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CHAPITRE IX

(18.10-îS.V,.)

Alfred Giraud et son volume des Vendéennes. Son rôle à l'Assemblée nationale de 1871. — Arthur Tailhaud. Un coup double: l.e Premier Tableau du Poussin à l'Odéon et Les Trois Amours de Tibulle au Théâtre-Français. Un avoué d'Auvergne. Comment il m'est arrivé un jour d'être prophète. — Octave Lacroix, secrétaire de Sainte-Beuve. Les Chansons d'Avril. Une visite de Mme Victor Hugo. L'enterrement de Mme ^^.. Au pays basque. — Ernest Grégoire. Un loyaliste hollandais. La modestie et le journalisme. Le frère et la sœur. L'un des trente deniers de Judas. — Ernest Lelièvre. L'étudiant millionnaire. A Paris et à Rome. Le Petit Frère des pauvres. Le fondateur de deux cent trente hosj)ices. La tante Pillion. — Mon frère Alfred. Chez les forains. Les aulo-da-fé du collège de Poitiers. Au quartier Latin. Celui qui donne les bons exemples.

Trois ou quatre semaines plus tard, je fus reçu docteur. Je restai néanmoins plusieurs mois encore à Paris. J'y comptais de nombreux amis, et il m'en coûtait beaucoup de les quitter. Nous prolongions nos promenades et nos entretiens, sachant bien qu'une fois dispersés, nous ne nous retrouverions plus. J'ai déjà nommé quelques-uns de ces amis. Je ne veux pas non plus oublier les autres, et j'essaierai ici de fixer leur image. Pardonne-moi seulement, ami lecteur, si ma plaque de métal est mal préparée, si mes photographies

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sont imparfaites, déjà jaunissantes et à demi effacées. Souviens-toi que je date d'un temps oii l'on ne connaissait encore que le daguerréotype.

Alfred Giraud était né à Fontenay-le-Comte et son père était un ami de ma famille. Nous ne nous étions pourtant encore jamais rencontrés, lorsque l'Ecole de droit nous réunit. 11 avait fait ses études au collège de Pont-Levoy, tandis que je faisais les miennes à Poitiers.

Nous nous vîmes pour la première fois en 18/48, chez M. Grelier de Fougeroux, dans son petit appartement de la rue Jacob, Alfred Giraud était alors un grand garçon maigre, pale, le nez long, les yeux vifs, plein de paroles sonores qu'accompagnaient des gestes exubérants. Il faisait des vers et les récitait avec emphase ; quand i! parlait politique, que ce fût chez un de nos députés ou dans sa chambre d'étudiant, il s'épanchait en de longs discours. S'il faut tout dire, je le trouvais un peu poseur. Je ne le rechercliai point d'abord, mais je ne tardai pas à m'apercevoir que les apparences m'avaient trompé, que Giraud était au fond un brave et loyal Vendéen, l'un des meilleurs d'cnlie nous, rempli d'honneur, de délicatesse, de talent, et dont le seul tort était de ne point jouer la comédie d'une feinte humilité.

Nous préparâmes ensemble nos examens de doctorat, et il y apportait moins de zèle que moi. Outre le temps que lui prenait l'Ecole des Chartes, oh il remporta de sérieux succès, il allait beaucoup dans 1<» monde, on j(> me refusais absolument à le suivre, et fréquentait volontiers les salons, passant ses soirées tantôt chez Auguslin Thierry, tantôt chez Eugène Loudun, ancien chef de cabinet de M. Falloux et bil)liolhécaire à l'Arsenal,

tantôt clicz .Mine'Mrlanic NValdor, l'une des Muses de l'époque, auteur d'André le Vendéen et des Poésies du cœur: — ou encore chez M. de Lourdourix, rédacteur en chef de la Ga:etie de Frnnce', et clio/ le marquis Henri de La Uochejaqueloin, dont le fils- avait été son condisciple au collège de Pont-Levoy.

Au mois de juillet i85o, il publia, sous ce titre : Les Vendéennes, un volume de vers auquel je consacrai, dans y Opinion puhlifiue, un long article, le seul que j'aie donné à ce journal, A de justes et très vifs éloges j'avais cru pouvoir mêler une légère critique : « Peut-être, écrivaisje, quelques personnes regretteront-elles de ne pas trouver dans ce livre plus de caprice et de fantaisie. Notre poète leur paraîtra peut-être coupable d'une mesure par trop exacte et d'une sagesse par trop irréprochable. Moins de (jravUé siérait mieux, ce semble, à une jeune Muse, el on aimerait à lui voir, de temps à autre, jeter son bonnet par-dessus les moulins. Mais que voulez-vous P Notre époque est triste, les révolutions mûrissent la pensée des plus imberbes et rendent graves les plus jeunes fronts. »

On tombe toujours du côté où Ton penche. Alfred Giraud était trop grave pour qu'il lui fût possible de devenir autre chose que magistrat... ou député. Il fut l'un et l'autre, successivement substitut à Tours, procureur impérial à Parthenay, procureur impérial et viceprésident à Blois ; il occupait ce dernier poste lorsque, le 8 février 1871, les électeurs de la ^ endée l'en-

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