CHAPITRE MM
Les Débuts du Second Empire.
{lS.r2-1S53:-
Les Etrennes du Prince-Président. Suppression de VOpinion piibli(/iu'. Alfred Nettement. Lettre de M. Albert de Circourt. — Le cabinet de M. Ambroise Bosviel. Le carton vert de Louis Bonaparte. M. Jamet ou le parfait secrétaire. — Le ïhéàtre- Italien et le ténor Ronconi. Une représentation sibérienne et l'allumeur du gaz. Madame Ronconi et l'air tli tantl palpitl. — Le Palais de justice. Le procès des biens de la famille d'Orléans, M" Paillet et M'" Berr\ er. — Le bâtonnat de Berryer. Ma visite au n" 6A de la rue Neuve-des-Petits-Champs. — VAU'aire des correspondants des journaux étrangers. Plaidoirie de Berryer. — Madame Cardinal et la rue des Canettes. Ma première rencontre avec Armand de Pontmartin. L'Assemblée nalionale et M. Eloi Mallac. Je refuse les présents du « fils de Paul et Virginie ».
De i(S'i8 à i85'?, ma vie d'étudiant, — d'étudiant in parlilxis, — avait été pleine de surprises, d'intérêt et d'émotion. Scènes de la rue, événements de la politique, séances de l'Assemblée, conférences du Père Lacordaire, cours du Collège de France et de la Sorbonne, premières représentations et représentations de Mlle l\achel, tout était pour moi vie, mouvement, spectacle, une sorte de comédie aux cent actes divers. Après le Deux-Décembre, tout allait changer. La tribune était
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renversée. La chaire de Notre-Dame était interdite à Lacordaire. La presse était muette. Au bruit, à l'agitation succédait un silence morne et pesant, comme celui qui règne dans une chambre de malade. Du même coup s'évanouissait ma belle confiance dans le retour prochain de la royauté. Plus d'espoir, et partant, plus de joie! Aussi je me ra|)pelle encore la tristesse dont était empreinte la lettre de bonne année que j'écrivis à mes ])arents pour le i'' janvier 185*2. Ce fut d'ailleurs le Prince-Président qui se chargea de me donner mes étrennes.
Depuis i85o, j'étais abonné à VOpinion pul^lique. Je la lisais tous les matins avant de sortir, et cette lecture quotidienne était devenue une de mes plus chères habitudes. J'y trouvais d'autant plus de plaisir, que j'appréciais chaque jour davantage l'élévation de sentiments et la noblesse de caractère de son rédacteur en chef, que je voyais de temps en temps, soit aux bureaux du journal, soit chez ses collèfi:ucs de la \ endée et de la Loire-Infé-
rieure.
Alfred Nettement avait été arrêté, le 2 décembre, à la mairie du X" arrondissement ; enfermé à Mazas, puis à la prison de \ incennes, il n'avait été mis en liberté que dans la nuit du 1-2 au 10 décembre. Du 2 au it, VOpinioii publique avait été suspendue en vertu de l'état de siège.
Le i'2. elle reparut, mais sans qu'il lui fût possible d'insérer autre chose que des notes et des documents officiels sur les événements qui venaient de s'accomplir ; il lui était interdit de les commenter.
Le i'^^' janvier, en tête même du journal. Nettement inséra une lettre du comte deChambord, écrite le 1" dé-