I.ES DÉBUTS T)V SECOND EMPIRE
ccmlne i85i. — la veille du Coup (rillat. — sur les Jntcrtis catltoluiiics ci français en Orient.
Louis Bona[)arte se disposait à cdicter une nouvelle Constitution, à demander au peuple de rceonnaitre en lui le lég-itime héritier (Tune dynastie nouvelle. Le (J janvier. VOpinion pidduiue — et c'était là son premier- Paris. — publia une |)age de Joseph de Maistre sur les Constitutions faites de main d'homme', et. en même temps, une pa^ie. non moins belle, du Père Lacordaire. sur la grandeur incomparable de la Maison de France ^
Le numéro du 7 janvier commençait par un article de M. Albert de Circourt' sur la situation ])olitiquo... en Autriche. L'article se composait de quelques lignes suivies de deux colonnes de blanc. Un peu plus loin venaient les Tablettes du mois, par Henry de Pène+. Ici encore, sous la date du 2 déceml/re. plusieurs lignes de blanc.
Le jour même. VOpinion publhiue était supprimée. — Et ce furent là mes étrennes... présidentielles.
I. Cette page était extraite de l'Essai sur les principes générateurs des Conslilulions politiques et des autres insliUitions humaines. a . Voir la 73' Conférence de Notre-Dame de Paris.
3. Anne-Marie-Josepli-Albert, comte de Circourt, né en 1809, avait donné, à la suite de la révolution de i83o, sa démission d'officier de marine. Le 23 juillet 1872, il fut élu par l'Assemblée nationale membre du Conseil d'Etat. Outre une savante Histoire des Arabes d'Espagne sous la domination des Chrétiens (trois volumes in-8, i84ô-i848), il a publié en i852, Décentralisation et Monarchie représentative, et, en [858, la Bataille d'Hastings.
4. Henry de Pêne, né à Paris le 2,") avril i83o, débuta, à dix-neul ans. à VCJpinion publique. Il fut, en i8()8, avec M. E. Tarbé des Sablons, le fondateur du Gaulois. La même année, il créa un autre grand journal politique, Paris, qui devint bientôt Paris Journal. Outre plusieurs volumes de chroniques, il a publié deux remarquables romans, Trop Belle et Née Michon, et un très beau livre sur le comte de Ghambord, Henri de France.
Je me reprocherais do nie séparer de VOpinion piiJ/tique et de son directeur sans essayer de le faire mieux connaître. Il me suffira d'ailleurs pour cela, de reproduire la lettre que j'ai reçue, en i883, d'un collaborateur d'Alfred Nettement, de celui qui fut peut-être le plus actif, le plus dévoué, le plus utile de tous, M. le comte Albert de Circoui^t :
(( Paris, le 0 mars /88.'i.
« Monsieur, ■
(( 11 y a de cela trente-deux ans, et je n'étais plus alors « un enfant. C'est vous dire que vous relancez un vieilce lard qui risquerait d'être prolixe s'il se mettait à causer (( du temps passé; mais, tout en caressant complaisam- « ment mes souvenirs de VOpinion publique, dont je puis « dire : C'est une belle chose que la guerre quand on (( en est revenu, je ne saurais guère y retrouver des « anecdotes à vous raconter. Pontmartin en a dit quelce ques-unes dans un de ses articles; il a fait des bureaux « et de la vie du journal, oii nous le voyions une fois « par semaine, un tableau assez exact au demeurant, « malgré son ton légèrement épigrammatique. 11 a ex- « pliqué ce tour de force, rédiger et publier sans un « sou de capital un journal à 0 ooo abonnés, qui était « fréquemment dans l'embarras pour faire timbrer le ma- « tin le papier sur lequel il se tirerait le soir. Dans les « jours de grande presse, Adolphe Socla vendait quelque « pièce de son mobilier, et son industrieux dévouement « triompha des difficultés renaissantes jusqu'au jour oij « la suppression du journal y mit fin. Alfred Nettemen « était seul capable d'inspirer à des collaborateurs, tous (( pauvres comme lui, ce dévouement qui se traduisait par
i.Es DEiuTS Dr SKCONo ?:mimhk 191
(i lo jeune (lu liénédiclin et le travail de la machine, car « ce n'était pas œuvre de Bénédictin que celle producu lion fiévreuse. A neuf licuies du malin, on était au a bureau (jui, de •> à 5 lieures, ne désemplissait pas. On u lisait, traduisait, rédigeait, on faisait la conversation (( avec les nouvellistes, les politiqueurs de tous bords. H avec les llàneurs de qui Ton tirait quelque chose en (( y mettant de la patience et de la verve. Heureux les u jours où Ton pouvait aller dhier à 7 heures! On reve- « nait à huit. Alfred Nettement avait passé l'après-midi (( à l'Assemblée. 11 apportait son article', et pendant « qu'on l'imprimait, toute la rédaction se mettait aux « entrefilets qui, à cette époque, étaient la partie vivante « d'un journal. Ce travail s'exécutait au milieu d'un (( nuage formé par la fumée de dix ou douze cigares, (( cigares des rédacteurs, cigares des visiteurs qui af- « fluaient le soir: et le pauvre Nettement qui ne fumait « pas ne s'est jamais plaint. Lorsque toutes les épreuves (( étaient sur la table, on en faisait la lecture à haute « voix ; visiteurs admis à donner leur coup de langue, « sans voix délibérative. C'est là que se révélait le secret « de Nettement pour diriger, lui-même acceptant la crice tique et l'exerçant avec une sûreté, une douceur, une (( fermeté, une sincérité qui auraient anéanti tous les « amours-propres et les oppositions, si l'amour-propre (( avait eu la moindre part dans cette œuvre de con- (( vaincus. A minuit, l'on partait de la rue Taitbout et « l'on faisait une promenade sur le boulevard avec les (( causeurs que l'on rencontrait. Les événements de la
I . Celui qu'il avait écrit pendant la séance. Mais Acttement ne manquait jamais, dans la nuit, et quand on l'avait laissé seul, d'en composer un ou deux autres. — Voir ci-dessus, chapitre VI, page i3:j.
(( journée, la situation du moment se récapitulaient « dans cette promenade. On trouvait un mot, une force mule, et le travail du lendemain, tracé d'avance en se (( quittant, était couvé pendant le sommeil. UOpinion « publique justifiait ainsi son titre. Elle se rédigeait avec « des convictions arrêtées, des principes fixes et un but (( constant : mais dans un frottement incessant a^ec les (( esprits les plus vifs de tous les partis et la patiente (( investigation des impressions vulgaires que les gens à (( idées ne peuvent .trouver en eux-mêmes, tandis que <( pour agir sur le public il est indispensable de les con- (( naître et d'en faire la trame de son tissu.
" Un métier pareil, dans le dénouement incroyable « de toutes ressources où était V Opinion publique, ne <( se pourrait continuer longtemps, mais il forme puis- « samment ceux qui s'y livrent. Alfred Nettement y a (.< gagné les qualités de tous genres qu'il a déployées (( plus tard dans ses beaux livres, V Histoire de la littéra- (( ture sous la Restauration et te Gouvernement de Juillet, (( de la Conquête cVAlyer, de la Restauration. 11 avait (( à faire, sans même assez d'argent pour s'abonner aux (( feuilles Havas, le journal le mieux renseigné, oii des (( ministères on envoyait prendre des informations, et (( avec G ooo abonnés un journal qui exerça une in- « fluence quelquefois décisive sur faction de son parti, (( quelquefois, pas toujours malheureusement, car si (( c'eût été toujours, j'ai la conviction que la Restaura- « tion serait faite depuis trente ans. 11 ne me convient (( point d'entrer dans le détail à ce sujet. De i848 à (( i852. la direction du parti royaliste a été disputée ence tre des personnages de temjiéraments divers plus que « de vues opposées, et finalement n'a pas abouti à bien.