J'étais un doux enfant, droit et pur, simple, honnête
{Ibid., 80.)
Si ma voix a chanté vos dieux, votre Jlanelle. C'est qu'alors, abrité sous l'aile maternelle, J'étais comme un aiglon dans son aire engourdi • L'aiglon a vu pousser ses ailes... J'ai grandi'. Non, non, détrompez-vous. Détrompez-vous, poète! Et souffrez qu'à mon tour ici je vous répète, Au risque de paraître à vos yeux trop hardi : Si vous avez changé, vous n'avez pas grandi! Eh quoi! grandir, après les œuvres de jeunesse Où votre muse, fière, ardente, enchanteresse, Avait du premier coup atteint ces hauts sommets Que nul, nul ici-bas, ne dépasse jamais! Grandir, après avoir, adolescent sublime, Touché de l'idéal la pure et blanche cime; Après avoir, pareil à l'aigle audacieux Dépassé le nuage et plané dans les cieux ! Gela ne se pouvait!... Reniant votre aurore. Vous pouviez seulement changer, changer encore; Vous pouviez, méprisant son immobilité, Laisser derrière vous l'antique Royauté, Et suivre jusqu'au bout ce long itinéraire Qui se termine, hélas! sur la terre étrangère!
Jeté par l'ouragan sur un roc désolé.
Vous voilà donc banni de la France, — exilé! Vous voilà donc souffrant de cette angoisse amère, L'angoisse de l'enfant qu'on arrache à sa mère! Poète, à votre tour, vous avez le destin Du chantre de l'Enfer, du proscrit florentin. La Douleur a pesé, sans l'abattre, sur Dante ; Elle n'a pas non plus plié votre âme ardente. Ni courbé sous sa main votre cœur indompté, Opposant au malheur un sourire attristé. Embrassant, sans pâlir, l'exil et la souffrance, Vous regardez de loin ce doux pays de France, Ge coin de terre où dort votre fille... — Ah! tenez, Je n'ai plus contre vous de rancune! Prenez, Monsieur, prenez ma main! qu'une loyale étreinte Rallume entre nous deux l'affection éteinte; Gessons de réveiller nos griefs endormis. Et, comme aux jours passés, redevenons amis. Auprès de mon foyer qui garde votre trace, — Voici votre fauteuil et votre ancienne place, —