CHAPITRE Mil
L'Élection de Nantes. Candidature de Prévost-Paradol. A l'hôtel de France. Le soir du vote. Ludovic Halévy. Lettre de Prévost- Paradol. — L'élection de Napoléon-Vendée. Candidature de M. Emile Relier. Sa visite à Luçon. — Election des Sablesd'Olonne. Candidature de M. de Falloux. Le salon de M. Adolphe de La Bassetière. Nouvelle visite au Bourg-d'Iré. — M. Emmanuel de Rorthays. Fondation de la Gazette de l'Ouest. — Nouvelle candidature de M. de Falloux. Une chanson électorale. Le baron Alquier et M. Debrousse. M. de Rorthays et M. Gambetta.
L'année 1869 devait être pour moi très chargée. En avril, j'avais publié Victor Hugo et ta Restauration ; en mai, eut lieu le renouvellement du Corps législatif, et je pris à ces élections, à Nantes et en Vendée, une part assez active.
Si je n'avais pas à me plaindre du gouvernement de Napoléon III ; si même, ainsi qu'on l'a vu, j'avais eu personnellement à me louer de plusieurs de ses fonctionnaires, je n'en demeurais pas moins très ferme dans mon opposition à l'Empire, à son principe et à sa politique.
Depuis i852, les instructions du comte de Chambord
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prescrivaient de ne prêter aucun serment au nouveau régime, de n'entrer dans aucun corps électif, depuis les conseils municipaux jusqu'au Corps législatif. C'était la politique de l'abstention. Beaucoup de légitimistes, et j'étais du nombre, la tenaient pour funeste. Nous voulions agir, lutter, combattre ; mais, faute d'une direction, nous nous agitions dans le vide. A la veille des élections de 1869, nous trouvâmes l'homme qu'il nous fallait. Un Vendéen, depuis quelque temps fixé à iNantes, M. Emmanuel de Rorthays, à la fois homme de plume et homme d'action, aimant la bataille et la sachant mener, imprima aux comités légitimistes de la ^ endée et de la Loire-Inférieure l'impulsion, le mouvement, la vie.
Il était de règle dans nos départements, de ne choisir que des candidats locaux, de ne jamais aller en prendre au dehors. Pour être ancienne, la tradition n'en était pas moins fâcheuse. Il fut décidé, cette fois, que, rompant avec elle, nous présenterions en Vendée M. Emile Keller et le comte de Falloux. Dans la chconscription de iNantes, où Prévost-Paradol se présentait sous les auspices de r Union libérale, nous restions libres de voter pour lui ou pour M. de Lareinty, royaliste d'extrêmedroite.
Cette élection de iNantes fut assez intéressante pour que je m'y arrête un instant.
Le candidat officiel était M. Emile Gandin, conseiller d'I^tat et ministre plénipotentiaire, homme modéré, intelligent, habile et, par surcroît, très riche. Il n'avait pas moins de trois concurrents : le docteur Guépin ',
1. Commissaire de la République pour la Loire-Inférieure en i84S et en 1870; à celle dernière époque, il se signala par des dépêches d'un
médecin oculiste, républicain: le baron de Lareinty ■, légitimiste, et Prévost-Paradol.
J'étais en excellents termes avec M. de Lareinty ; mais avant que sa candidature ne fût posée, je m'étais engagé à soutenir Prévosl-Paradol. Je savais ce dernier très sincèrement royaliste. On le disait ambitieux ; mais n'était-ce pas là, dans les circonstances oij nous nous trouvions, une qualité de plus? Jeune, ardent, fait pour la mêlée, il marquerai I bientôt sa place au premier rang.
Malheureusement, les difficultés contre lesquelles il allait avoir h lutter étaient presque insurmontables, il lui fallait conquérir des voix et en nombre considérable, à droite et à gauche, — à droite, oii elles paraissaient déjà acquises à M. de Lareinty ; à gauche, où elles appartenaient de vieille date au docteur Guépin. Besoin était qu'il donnât à la fois satisfaction aux partisans et aux adversaires du pouvoir temporel du Pape, aux partisans et aux adversaires de l'enseignement libre, aux partisans et aux adversaires de l'armée ^. Pour atteindre ce résultat — impossible — il déploya toutes les ressources d'un esprit fin et avisé, d'une dialectique singulièrement habile, d'une éloquence déjà siire d'elle-même.
Le lo mai, il tint une réunion publique dans la grande salle de la Bourse ; la foule débordait jusque dans la rue, l'assemblée était houleuse, Prévost-Paradol eut d'abord quelque peine à dominer le tumulte; mais bientôt sa
grotesque aclievé et qui sont restées légendaires. Brave homme au demeurant et très charitable. Il a aujourd'hui deux statues (!!), l'une à Nantes, l'autre à l'ontivy.