 1850, et,
avoc laquelle Anastasie, j'habitâmes, depuis ce temps,
les côtes de la Nouvelle-Ecosse, autrefois appelée
l'Acadie, à c'que m'ont dit mes pères.—Nous étions
US Comonnuître nagasins, d'danger irs C’chem'contant
olitiques, eux vous
»s patiets
, du légi-
16 amou-
fritimes, père, et, nastasie bonheur 1850, et, ke temps, appelée is étions
tous Pêcheurs dans not'e famille, mon père était Pècheur, ma mère était Pècheresse, et v'là comment je suis Pêcheur de naissance et Acadien d'mon état. Tout allait à pleine voile, et j'vivais ben heureux entre mes morucs, ma femme et mes enfants, déjà au nombre de dix-sept, quand v’la ti pas qu’e’te gueuse de politique est venue agiter si fort not'e Province, que les eaux du golfe s’en ressentirent, et qu’tous les poissons, au lieu d’mord’e à la ligne, prirent le mord aux dents, et s'enfuyèrent du pays.
Mes amis et moé nous étonnassimes de leur z'ingratitude, vû qu'nous avions toujours t'eu l’cœur d’les tirer d’eau pour les empêcher d’se nayer.
Alors qu'un vieux du Paysfit d’grandes assemblées, et qui nous fit comprendre qu'y avait pas d'danger qu'les poissons s’nayent, mais qu’e’était nous autres qu'allions t'être erzloutis sous les impotations, et qu'c'était vot’e pays qu'allait nous caler !!... I parlait encore, Monsieur, quand j'me suis dit: allons voir ces mauvais voisins qui s’contentent pas de c'que le bon Dieu leur donne, et qui veulent tout arracher; j'embrassâmes ma chère Anastasie ec l'plus jeune, et j'partimes pour v'nir d'mander compte à vot'e pays, d'lavenir de mes dix-sept enfants et d'la fuite de nos
morues, Ah! c’est une ben grande injustice! mais
vous étiez. pas pour çà, vous, vous avez l'air trop comme i faut ?
Pierrichon:—Avant que j'vous répondions et que
j'vous exposions mes opignons politiques, j'erai qu'on
f’rait ben d’prend’e queuqg'chose, j'ai là une petite fiole qu'javons fait emplir, en cachette d'ma femme, ben entendu, et si l’'cœur vous en dit ?
Morufort :— Vous ètes ben bon, monsieur; la pauvreté nous a encore enievé cette jouissance, et j'en
avons pas pris depuis l’ancien système.