Le comte de Locmaria, direclenr de la Quotidienne
2. Les Belles de nuit, ou: Les Anges de la famille, S volumes in-S". Ce roman parut en i8'jt) dans l'Assemblée nationale, feuille royaliste qui avait pour dircctetir M. Adrien de Lavalette.
3. A rilotel de Rivoli, où je devais me rendre quelques jouis plus tard.
a un changement de croyance, mais une transforma lion (( de vie et une naissance à l'amour de Dieu que j'igno- « rais dans mon complet bonheur. Le Figaro a parlé de (( spéculation à propos de cela : elle n'aurait pas été (( bonne au point de vue matériel; mais au point de (( vue de la consolation, et c'est trop peu dire, ah! la « belle, en effet, la riche spéculation.
<( Quand vous viendrez à Paiis, pousserez-vous jusce qu'aux Ternes.' C'est loin, mais je voudrais bien vous « serrer la main. Je vous répète que j'ai été rarement, a je ne dirai pas loué, mais même a admis » par les u gens qui écrivent comme vous. Tout récemment, j'ai « reçu une lettre de Louis \ euillol qui m'a jeté dans « l'extase. Il me connaissait aussi depuis vingt ans et a me disait presque les mêmes choses que vous, du « haut, il est \tb\, de sa très réelle grandeur, qu'il ne « peut abdiquer, tandis que vous, grâce à Ranc, à Er- « noul et à V Estafette, vous a\ez le droit daté de me a regarder comme votre ascendant. Evidemment vous « êtes aussi exagéré dans votre amitié que les autres « dans leur dédain, mais le choix que vous faites parmi (( mes vieux livres indique une telle délicatesse de sym- (( pathie! Le Drame de la Jeunesse est de beaucoup mon (( préféré. Si je savais comment en purifîei" certaines « pages (( sans y toucher! » Mais j'espère bien que vous (( m'écrirez encore quand vous aurez une demi-heure à « perdre, et, en attendant, merci ex imo.
« Patl Fkval. »
I,E COLLEGE DE POITIERS 2i
Ma dernière année de Poitiers, mon année de pliilosophie, fut marquée pour moi par une grande douleur. Je perdis mon grand-père paternel, qui était aussi mon parrain et qui avait pour moi une particulière affection. Il habitait Fonlenay-le-Comte et, avant le collège, je passais chez lui plusieurs mois chaque année, en son logis de la rue Saint-Nicolas, à deux pas du magasin de draps tenu par son ami M. Crétineau, — Grétineau- Joli, comme on l'appelait pour le distinguer de ses frères, — le père de Thistorien de la Vendée militaire et de la Compagnie de Jésus.
La maison de mon grand-père, située entre une petite cour et un assez vaste jardin, était sans luxe et presque sans confort ; mais combien plaisante, animée qu'elle était par la voix encore forte du maître et par son rire
sonore
Le matin, il me conduisait un instant dans la chambre de ma grand'mère, toujours riante, elle aussi, sous ses cheveux blancs, et qui se tenait assise dans son lit, avec son beau casaquin ruche, et, sur sa tête, un bonnet de coton blanc, serré par une faveur rose et surmonté d'une mèche droite et haute. Nous descendions ensuite, nous traversions le salon carrelé de rouge oi^i je ne me lassais pas d'admirer, dans leurs cadres noir et or, les portraits en pied d'Henri de La Rochejaquelein, de Charette et des autres généraux vendéens, d'après les toiles de Guérin. Nous nous arrêtions à la cuisine, oii mon grand-père donnait ses ordres, étant, comme la plupart des bourgeois de son temps.
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enclin au péché de gourmandise. La cuisine donnait sur le jardin, où nous nous promenions jusqu'au déjeuner, moi questionnant sans cesse, lui se plaisant à me répondre, sans interrompre pour cela sa besogne quotidienne, arrachant les mauvaises herbes, arrosant ses fleurs et ses arbres fruitiers. C'était, d'ailleurs, un singulier jardin que celui de la rue Saint-Nicolas. Bien que situé en pleine ville, il n'était point enclos de murs; il n'était séparé des voisins que par des buissons, fleuris de roses dans la belle saison, et par un ruisseau où les ménagères du quartier venaient laver leur linge. Ce qu'il avait de plus remarquable, c'était l'arborescence et le déploiement de ses buis, hauts de plusieurs mètres, si épais qu'on avait pu y tailler quatre cabinets de verdure, avec des tables et des sièges. Ces retraites m'enchantaient, et j'y ai passé de si douces heures que, depuis, il m'a été impossible de trouver le moindre charme aux plus beaux et aux plus riches jardins, lorsqu'ils n'avaient pas au moins deux ou trois allées avec des bordures de buis.
Si particulier, si original que fût le jardin, son propriétaire l'était bien plus encore; il fut à son heure l'un des exemplaires les plus complets de ce type qui ne se retrouve plus que dans les romans de Balzac : le bourgeois royaliste d'avant i83o.
Mon grand-père maternel, M. Valade, quoique bon monarchiste, inclinait un peu vers les idées libérales ; il était abonné au Journal des Débats. Mon grand-père Biré était abonné à la Quotidienne et il lui paraissait tout naturel d'être plus royaliste que le roi. La chaleur de ses opinions était d'autant plus grande qu'elles avaient surtout leur foyer dans son cœur. Ces princes qu'il
n'avait jamais vus, qu'il ne devait jamais connaître, il les aimait à l'égal de ses parents les plus proches; il ne séparait pas, dans ses affections, la famille royale de sa propre famille. Et c'est pourquoi, si modeste que fût sa condition, les joies trop rares qui éclairaient parfois les lambris dorés des Tuileries, projetaient leur reflet jusque sur son humble toit, comme aussi les douleurs qui assombrissaient, hélas! trop souvent le vieux palais, mettaient sa maison en deuil. Le jour oii il apprit l'assassinat du duc de Berry, il tomba sérieusement malade.
Et ce même homme, qui eût donné sa vie pour le roi, conservait vis-à-vis de lui son indépendance : plus frondeur que courtisan, il blâmait à Toccasion sa politique et disait pis que pendre de ses ministres, de ceux de Louis XMII surtout, de braves gens cependant, dont nous ne sommes pas près de revoir les pareils. 11 n'était pas coureur de places, et son ambition se bornait à ne pas quitter la ville où il était né, à ajouter quelques arpents à ce clos de vignes de TOrbrie oii, les bonnes années, il récoltait vingt barriques ! Le roi, quand il s'agissait de nommer un maire ou un conseiller général, faisait-il choix d'un noble ou d'un propriétaire plus riche que lui, il ne s'en formalisait point. Il n'estimait pas, comme Figaro, que tout fût perdu parce qu'il n'était pas le premier dans l'Etat et qu'il y avait au-dessus de lui des hommes qui ne s'étaient donné que la peine de naître. Si même il arrivait que, parmi les membres de sa chambre (on appelait ainsi en ce temps-là ce que nous appelons aujourd'hui le cercle), il y eût deux ou trois vieux gentilshommes, il tenait à grand honneur de faire leur partie. Singulier homme,
26 MES SOl'VENIRS
et dont les vertus n'allaient point (je le confesse) sans quelques défauts et quelques ridicules. Il tonnait contre l'impiété des libéraux, et cela ne l'empêchait pas de chanter quelquefois, au dessert, des chansons dont maint couplet était dirigé contre les moines. Il médisait volontiers de la fortune trop rapide de son voisin, qu'il accusait de jouer à la Bourse, et il nourrissait un terne à la loterie. L'obstination de ce malheureux terne à ne point sortir était un des gros mécomptes de sa vie, d'ailleurs la plus régulière du monde et la plus paisible. Sa matinée, comme je Tai dit, se passait dans son jardin, à moins qu'il n'allât à la Poissonnerie voir s'il y avait quelque belle pièce ; de son après-midi il faisait deux parts, consacrées l'une à ses affaires (qu'il négligeait bien un peu), et l'autre à musarder avec ses amis sous les arbres de la Promenade. Au demeurant, honnête, désintéressé, content de son lot, jovial (encore un vieux mot qui s'en va), friand, ami des longs repas, prompt à dire à ses voisins :
(( Ma foi, je ne sais pas trop ce qu'il y aura aujourd'hui à la maison; miais c'est égal, venez manger ma soupe. »
— Tcmpi passai a
Je portais encore le deuil de mon grand-père lorsqu'au mois d'août 18/17 je quittai Poitiers, mon diplôme de bachelier en poche. A peine rentré à la maison, je repris le cours de mes lectures qu'avait un peu interrompues la préparation de mon examen. Je relus d'un Ir.'iit toutes les œuvres d'Alfred de Vigny, poésies, ro-
maiis, théâtre, et il me prit fantaisie de lui écrire. Je me gardai bien de lui dire que j'étais un échappé de collège.
Très gravement, je me présentai à lui comme un de ses plus vieux lecteurs. Depuis son volume de Servilnde ci Grandeur wililaires. paru en [835, il n'était sorti de sa retraite — de sa Tour dlnoirc, selon le mot de Sainte-Beuve — que pour donner à la liecue des Deux Mondes un article sur M"" Sedainc et la Propriété littéraire ', et cinq pièces de vers : La Sauvage, La Mort du Loup, La Flûte et Le Mont des Oliviers en i8 13; La Maison du Berger' en tS^/j. Je lui reprochai respectueusement son silence de douze années, et je lui demandai s'il ne publierait pas enfin cette seconde Consultation du Dodeurnoir\ promise depuis si longtemps.
Pendant plusieurs jours, je guettai le facteur. Un beau matin, il me remit, non sans me réclamer quatorze sous de port, une lettre timbrée de Paris et dont le cachet portait une couronne de comte. Je payai avec joie la forte somme. Les lettres que je reçois maintenant me coûtent moins cher; mais valent-elles cellelà?
« Paris, U septembre IS^t/, Samedi.
(( C'est une récompense précieuse pour moi qu'une « lettre telle que la vôtre, monsieur, et je vous remercie (( de n'avoir pas résisté à ce bon mouvement qui vous