Nouveaux Lundis, t. IV, p. 46o
a. Dépaitemenl de la Creuse.
liers. se préoccupaienl surtout d'inspirer à leurs élèves la piété et ramour des belles-lettres. On y cultivait avec succès non seulement les vers latins, mais aussi les vers français.
Quand Octave Lacroix sortit du séminaire, il avait déjà en poche la moitié dun volume de poésies. Ses maîtres, émerveillés de son esprit et de sa facilité, voyaient déjà en lui un futur successeur de Gressel. Malheureusement, dès quMl vint à Paris,
Où loiit s'offrait à ses friands désirs,
il l'ut si bien mitonné, cajolé, bourré de sucre et de dragées, qu'en moins d'un an Gresset s'était changé en Vert-Vert, — le \ert-Vert d'après le voyage en la nef « légère et vagabonde »
Qui voitiiiait deux n\inphes, trois dragons. Une nourrice, un moine, deux Gascons
On le vit bien lorsqu'au mois de mars i85'? il publia ses Clumsons d'Avril, que Sainte-Beuve, dans une de ses causeries, recommandait en ces termes : « Pour ceux qui voudraient des vers gracieux et aimables, comme on disait autrefois, j'en sais aussi à leur indiquer; il est encore des vers spirituels et amioureux, \ifs et légers, d'une gaieté nuancée de sentiment. Un jeune ami, qui n'est pas loin de moi, et qui n'est encore connu du public que par une édition d'ilégésippe Moreau, M. Octave Lacroix, m'en fournit tout un frais bouquet oii je n'aurais qu'à choisir ' . »
I. Causeries du Lundi, t. V, p. 817. — De la Poésie et des Poètes en
Le l)ouquet élail étrangement mêlé. Un sonnet mystique A Saillie Thcrcsc; une pièce à l'abbé Desal :
L'église est belle et douce une nuil de Noël...
une autre pièce à M. l'abbé Delor :
Sainte Religion! consolante lumière!
y voisinaient avec une Confession toute païenne :
.Je me jette à vos pîeds, confessez-moi. cousine
avec des vers à Mme Louise Colet (!!) ou avec d'autres à Aille Delphine Fix, de la Comédie-Française :
Vous voyant jeune aux yeux si doux, La Muse vous a couronnée, Et le poète est à genoux...
Je n'étais point un Galon et je n'avais certes nul droit à me poser en censeur morose; je ne pouvais cependant me défendre de dire parfois à l'auteur de ces Chansons d'Avril : a Prends garde et tâche de ne pas ressembler à Cléon. — Oui çà, Gléon.^> Celui d'Aristophane ou celui d'Euripide? — Non, celui des LiJjres Penseurs. -» Et je lui citais cette page de Louis Veuillot : « A vingt ans, Cléon fait son premier li\Te : il chante le jeu et l'amour: passe I II a une pétulance et une grâce de jeunesse qui font espérer un écrivain. Cette fleur folle annonce des fruits. On attend. A vingt-cinq ans, il chante le jeu et l'amour. Pourtant il ne se répète point; il est vert et sémillant encore. Attendons. A trente ans, il chante le jeu et l'amour. Hum! La fleur se fane, et le fruit ne mûrit pas. A trente-cinq ans, l'amour; et déjà les dents n'y sont plus. A quarante ans, l'amour; l'amour dans
les flanelles, clans les asthmes, dans le cercueil; l'amour auquel il ne croit plus, Tamour qu'il n'éprouva jamais ! »
Il ne se fâchait pas, il riait, au contraire, et me répondait : « Cléon, en attendant, préparc une pièce pour le Théâtre-Français. » H avait, en eflet, sur le chantier, une comédie en un acte et en \ers, L'Amour et son train. De temps en temps, il m'en récitait quelque tirade, mais je n'assistai pas à la première représentation qui eut lieu le i5 septembre i855, époque à laquelle je n'étais plus à Paris, Jouée par Delaunay, lîache, Mmes Delphine Fix, Dubois, Lambquin et Mantelli, la pièce eut dix-sept représentations. Ce fut, dit Sainte- Beuve, (( un succès de printemps », — ou plutôt, puisqu'aussi bien on était en septembre, un succès d'automne.
Ce qui m'intéressait le plus chez Octave Lacroix, ce n'était pas l'auteur de L'Amour et son train ni le poète des Chansons d'avril, c'était le secrétaire du critique des Lundis. J'ai su de lui, de première main, sur Sainte- Beuve, plus d'un détail piquant et de bien curieux épisodes. Que le lecteur se rassure; je n'abuserai pas des confidences de mon ami, et je n'en consignerai ici qu'une ou deux, de celles qui se peuvent répéter.
Dans les premiers jours de juin i852, nous nous promenions sous les arbres du Luxembourg, lorsqu'il me dit tout à coup : « Il faut que je vous raconte ce qui s'est passé hier rue Montparnasse'. Nous étions en plein travail, le Maître et moi; il me dictait un article sur