Daniel Stern, t. IF, p. 3i
LE OOCIMENT TASCHEREAU 83
de la première personne. Gomment résister à Tinfluence de ces mots Je. Moi, qui reviennent incessamment dans le récit, comme la personnification du même homme. C'est lui, s'écrie-t-on ; il parle, il raconte, il est en scène I... Mais le misérable falsificateur n'a pu aller jusqu'au bout sans se lialiir. La troisième partie du document n'est qu'un pèle-mèle confus de lambeaux et de tronçons sans ordre et sans suite, une macédoine de notes cousues au hasard et dépourvues de sens. L'ouvrier trébuche à chaque pas et finit par se prendre au piège. 11 oublie que je suis en scène, que je raconte, et, au milieu de son discours, il place tout à coup une note de police dirigée conire moi : « Voici quel était le prou jet de fuite de Blanqui. 11 avait accepté de réorganiser w la Société, mais il voulait s'en aller, une fois l'orgau nisation faite. Il se proposait d'aller en Suisse, dans « le canton du ïessin: après deux ou trois mois passés « en Suisse, il aurait perdu toute direction; on ne se « serait plus soumis à lui demander le mot d'ordre. » Méprise étrange, provideniielU'. qui a cloué sur son crime la main du faussaire pour notre enseignement à tous ' ! »
Blanqui a tort d'invoquej ici la Providence, à laquelle il ne croit pas. La Providence ne lui est point venue en aide. 11 n'est pas vrai, en effet, comme il le dit, que le rédacteur du document ait oublié que Blanqui était en scène et racontait lui-même, et qu'il ait placé tout à coup au milieu de son discours une note de police. Dans les deux premières parties de la pièce, sous les dates des n-i et 2.S octobre, Blanqui est seul en scène, il raconte, et d'un bout à l'autre, sans un seul manque -