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Les Moines d'Occident, t. II, p

2. il avait été élu, dés i883, iiicinbic correspondant de lAcadéniie dos Inscriptions; le i3 décembre 1889, il fut nommé membre de rinstitul, à la place de M. Charles Msard.

bagage. La liste seule de ses publications, le simple énoncé de leurs titres aurait rempli deux ou trois séances. Elles dépassent le chiftVe de cinq cents'. Plusieurs sans doute ne sont que des articles de Revues, mais qui tous apportent sur le point traité des documents inédits et des lumières nouvelles. Beaucoup aussi sont des morceaux considérables et souvent de vrais livres.

L'auteur n'est point d'ailleurs de ces savants revêclies qui ne veulent lien voir et rien savoir en dehors des textes historiques et des pièces d'archives. Il a l'érudition aimable; les choses littéraires l'attirent et parfois le retiennent. C'est ainsi qu'il a publié de curieuses études sur les poètes dramatiques de l'époque de Louis XIII et qu'il a consacré un piquant volume à l'académicien Alexandre DuvaL. 11 lui est même arrivé, à l'occasion, de composer des épîtres en vers, des sonnets, voire même des chansons, qui s'épanouissent gaiement, comme des coquelicots et des bleuets, au milieu de ce vaste champ de l'histoire bretonne où il a fait pousser tant d'épis.

Les électeurs dllle-et-Yilaine l'envoyèrent en 1871 à l'Assemblée nationale. Il prit un appartement à Versailles et ne manqua pas une seule séance. A peine allait-il une ou deux fois par mois à Paris pour bouquiner sur les quais. Tant que vécut l'Assemblée, pendant plus de cinq ans, il ne voulut pas se remettre à ses

1. On trouvera cette liste — à peu près coinplclo — au tome IV du Répertoire générul de Bio-bibliographie bretonne.

2. Alexandre Diwal (1767-1842), né à Rennes, écrivain dramatique, auteur d'Edouard en Ecosse, du Tyran domestique, de La Jeunesse de Henri V, de La Fille d'honneur, de Maison à vendre, de l'opéra de Joseph, musique de Méhul, etc.

chères études, faisant passer avant tout, même avant elles, le devoir patriotique.

Profondément monarchiste, il s'était fait inscrire au « Cercle des Réservoirs » et à la k réunion Colbert ». Bien qu'il eut plusieurs des qualités qui font le parfait debaicr, il n'aborda que très rarement la tribune, estimant que la majorité conservatrice possédait assez d'orateurs remarquables pour que l'on pût se passer de lui. En revanche, il ne se faisait pas faute, tout en écrivant pour le Jonrwil de Rennes ses impressions de la séance, de lancer aux orateurs de la Gauche des interruptions aussi fréquentes que spirituelles, violentes aussi, à ce point que les sténographes du Journal officiel hésitaient souvent à les reproduire. Il fit naturellement partie de la grande commission d'enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense nationale. Son rapport sur^ Le Camp de Conlie el V Année de Bretagne est une page d'histoire oii l'auteur, avec la netteté, la précision et la force qui lui sont propres, montre comment M. Gambetta, pour des raisons poliWjues (le mot est de M. de Freycinet), a refusé d'utiliser, au profit de la défense nationale, l'effort patriotique des Bretons.

En 1890, usant de son privilège de membre de l'Institut, il ouvrit à la Faculté des lettres de Rennes un cours libre d'histoire de Bretagne. Le succès fut tel qu'il constituait pour Arthur de La Borderie une nouvelle et dernière mise en demeure. Il ne lui était plus possible de se soustraire à l'obligation d'écrire enfui son grand ouvrage. Le premier volume de V Histoire de Bretagne a paru en 1897, deux autres suivirent bientôt, le quatrième était fort avancé, lorsque la mort coucha sur son sillon l'infatigable travailleur. Les Bénédictins d'autrefois ne

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publiaient que des in-folio. Arthur Lemoyne de La Borderie, le Bénédictin du xix' siècle, a choisi, pour se rapprocher de ses Maîtres, le format grand in-quarto, de sorte que chacun de ses volumes équivaut à quatre in-octavos ordinaires. Son ouvrage n'est donc rien moins qu'un véritable monument. « L'Histoire de Bretagne de M. de La liorderie, me disait un jour M. Ferdinand Brunetière, est un des plus beaux, des plus grands livres de ce temps. Même au seul point de vue littéraire, c'est un chef-d'œuvre. »

Arthur de La Borderie qui avait à Vitré son père e\ sa maison de famille, n'était point venu à Nantes avec l'intention de s'y fixer, mais seulement pour y recueillir les premiers matériaux de l'œuvre qu'il se proposait d'entreprendre, il ne complaît y rester qu'un an ou deux : il y est resté dix ans.

Dans son appartement de la rue de l'Évêché, ce paléographe si bien rente tenait table ouverte. 11 invitait tous les jours quatre ou cinq amis, et, deux fois par mois, il nous réunissait au nombre de quinze ou vingt. Tl continuait à ne boire que du cidre, mais, pour ses convives, le bordeaux, le bourgogne et le Champagne coulaient à flots. Il nous dit un soir : a Sans nous vanter, à nous vingt nous avons bien de l'esprit comme quatre. Si nous faisions une Revue .^ » Un mois après, la Revue de Bretagne et de Vendée était fondée, par La Borderie tout seul, bien entendu, et à ses frais. Le premier numéro parut en ]856. Chose merveilleuse! après deux ou trois années d'existence, cette honnête Revue de pro-

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viiico so donnait le luxe, non seulement de couvrir ses frais, mais encore de réaliser des bénéfices dont pas un sou, est-il besoin de le dire? n'entra jamais dans la pache de son directeur. C'est qu'elle était très bien rédigée, la Revue <le Bretagne! Outre La Borderie, qui s'y prodiguait, elle comptait parmi ses collaborateurs, Hersant de la Villemarqué, l'éditeur du Barzaz-Breiz, Frantz de Champagny, l'auteur des Césars, les trois de Courcy, — Pol, Alfred et Henry, qui signait Henry de Laroche- Héron, — Sigismond Ropartz, M""' Zénaïde Fleuriot et de Saint-Aignan, le vicomte Sioch'an de Kersabiec, Alfred Lallié, Du Laurens de la Barre, Auguste Brizeux, Alfred Nettement, Victor de Laprade, Eugène de La Gournerie, l'auteur de Rome chrétienne. M. de la Gournerie a publié dans la Revue, sur tous les catholiques éminents du xix' siècle, des articles aussi élégants que solides, pleins de toute sorte de renseignements et d'informations, qui, s'il eut été moins modeste et qu'il les eut réunis en volume, l'auraient mis en bon rang parmi les auteurs de Mémoires et de Souvenirs.

« Et vous ? me direz- vous peut-être, que faisiez-vous à la Revue de Bretagne et de Vendée? Car enfin... » — Eh bien! oui, j'y écrivais, malgré mon ferme dessein de ne jamais être un gendelettre: yj écrivais même beaucoup. La Borderie m'en avait fait une obligation, et comment ne pas obéir à ce galant homme .^ Je rédigeais des articles de critique littéraire, que je signais Edmond Dupré; et, chaque mois, je faisais la Chronique, sous cet autre pseudonyme : Louis de Kerjean. Je me passais même, à Loccasion, la fantaisie d'écrire ma Chronique en vers. Gomme la Revue n'avait pas déposé de cautionnement, nous n'avions pas le droit d'aborder la politique. Cela

lie m'empêchait pas d'en faire à tout propos, et hors de propos. Je n'épargnais rien ni personne, ni les députés, ni les sénateurs, ni les ministres, ni surtout les écrivains impérialistes, depuis M. Sainte-Beuve jusqu'à M. Edmond About. Et La Borderie de se frotter les mains, non sans me reprocher de temps en temps de ménager encore trop l'adversaire. Certain soir, — c'était au moment de la guerre d'Italie, — il me dit : « Pourquoi, dans votre dernière Chronique, n'avoir pas poussé votre botte plus à fond? Pourquoi ne vous servir que d'un fleuret moucheté? — Pourquoi? pour éviter à la Revue les AverUssemenis d'abord, la police correctionnelle ensuite. — Un procès! Mais c'est tout ce que je désire. Je ferai venir un avocat de Paris: nous aurons une salle superbe, et il soulignera de la voix et du geste vos petites malices cousues de fil blanc. \ous serons condamnés, et le soir... — Le soir? vous coucherez en prison. — Allons donc I Le soir, je vous donnerai, à l'avocat parisien, à Louis de Kerjean et à tous nos amis un dîner comme vous n'en avez jamais vu ! » — Hélas ! le fameux dîner n'a jamais eu lieu. Les préfets de Nantes, sous l'Empire, M. Bourlon de Rouvre comme M. Henri Chevreau, étaient des hommes d'esprit. Ils furent plus malins que nous. Ils nous laissèrent pour compte nos épigrammes et ne nous envoyèrent aucun huissier. Décidément, mon ami Victor Hugo exagérait un peu. lorsqu'il comparait Napoléon HI à Schinderhannes et à Papavoine, à Cartouche et à Mandrin.

Mais c'est précisément à la Revue de Bretagne et de Vendée qu'eut lieu ma première rencontre avec l'auteur des Châtiments. L'épisode, si je ne m'abuse, mérite d'être raconté.

Les deux volumes dos Contemplations parurent le 25 avril i85(). Je m'empressai de les acheter à la librairie Petitpas, rue Crébillon; je les dévorai d'un trait et, sous mon pseudonyme d'Edmond Dupré, je leur consacrai, dans la Bcvnc de Bretagne, un article enthousiaste.

J'étais si peu en défiance à cette date contre la sincérité du poète, (jiie j'avais pris pour argent comptant certaine Epitre au marqids du C... d'E..., en tête de laquelle se trouvait en grosses lettres ce titre : Ecrit en ll^W. Aucun doute ne semblait possible. Il y avait à la fin ceci : Paris, juin iS^iG. Il y avait au milieu cette note : On n'a rien changé à ces vers, écrits en iSàÔ.

Or, rien de tout cela n'était exact.

En i85(), Victor Hugo était républicain, radical, socialiste ; il avait laissé bien loin derrière lui Ledru-Rollin, ce tribun essoufflé, et c'est à peine si Félix Pyat lui-même pouvait le suivre. Des esprits mal faits, les hommes du passé, les combattants de l'ombre^ avaient parfois le mauvais goût de lui rappeler ses anciennes opinions, son royalisme d'antan. Comment faire taire ces trouble fête? Oh! mon Dieu, rien de plus facile. Le poète prend sa meilleure plume et il écrit des vers ardemment républicains, antiroyalistes au premier chef, des vers tels que ceux-ci :

J'ai vu partout grandeur, vie, amour, liberté. Et j'ai dit: — Texte: Dieu; contresens: royauté.

Ce sont les rois qui font les gouffres

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Voilà ce que m'apprit l'histoire. Oui, c'est cruel.

Ma raison a tué mon royalisme en duel.

Me voici jacobin. Que veut-on que j'y fasse?

Le revers du louis dont vous aimez la face

M'a fait peur. En allant libicmcnt devant moi.

En marchant, je le sais, j'afflige votre foi.

Votre religion, votre cause éternelle.

Vos dogmes, vos aïeux, vos dieux, votre flanelle.

Et dans vos bons vieux os, faits d'immobilité.

Le rhumatisme antique, appelé royauté.

Je n'y puis rien

Parce que j'ai vagi des chants de royauté, Suis-je à toujours rivé dans l'imbécillité^.^

Il creinte ainsi la royauté pendant quatre cent seize vers, pas un de moins; et, cela fait, se retournant vers ses adversaires :

« Oui, leur |dit-il, c'est vrai, j'étais royaliste quand j'étais tout petit - ; mais je ne Tétais plus apparemment quand j'ai écrit ces vers, j'étais républicain. Or ces \crs sont antérieurs à 18^1 8. Ils ont été composés en i8'|(i. Rien n'est plus certain. »

— Pardon! c'est le contraire qui est certain. Qu'il ne fût nullement républicain en 18/16, qu'il fût au contraire, à cette époque, très partisan de la royauté, c'est lui-même, ce sont ses œuvres qui vont nous en fournir la preuve.

Dans son discours du 19 mars 1846 sur la question polonaise, il proclame les bienfaits de la monarchie et il fait beaucoup profession d'admirer le roi :

(( Certes, je pourrais presque me dispenser de le dire, « je ne suis pas de ceux qui appellent les conflits des

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