I. Montai frne
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C'est une belle vie que celle d'Arthur de La Borderie, et je la veux résumer dans ces pages où je ne parle de moi qu'à regret, mais où il m'est doux de rappeler ceux qui furent mes amis.
Jeune encore, former un grand et noble dessein: à l'âge des longs espoirs, rêver d'écrire l'histoire de sa province natale, quand cette province est la Bretagne; pendant un demi-siècle, lui vouer toutes ses pensées et toutes ses veilles: réunir, avec un zèle que rien ne lasse, des matériaux sans nombre; étudier infatigablement son sujet, retourner son champ deçà, delà, partout, ne laisser nulle place oh la main ne passe el repasse: amener à pied d'œuvre toutes ses pierres, les tailler, en sculpter quelques-unes avec un soin particulier, dessiner le plan de l'édifice, et déjà en faire sortir de terre quelques parties; puis, après cette longue préparation, quand l'heure est venue d'élever le monument, se dire que l'on a trop présumé de ses forces ; que l'œuvre est trop grande pour l'ouvrier: que, d'ailleurs, il est trop tard; que les talents de l'esprit, si on les a possédés, s'affaiblissent avec le cours des ans: s'arrêter alors saisi de découragement; mais, au moment où l'on y va céder, entendre la voix de ses compatriotes, de ses amis, de ses maîtres, la voix plus chère encore de la patrie tant aimée, qui vous relève, vous encourage, vous fait un devoir d'achever enfin l'ieuvre que vous seul pouvez mener à bien; se dire qu'en effet le devoir est là, reprendre sa tâche, à l'heure où le soir tombe, avec toutes les ardeurs du matin, avec toute la passion de la jeunesse, — et publier un livre qui est un livre de premier ordre, remplir tout son dessein, réaliser tout son rêve : Arthur Lemoyne de La Borderie a eu cette heureuse for-
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tune, et si elle lui est échue, c'est, parce qu'il l'avait méritée.
Le •> octobre i8/i8, au Congrès breton de Lorient, un jeune homme de vin^t ans se levait et prononrait un Discours sur le rùlc hisloriqiie des Saints de Hrclagne. Douze ans plus tard, rencontrant, au début de ses Moines d'Occident, ce premier travail de La Horderie, Montalembert en signalera le mérite et lui fera de nombieux emprunts '.
Pour aAoir si heureusement débuté, il ne se croyait point un maître. Au sortir du Congrès de Lorient, il alla s'asseoir sur les bancs de l'école des Chartes, et il demeura juscpi'à la fin le premier de sa promotion. Sa thèse de sortie, en 1802, traita « de TOrganisalion civile de la paroisse rurale en Bretagne au i\' siècle, d'après le cartulaire de Redon. »
Ses succès à l'école le désignèrent pour rester à Paris, aux Archives ou à la Bibliothèque nationale. Mais, dès ce moment, il avait résolu d'écrire l'histoire de Bretagne, et n'était-ce pas en Bretagne même qu'il convenait de l'étudier!' Il revint donc dans sa chère province, et désormais il n'en sortira plus. C'est là qu'il faudra que l'académie des Inscriptions et belles-lettres vienne le chercher en 1889, quand elle voudra se l'adjoindre-. Le jour où ses litres ont été discutés, j'imagine que messieurs des Inscriptions durent éprouver un étonnement, qui aura peut-être été jusqu'à l'effroi. Jamais personne n'avait frappé à leur porte avec un si énorme