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CHAPITRE XIV

LA CHUTE DE l'eMPIRE

L'Empire librral. — La déclaralion de guerre. Un souvenir de 1792. Mort de Prévost-ParadoL — Aux bains de mer du Pouliguen. L'auberge de \L Quélard. Comment je faillis échouer au port. — Retour à Nantes, ('e que renfermaient mes douze cartons verts.

Le 2 janvier 1870, un événement considérable s'était produit. Le ministère Ollivier avait été formé. Ce coup de théâtre était presque un coup d'Etat. Napoléon III biffait, le 2 janvier, ce qu'il avait écrit le 2 décembre; il brûlait ce qu'il avait adoré, il adorait ce qu'il avait brûlé. Le nouveau ministère, en effet, avait pour mission de transformer l'Empire autoritaire en Empire libéral. Il y eut, dans l'opposition conservatrice un applaudissement presque universel. Les hostilités s'arrêtèrent; à la guerre ouverte succéda l'armistice, prélude d'une réconciliation prochaine. M. Guizot reparut dans les salons officiels; M. Odilon Barrot consentit à présider la commission de décentralisation ; le duc Albert de Broglie ' accepta d'entrer dans la commission de l'enseignement supérieur,

I . Son père, le duc Victor de Broglie, était mort peu de jours après l'avènement du ministère Ollivier, le 20 janvier 1870.

36fi MES sot VEMRS

011 figurait aussi mon ami Léopold de Gaillard, qui se faisait pourtant gloire, depuis i85i, d'être un irréconciliable. Encore quelques semaines, et Prévost-Paradol deviendra ministre de France à Washington, pendant que M. Emile Ollivier sera appelé par l'Académie française à riionneur de remplacer Lamartine, et ce sera M. Thiers, assisté de M. de Falloux, qui se chargera d'aller annoncer à l'heureux élu le vote presque unanime de l'illustre compagnie'. Je fus moins prompt à lenthousiasme. Même au plus beau moment de cette lune de miel, je ne pouvais me défendre de répéter :

Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.

Le i5 juillet, la guerre avec la Prusse était déclarée.

Quoi qu'on en ait dit, M. Ollivier y était opposé. Il avait besoin de la paix pour asseoir l'œuvre qu'il avait entreprise. Rêve ou réalité, son Empire libéral ne pouvait survivre ni à la victoire ni à la défaite. L'une comme l'autre lui seraient également fatales. Napoléon III, non plus, ne voulait pas la guerre. Après le A septembre, on a fouillé les tiroirs des Tuileries, et qu'y a-t-on trouvé.'* Des lettres du maréchal Lebœuf prouvant que l'Empereur répugnait à courir les chances d'une aventure, oh il savait que presque toutes les chances seraient contre

I. L'éleclion eut lieu le 7 avril 1870. M. Emile Ollivier réunit 26 voix sur 28 votants. Je crois bien que je dus alors blâmer ce vote, si justifié pourtant, M. Emile Ollivier étant un vrai libéral — c'est dire assez qu'il a cessé depuis longtemi^s d'être républicain, — un puissant orateur et un grand écrivain. Son Empire libéral, dont neuf volumes ont paru, est une œuvre de premier ordre.

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