‹ Mes souvenirs, 1806-1833Chapitre 16 sur 33 · juin · texte numérisé non relu

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' 2. Du Goudray.

dans son aspect beaucoup plus de Torgueil de sa condition d'autrefois que de rhumilité de son état nouveau. L'appropriation aux exigences d'une institution monastique et scolaire n'avait guère plus modifié l'intérieur que l'extérieur de l'hôtel Biron. Les classes et les parloirs du rez-de-chaussée, l'escalier monumental, les dortoirs du premier étage conservaient l'or donnance et les nobles proportions de leur destination première. Les glaces ôtées ou voilées, le crucifix suspendu aux rinceaux dorés des salons avertissaient, à la vérité, qu'on était dans un lieu de pénitence ; mais l'impression qu'on recevait en y entrant, l'air qu'on y respirait, libre et sonore, n'inclinaient le cœur ni à la senpitude volontaire ni à la modestie des vertus chrétiennes. Les religieuses, non plus, sous leur voile noir, avec leur croix d'argent sur la poitrine et leur long rosaire au côté, ne se piquaient pas d'oublier leur origine. La plupart étaient d'ancienne maison, quelques-uiies d'un sang illustre. Elles ne prenaieni leurs élèves, à de rares exceptions près, que dans les familles nobles de la cour ou de la province; et, sans qu'il fût précisément question de différence de rang ou de supériorité de race dans l'éducation qu'elles donnaient, le ton général en était au plus haut point aristocratique. Ce ton ne me déplaisait pas. Bientôt aussi, malgré l'indifférence religieuse où j'avais été élevée dans la maison maternelle, je me laissai aller

au channe mélancolique de la vie des cloîtres. Ce charme agit sur les jeunes âmes d'autant plus qu'elles ont en elleç plus de facultés poétiques et une plus fervente ardeur d'aimer ^ Il m'enveloppa si bien qu'il faillit me retenir.

— Mais je n'en suis pas encore là, et je reviens à la première heure de mon entrée dans les classes de l'hôtel Biron.

J'en vois d'ici le tumulte. On était en récréation. La religieuse qui présidait aux amusements déclara, en me nommant aux élèves, qu'en l'honneur de la nouvelle elle accordait une prolongation d'un quart d'heure. Une acclamation bruyante lui répondit. On m'entoura, on me fit fête. On m'ouvrit les rondes : Nous nHr ons plus au bois ; La tour y prends garde y etc. On me mit au courant des jeux que je ne connaissais pas; on me bombarda de questions : Quel âge avez-vous? Dans quelle classe entrez-vous? Combien de temps resterez-vous ici? L'une des élèves ayant dit aux autres que j'allais avoir ma chambre à moi, les étonnements n'eurent pas de fin. A mesure qu'on se familiarisait, malgré mon extrême réserve, on me faisait des décla rations d'amitié. On louait mon air doux; on pronos-

1. On dirait qa*aux approches d*an temps où la vie mona%tic[ae n^anra plus de raison d'être, et où les couVents catholiques disparaîtront, ce charme, comme tout ce* qui va. finir, a exercé une action plus vive. II faut relire les aveux de madame Roland, de Lamennais, de George Sand, d*Ausonio Franchi, de Lacordc^ire.

tiquait que j'allais être d*agréable compagnie. Avant la fin de la récréation, on m'avait inventé un surnom qui n'avait rien de fâcheux . Ma future camarade de classe, Marie de Menou *, ayant spontanément découvert l'aliagramme de mon nom de famille, elle m'appela aussitôt d'un nom barbare et fier, qui sentait son héroïne de roman du Nord : la belle Yngivalf. Assez déconcertée d'un accueil et d'un succès qui contrastaient étrangement avec mes succès du Bundestag^ ne sachant s'il y avait dans cette appellation, la belle Yngivalf, plus de sympathie ou de moquerie, j'éprouvais un certain malaise à la vue de cet essaim bourdonnant de jeunes filles, mal attifées dans leur uniforme de mérinos amarante singulièrement bigarré, selon les classes, de rubans jaunes, verts, bleus ou blancs , les cheveux mal peignés retenus dans de vilains filets noirs, mal chaussées, mal tenues enfin des pieds à la tête. J'éprouvais encore -un autre embarras qui me venait, celui-là, de ma modestie.

On m'avait demandé dans quelle classe j'allais entrer. Je n'en savais rien. Je me figurais, je ne. sais pourquoi, que les élèves du Sacré-Cœur étant nécessairement très-savantes, je me verrais reléguée parmi les petites filles, dans les classes inférieures; je rougissais à l'avance de la confusion qui m'attendait et j'ea dormis fort mal à l'aise la première nuit. Mais, à ma

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