‹ Mes souvenirsChapitre 97 sur 113 · Sénateur de la Vendée de 1879 à · texte numérisé non relu

Sénateur de la Vendée de 1879 à

4. Le baron Alquier mourut le 5 août 1871. Sa veuve, qui fit toujours de sa grande fortune le plus noble usage, a fondé un hôpital à Paris, l'Hôpital Debrousse.

brciises démarches, il obtint Tapport des listes électorales et des listes d'émargement, dont la comparaison suffisait à établir que Télection était radicalement viciée. Sur le seul vu du premier tiers de ces documents, M. Gambetta constata tout d'abord que 3i3 électeurs, inscrits illégalement après la clôture des listes, avaient pris part au scrutin ; malgré les énergiques protestations de M. de Rorthays, il se refusa à l'examen des deux autres tiers. Son siège était fait. Plus encore que M. Jérôme David et les membres les plus antilibéraux de la Chambre, il redoutait l'entrée au Corps législatif d'un orateur et d'un homme d'Etat tel que M. de Falloux. Il réduisit, d'après ce tiers de listes, la majorité de M. Alquier à 56 voix, brusc[ua l'affaire et escamota le vote d'accord avec les « Arcadicns' ». A l'ouverture de la séance du 8 mars 1870, il déposa son rapport et fit procéder au vote devant une salle à peu près vide, pendant que M. de Rorthays conférait dans les couloirs avec M. Martels qui devait réclamer l'invalidation. M. de Falloux eut ainsi l'honneur de succomber sous la coalition des rancunes bonapartistes et des haines républicaines, réunies sous le drapeau de ce comédien de liberté que fut toujours M. Gambetta.

S'il eût été ce jour-là proclamé député, comme il aurait dû l'être, nul doute que la Vendée ne l'eût envoyé

I. On appelait ainsi M. Jérôme David et les députés qui l'éclamaient le maintien du pouvoir personnel de l'Empereur.

3. Louis-Joseph Martel, représentant du Pas-de-Calais à l'Assemblée législative de 1849. député de i803 à 1870, membre de l'Assemblée nationale de 1871. sénateur inamovible en 1870. Il fut au Corps législatif un des fondateurs du groupe des 4fi, noyau du tiers-parti, et fut appelé, le 12 décembre 1876, à prendre, dans le ministère Jules Simon, le portefeuille de la Justice et des Cultes. Le 5 janvier 1879, il remplaça au fauteuil de président du Sénat le duc d'AudifFret-Pasquier.

à l'Assemblée au mois de février 187 1, et ce mandat, il lui aurait été impossible de le décliner. J'ai peu de goût pour l'histoire conjecturale; et pourtant comment se défendre de croire que c'aurait été là un événement considérable? Avec un député de plus à l'Assemblée nationale, si ce député eût été M. de Falloux, qui peut dire que rien n'eût été changé en France et que les événements n'auraient pas suivi un autre cours ?

11 ne s'était jamais attardé aux études, et je crois bien qu'il n'était même pas bachelier es lettres. Aux environs de i8{)o, il s'était battii dans les Calabres pour le roi de Naples François 11. De retour à Nantes, il avait guerroyé quelque peu dans Y Espérance. Gomme il était un intarissable causeur et comme on ne se lassait pas plus de l'entendre qu'il ne se lassait de parler, c'est à peine s'il lui restait quelques heures pour ouvrir de loin en loin un livre, et pour le parcourir en hâte et comme à la volée. Qu'importe? Il avait le don et, une fois rédacteur en chef, il devint de prime saut un éminent journaliste, vigoureux, serré, spirituel, hardi et brillant sous les armes. Il lui arrivait parfois, à lui qui avait si peu étudié et qui nous paraissait à tous ne rien savoir, il lui arrivait d'épuiser, en un seul article, le fond d'une question que d'autres n'auraient pu traiter sans une longue préparation. En deux ou trois occasions, il lui fallut se mesurer avec Louis A euillot. Qu'il soit sorti vainqueur de ces rencontres avec le redoutable polémiste, je ne le veux pas prétendre: ce qui est certain, c'est qu'il n'en est pas sorti vaincu. Aujourd'hui, après plus de trente-cinq ans, arrivé au soir de la vie, survivant presque seul à ces combats d'autrefois, Emmanuel de Rorthays peut se rappeler avec quelque orgueil ces années où sa voix, si jeune

encore, était la voix d'un grand parti. Mon vieil ami aurait le droit, lui aussi, d'écrire comme Alfred Nettement se reportant un jour à ses anciennes luttes de la (Jiwtidicnnc : « Heures d'enthousiasme et de colère, d'espoir et d'impatience, où l'on saisissait, chaque matin, sa plume comme une épée, vous passâtes vite, mais en laissant dans l'âme de ceux qui vécurent de conviction fervente et de dévouement passionné d'ineffaçables souvenirs ' ! ))

Le succès de la Gazelle de l'Oncsl fut très rapide, et il s'affirmait déjà avec éclat lorsqu'au mois de décembre i8()() les électeurs de la circonscription de Napoléon- Vendée furent de nouveau convoqués, pour remplacer M. de Sainte-Hermine - décédé subitement le 19 novembre. L'élection était fixée au 9 janvier 1870.

Le comité royaliste de la circonscription, que présidait l'abbé de Lespinay, l'ancien représentant à la Constituante et à la Législative, estima que la ^endée avait contracté une dette de reconnaissance envers M. de Falloux, qui fut, d'un consentement unanime, choisi comme candidat. Rorthays, secrétaire du comité, partit aussitôt pour le Bourg-d'Iré, dont le châtelain se croyait bel et bien libéré et à l'abri de tout nouvel assaut. Après une défense plus longue encore et plus opiniâtre que celle du mois de mai, poussé jusqu'en ses derniers retranchements par son énergique et habile interlocuteur, M. de Falloux finit par consentir à se laisser porter. Seulement, cette fois, il fut formellement entendu qu'il

1. Histoire de la Littérature française sous le gouvernement de Juillet, par Alfred Nettement, t. I, p. 290.

2. Le marquis de Sainte-Hermine avait été élu contre M. Alquier, au scrutin de ballottage du 7 juin 1869.

ne se rendrait pas en Vendée, sa santé ne lui permettant pas de faire une nouvelle campagne, surtout une campagne d'hiver. En son absence, ses amis soutinrent vaillamment la lutte, multipliant les démarches, les brochures, les articles, voire même les chansons. J'en ai conservé une qui avait, je crois, pour auteur M. Alexis des jNouhes, et dont voici un ou deux couplets :

Tié

Tié \iv

mossieu d' Falloux!

Les gars,

mossieu d' Falloux, fin hoxnm' bc pu fin qu' vous,

mossieu d' Falloux,

mossieu d' Falloux !

Les gars,

mossieu de Falloux!

fin homme ti sait tout, mossieu d' t'alloux,

Mais le concurrent de notre candidat, le ])aron Alquier, se moquait bien de nos chansons ! Petit-fds d'un conventionnel, ancien ambassadeur à Naples et à Rome, il était aussi le gendre d'un des plus riches entrepreneurs de la capitale, M. Debrousse, un brave homme plus de trente fois millionnaire, un homme d'esprit qui mit en pratique les conseils de ma mère, aussi bien que s'il eût assisté en tiers à ma conversation avec elle au sujet de Keller. 11 vint de Paris avec de grands laquais galonnés, avec de superbes équipages, et, du matin au soir, courut les grandes routes avec son gendre, arrêtant chaque passant, hélant hommes et femmes dans les champs, sous prétexte de demander son chemin, et payant d'une pièce d'or le plus petit renseignement.

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