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I. Portraits contemporains, édition de 1869, t. I, p

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la Question romaine, soit sur M"*" Swetchine. Un jour, m'écrivant pour me remercier, il m'invita à l'aller voir au Bourg-d'Iré. C'était à l'automne de i8(i5. .le partis avec deux de mes amis, Emmanuel de Uorthays et Alfred Lallié.

Le château du Bourg-d'Iré est une des belles résidences de France.

11 est posé à mi-côte sur une colline dont le versant, formé par une immense prairie semée de chênes, se prolonge en pente douce jusqu'à la petite rivière de la Versée. Le versant opposé se relève insensiblement, et déploie une longue suite de champs et de pâturages entourés d'arbres et de haies touffues. A gauche, on découvre le village avec son vieux clocher du \f siècle; en face et à droite, la rivière dont les contours suivent le fond des vallons.

Bâtie de 1862 à i85G, la maison est construite dans le style Louis XIII, d'après un plan primitivement dressé par le duc de Valmy, régularisé par M. Cordoin, architecte de Paris, complété par M. de Falloux luimême, qui, lors de ses voyages à travers l'Europe, avait visité de nombreux châteaux et s'était promis de mettre un jour à profit les remarques qu'il y avait faites.

La juste proportion du corps principal, l'élégance des pavillons, le développement heureux d'un magnifique perron séduisent tout d'abord, et nous éprouvâmes, en gravissant la colline, un véritable sentiment d'admiration. Ln défaut de régularité dans la façade ne laissa pas cependant de nous étonner. Sur une partie du rezde-chaussée, il n'y avait pas de premier étage ni de mansardes, rien que le vide, une large brèche coupant l'ensemble de la construction. Nous eûmes bientôt l'ex-

plication de celte singularité. Le châtelain et sa l'ami lie avaient surtout besoin de repos, et sacrifiant à ce besoin la symétrie, M. de Falloux n'avait pas hésité à isoler son appartement particulier, celui de sa femme et de sa fille, ainsi que celui de madame de Garadeuc, sa belle-mère, et à les mettre entièrement à l'abri du bruit et du mouvement inséparables d'une grande habitation.

A ()eine avions-nous monté les marches du perron que nous étions accueillis, nouveaux venus que nous étions, comme d'anciennes connaissances, comme de vieux amis, et que M. de Falloux. un peu souffrant ce jour-là. nous introduisait dans sa chambre. Si la tenture était sévère et sévère aussi l'ameublement en bois noir, deux admirables peintures en adoucissaient l'austérité. L'une est la belle et unique copie du tableau d'Ary Scheffer, Saint Augustin et sainte Monique à Ostie; l'autre, placée en face, est une excellente copie de La Mort de saint Bruno, le chef-d'œuvre d'Eustache Lesueur. Avec quelle émotion je contemplai ensuite deux médaillons montés par Froment-Meurice : le portrait en miniature de Madame Elisabeth, donné par elle à Mme la marquise de Soucy, grand'mère de M. de Falloux, et le portrait de Louis \\[, porté en bague par Marie-Antoinette, ensuite monté en broche et porté par Madame la Dauphine jusqu'à sa mort, et enfin donné directement à M. de Falloux. Sur la table de travail, deux statuettes en bronze de Berryer et de Daniel O'Gonnell ; partout enfin des souvenirs rappelant quelques-unes des précieuses amitiés du châtelain. Tel, par exemple, œuvre et don de Mme Swetchine, un charmant pastel à la manière de Greuze. — ou encore le manuscrit de la Vie de saint Dominique, que Mme Swetchine avait fait relier avec

la lettre d'envoi du Père Lacordaire. M. de Falloux m'assura que ce manuscrit de cinq cents pages — sur lequel il n'y avait pas vingt ratures — était non une copie et une mise au net, mais le premier et le seul texte de l'illustre dominicain, qui écrivait de premier jet avec une facilité merveilleuse.

Le petit salon de famille était tout à côté. Ici également les murs parlaient. Auprès du portrait du comte Mole, belle gravure sur acier d'après la toile d'Ingres, voici le portrait de M'"* la duchesse de Sagan, cette nièce du prince de Talleyrand, si belle, si spirituelle, qui. sous le nom de duchesse de Dino, avait tenu une si grande place dans le monde de la Restauration. Les gloires de l'Anjou n'étaient pas absentes, et, au pi;emier rang, semblant sourire à l'orateur qui les avait fait oublier, le duc de Fitz-James et le marquis de Dreux-Brézé.

Pour retrouver la partie du château bruyante et animée, il faut traverser une galerie donnant sur le parc et qui, lorsque les hôtes sont nombreux, sert de salle de conversation et de salle de lecture pour les journaux et la correspondance. Les coupes en argent ciselé décernées à M. de Falloux aux concours de Poissy occupaient une place d'honneur dans cette galerie, ornée dans toute sa longueur de peintures françaises et surtout de tableaux religieux de l'Ecole italienne. Son frère le cardinal, qui habitait Rome, ne l'en laissait jamais manquer. Il les expédiait à titre de cadeau; mais Dieu sait ce que coûtaient au châtelain du Bourg-d'Iré ces dons (/raluiis (lu clergé!

La galerie conduit aux pièces d'honneur. La salle à manger, le vestibule, le grand salon et la bibliothèque

forment une enfilade de cent trente pieds de longueur sur vingt-quatre pieds d'élévation, a Pour ne pas me séparer du paysage, dont le charme, écrit M. de Falloux dans ses Mémoires, ne diminue pas pour moi avec lei frimas et les neiges, je m'accordai un très grand luxe, le seul que je me sois permis dans ma vie. Je mis toutes mes fenêtres en glaces de Saint-Gohain, du haut en bas, afin de n'avoir pas l'œil sans cesse contrarié par des losanges ou des carrés, qui, de tout temps et en tout heu, m'ont été désagréables. La cheminée même du salon fut surmontée d'une grande glace sans tain, de façon qu'en toute saison on pût voir passer les oisifs et les travailleurs, voir pousser et tomber le feuillage, voir croître l'herbe, la voir faucher et la voir faner, charmant plaisir si bien raconté par Mme de Sévigné ' . »

Je fis plus d'une station dans la magnifique et riche bibliothèque, oii M. de Falloux venait quelquefois me retrouver. Un jour, je lui exprimai ma surprise à la vue des huit ou dix éditions de Molière qu'il possédait, presque toutes anciennes et solidement reliées. « Ah! me dit-il, c'est que, dans ma jeunesse, j'ai souvent joué au faubourg Saint- Germain ou dans quelques châteaux d'Anjou la comédie de salon, et Molière était mon auteur préféré. A Rome, en 18A0, j'ai eu l'honneur de jouer devant M. le comte de Chambord. Ce jour-là, il est vrai, ce fut une pièce du Théâtre de Madame^ que nous représentâmes, le Vatel de M. Scribe. » La veille

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