I. Il avait remplacé .M. de Genoude, mort le kj avril iS'iq
1. Julien Gaston du Veryier, marquis de La Rochejaquelein (1803-1897) représentant des Deux -Sèvres à lAssemblée de 1871, et député de Bressuirc de i87Gà i885 11 a publié en i88(), d'après le manuscrit original, les Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein, sa grand'nrière.
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Aoyèrent à TAssemblée nationale. 11 siégea sur les bancs de la Droite et prit plusieurs fois la parole, non sans succès. Dès les premières séances, à Bordeaux, il déposa et fit adopter une proposition portant que le vote, pour les élections législatives, aurait lieu, non ])lus au cheflieu de canton, mais à la commune. Répondant à un discours de Louis Blanc en faveur du retour à Paris, il se prononça pour Tinstallation à Versailles de TAssemblée, des administrations et des services publics. Nommé rapporteur de la proposition Courcelle relative aux élections complémentaires, il fit voter l'interdiction de toute élection partielle dans les départements dont un quart de la députation ne serait pas vacant.
Non réélu en 1876, il revient à Blois, et c'est dans cette ville qu'il est mort le 9 juillet 1880, laissant à tous ceux qui l'avaient connu le souvenir d'un poète sincère, d'un magistrat intègre, d'une âme religieuse et pure. Je ne songe jamais à cet ami disparu sans que me reviennent en mémoire ces vers de l'une de ses pièces écrites en 18A8, La Prière du laboureur vendéen :
Faites, faites, Seigneur, que dans notre Patrie Régnent la piété, la concorde et l'honneur. Et qu'après tous ces maux notre France cliérie En vous retrouve le bontieur !
Oli! faites que partout la paix se rétablisse. Que le crime orgueilleux ne soit plus impuni, Qu'au milieu du chaos rayonne la justice, Et que votre nom soit béni^!
C'est par Alfred Giraud que je connus Arthur Tailhaud, étudiant en droit comme lui et comme lui poète. Fils d'un avoué de Riom, Tailhaud était un A en-
I, Les Vendéennes, page 63.
déen d'Auvergne, catlioliqiie et royaliste, el c'est par \h qu'il me conquit tout d'abord. Aussi vif, aussi pétulant que Giraud était grave et solennel, il faisait les vers avec une facilité incroyable, non sans y mettre du sentiment et de la grâce: ses goûts le portaient vers le théâtre, et il me confia, dès notre première entrevue, qu'il travaillait à deux pièces, une comédie et un drame, destinés l'une au Français et l'autre à TOdéon. Cela me parut un peu fou: mais le fait était là : quelques semaines après, ses deux pièces étaient reçues. 11 n'avait que vingt et un ans et venait de commencer sa troisième année de droit. Ce coup doultic mit en émoi le quartier Latin. Si heureux qu'il fut, ce pauvre Tailhaud n'était pourtant pas tranquille. Que dirait son père, lorsqu'il apprendrait que le coupable Arthur entretenait avec les Muses un commerce illicite.^ Nous savions tous que ce père, le plus terrible des avoués de province, lui réservait son étude et qu'il ne lui permettrait jamais de rester dans la capitale pour y courir les chances de la vie littéraire. Seule, Mme Tailhaud était dans la confidence des projets de son fils ; elle croyait à son talent, à ses succès, et le voyait déjà membre de l'Académie française. Nous apprîmes un jour qu'elle venait d'arriver à Paris, non pour y soigner son fils malade, comme elle l'avait dit à Riom, afîp de colorer d'un prétexte avouable son voyage, mais pour assister au double triomphe de l'enfant prodigue.
Le i6 janvier i85'3, une poésie d'Arthur Tailhaud, Hommage à Molière, fut récitée à l'Odéon par Mlle Sionah Lévy. Le 1 1 février suivant, au même théâtre, fut représenté le drame de notre ami, Le Premier Tableau da Poussin, en deux actes et en vers. Très bien joué par
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Glarence, Talbot, Tclard, Mmes Briard cl Rogcr-Solié, la pièce obtint un franc succès littéraire'. Après le dernier vers :
Les plus souffrants, mon fils, sont les plus près de Dieu
la salle entière éclata en applaudissements, que les amis de Fauteur accentuèrent encore, en se tournant vers la loge où se trouvait sa mère.
Un mois après, le 9.6 mars, ce fut le tour du Théâtre- Français. La comédie d'Arthur Tailhaud, Les Trois amours de Tihulle, en un acte et en vers, fut interprétée par Maillart, Mmes Denain, Judith et Théric. \ouveau succès, moins vif que celui du Poussin, mais pourtant très honorable encore.
Une double victoire remportée au même moment, sur nos deux premières scènes, par un tout jeune poète, la chose était presque sans exemple ; elle ne s'était pas vue, en tout cas, depuis les beaux soirs de Casimir Delavigne et d'Alexandre Soumet: — de Casimir Delavigne faisant applaudir à TOdéon Les Vêpres siciliennes le y 3 octobre i8i() et Les Comédiens, le 6 janvier 1820; d'Alexandre Soumet triomphant, à deux jours de distance, le 7 et le (j novembre 189*2, au Théâtre-Français avec Clyiemnesire, à l'Odéon avec SaiiL
Les journaux cependant avaient parlé, et tous avaient fait l'éloge des deux pièces. L'écho des feuilletons de Jules Janin et de Théophile Gautier retentit jusqu'à Uiom. Laissant là ses dossiers, M. Tailhaud accourut à son tour à Paris. On le mena aux Français et à
I. Efle eut 21 rt'prôsen talions. ^ oir fe très intéressant ouvrage de MM. Georges Mon val cl Paul Porol, L'Odéon, tome II, page 3'|o.
l'Odéon : mais rien ne le put désarmer, non pas même nos applaiidisscments, qui, ces soirs-là, furent particulièrement nouiris. Il dit à son fds : « ïu as du talent, plus que je ne le croyais, pas assez cependant pour que je te laisse ici suivre ce que tu appelles ta vocation. La poésie n'est pas une profession qui nourrisse son homme.
a .l'y ai bien rélléchi, et voici ce (pic j'ai dc'cidé. In vas te faire lecevoir licencié: aussitôt que lu auias passé ta thèse, tu reviendras à la maison et tu seras mon premier clerc, en attendant le jour prochain de ma retraite. Dans le cas cependant où tu préférerais entrer dans la magistrature, je n'y verrais nul inconvénient: au contraire. Notre compatriote M. Uouher est aujourd'hui tout puissant, et ton avancement serait rapide. Dès que tu seras avoué ou substitut, nous te marierons, très bien, tu le verras, admirablement bien. Le bonheur n'est pas au foyer de tes théâtres; il se trouve seulement au foyer domestique. »
Aussitôt connu, cet ultimatum provoqua chez les amis d'Arthur Tailhaud une indignation presque générale. Chacun maudissait ce père barbare, cet avoué d'Auvergne plus sauvage que la lîête du Gévaudan. J'étais à peu près le seul à ne pas partager la colère de mes camarades. Pendant son rapide séjour à Paris, j'avais entrevu M. Tailhaud: il m'avait paru homme d'esprit autant qu'homme de sens, et, si hugolâtre que je fusse, je me refusais à voir en lui un Vieillard stupide'. Dans nos réunions du soir, j'essayais de le défendre : « Il a raison, disais-je, de vouloir préserver son fds des dé-