‹ Mes souvenirsChapitre 57 sur 113 · I. Lellre · texte numérisé non relu

I. Lellre

philosophique des arguments tantôt si spécieux et si subtils, tantôt si logiques et si forts. Le jour oii je quittai le collège, je me donnai l'amusement de lui révéler mon secret.

iSous nous retrouvâmes à Paris, Dutheil et moi, et nous continuâmes nos bonnes relations. Quand Mme Sand venait passer quelques semaines dans la capitale, il me pressait d'aller la voir. Et comme je résistais : a Je vois bien, me disait-il, que tu es toujours sous lïmpression du flamboyant dithyrambe de Lerminier : « Voici venir la vraie prêtresse, la véritable proie des Dieux: le sol a tremblé sous le pied impétueux de Lélia'... » Nous sommes aujourd'hui bien loin de tout cela. Tu trouveras, au coin de son feu, une bonne dame très berrichonne et nullement parisienne, très simple, très digne, très modeste, au regard mélancolique, à la voix moelleuse et un peu voilée. ÎNous aurons soin d'ailleurs d'arriver un peu tard et quand le salon sera déjà plein, de sorte que notre entrée passera inaperçue. Je te présenterai; George Sand l'adressera un mot aimable; tu n'auras pas besoin de répondre, tu t'inclineras, et tout sera dit. Nous nous mêlerons alors aux autres invités, nous entendrons des choses intéressantes, nous prendrons une tasse de thé et nous nous retirerons. Je suis convaincu que tu seras ensuite le premier à vouloir retourner chez ma marraine. »

Comme les autres, mon ami Dutheil en fut pour ses frais. Pourtant, peut-être me serais-je laissé aller à le suivre, si j'avais su rencontrer chez l'auteur des

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