Il mourut le i3 octobre
2. A propos des Œuvres choisies de Charles Loyson, publiées par M. Emile Griinaud, avec une lettre du II. P. Hyacinthe fneveu de Oh. Loyson) et une Notice biographique et littéraire par M. Patin.
332 MES SOrVENIRS
M. Edmond Biré, qui a fait tout un volume pour réfuter les cinq ou six pages de Victor Hugo, et qui les considère comme outrageuses à la Restauration, objet pour lui d'un culte rétrospectif, n'a pas eu de peine à montrer qu'en 1817, Loyson ne passait nullement pour un génie, et que le vers satirique qu'on lui lança ne fat décoché qu'un peu plus tard. J'avais toujours négligé, dans les deux articles que j'ai consacrés à Loyson, de rappeler cette mauvaise plaisanterie à laquelle son nom donna lieu. Je pense que ce qui est dû surtout aux plaisanteries de ce genre, c'est d'être méprisées et oubliées. Mais puisque celle-ci est devenue décidément un objet de controverse, puisque c'est la première chose, et la seule, que cite plus d'un de nos beaux esprits du jour quand il s'agit de Loyson, force m'est bien d'en parler. C'est Delatouche qui en est l'auteur et qui trouva plaisant de parodier le vers de Lemierre (dans les Fastes, chant Y, vers /io) :
Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes.
La parodie parut pour la première fois dans les Lettres Normandes (tome VIII, page 288) sous ce titre : Épigramme-qiiatrain sur un jeune doctrinaire qui fait de gros artictes et de petits vers :
Au l^inde pourquoi voltiger, Lorsque toujours vous y rampâtes?
N'essayez plus d'être léger; Même quand l'oison vole, on sent qu'il a des pattes.
Voilà le vrai texte. La rime est mauvaise, le quatrain a des longueurs, et il n'est fait évidemment que pour amener le dernier vers. La pointe finale est purement fortuite et due au hasard du nom ; elle porte à faux et
n'atteint pas le faible du talent, car si Loyson a un défaut, ce n'est pas la lourdeur, c'est la pilleur. Mais n'estil pas honteux qu'une telle malice, curieusement et froidement élaborée, nous occupe encore après des années et s'éternise? Delatouche, l'homme de ces malices-là, était né comme exprès pour être l'ennemi et l'envieux de Loyson, si Loyson avait vécu. Il était en tout son contraire. Esprit amer et coquet qui distillait douloureusement des vers erotiques; qui, en politique, passait aisément à l'extrême; qui combinait les lascivetés de boudoir avec la haine des rois, et insinuait à plaisir un coin de priapée dans le républicanisme, il n'était pas fait pour comprendre le sentiment libéral, sincère et modéré, le sentiment religieux, également sincère et philosophique, le talent simple, élevé, et toute l'âme morale de celui qu'il croyait avoir suffisamment accablé en l'appelant un doctrinaire, et en faisant une pointe digne de Brunet sur son nom. Quant au chapitre de Victor Hugo sur l'année 1817, que je ne me charge pas de justifier dans les points inexacts, je ne puis m'empêcher pourtant de trouver bien étrange qu'on en soit venu à faire un volume tout entier là 011 deux ou trois pages eussent amplement suffi. C'est d'ailleurs se méprendre, selon moi, que de penser que Victor Hugo ait voulu être systématiquement malveillant pour la Restauration, et l'idée générale du chapitre me paraît autre.
Je l'ai écrit à M. Biré lui-même, en le remerciant de l'envoi de son volume. » (Sainte-Beuve reproduit ici une partie" de la lettre qu'il m'avait écrite le 19 juillet
I. Depuis les mots : Moi aussi, j'ai vu l'année 1817, jusqu'à ceux ci ; C'est celle idée cjui a inspiré les papes de M. Hago,
i(S()9, et il continue ainsi sa note) : « 11 y aurait lieu certainement, en choisissant bien ses points, à exécuter pour l'année 1817 une variation analogue sur le canevas et le thème oh il s'est joué, et d'y observer une parfaite justesse. Quant aux détails inexacts et aux erreurs de fait, il est toujours bien de les relever, sauf toutefois à éviter l'excès de chicane et la minutie. M. Edmond lîiré ne s'en est pas toujours préservé, et il serait aisé de le lui montrer, si ce n'était l'imiter que de l'y suivre. Ce jeune auteur possède à un remarquable degré la faculté du détail; il est armé d'un instrument d'investigation tiès fin, et il a poussé plus d'une fois la précision jusqu'au piquant. Mais, ces points obtenus, l'ensemble fait défaut; la juste proportion des hommes et des choses n'y gagne pas. Il est, à mes yeux, des inexactitudes d'un autre ordre, et dont l'auteur ne paraît pas assez se douter; elles consistent, par exemple, à prendre M. Nettement pour un historien considérable, M. Mennechet pour un témoin de poids, M. Laurentie pour un des personnages distingués et des noms principaux de la Restauration, etc. Ce sont des erreurs d'optique qui tiennent à l'atmosphère particulière oii l'on vit. Charles Loyson, s'il eût vécu, n'aurait pas commis de ces méprises'. »
Certes, les éloges que m'accordait Sainte-Beuve allaient bien au delà de mes faibles mérites. Restent ses critiques. Etaient-elles justifiées.'*
Le chapitre de Victor Hugo a douze pages, — et non cinq ou six, comme le dit l'auteur des Lundis. Chaque page contient au moins une dizaine d'erreurs de fait,