A AUMALE
qu'on créait l'un après l'autre autour du massif du Djurdjura.
Dans un de ces postes, qui dépendait d'Aumale et qui s'appelait Drâ-el-Mizam, le colonel de Ladmirault avait placé, comme commandant, un adjudant sous-officier de son régiment, nommé Beauprêtre. Beauprêtre n'avait pour ainsi dire pas d'instruction et semblait destiné à végéter indéfiniment dans son grade obscur ; mais, dans ce poste, il révéla soudain l'instinct de la guerre et du commandement. On le vit étendre rapidement son influence, non seulement par des coups de main d'une audace inouïe, mais encore par des décisions judiciaires qui eussent fait honneur à Salomon. En quelques mois, sa renommée rayonnait dans toute la Kabylie, et les femmes faisaient taire leurs enfants, en leur criant : a Voilà Beauprêtre ! » comme elles leur eussent crié : « Voilà Croquemitaine ! » Beauprêtre avança rapidement et justement. La grande insurrection de 1864 devait le trouver colonel et commandant supérieur de Tiaret. Il fut tué, dès les débuts du soulèvement, en essayant de ramener le calme dans une des tribus de son commandement.
Ce fut en rentrant à Aumale que je revis mon ancien colonel, M. d'Allon ville, qui traversait la ville et y faisait étape avec son régiment, le 5e de hussards, rentrant en France. Il témoigna, en me revoyant, un plaisir que la froideur de nos anciennes relations ne m'aurait saière permis de prévoir. C'est que je lui rappelais des temps faciles, et qu'il traversait des temps difficiles. Aux spahis, il suffisait d'être brave, et le colonel l'était jusqu'au bout des ongles. L'indigène était obéissant par tempérament, et les cadres français, composés de braves garçons amoureux avant tout de coups de main et de coups de sabre, n'avaient ni exigences ni susceptibilités. Aux spahis, on ne savait pas ce que c'était que l'opposition. Aux hussards, il n'en allait plus de même. Le 1. 22
colonel, qui avait fait sa carrière dans l'état-major et non dans le service des troupes, réglait les choses suivant le hasard de ses inspirations plutôt que selon la lettre des règlements. Il avait, en outre, dans son corps d'officiers, des esprits frondeurs qui lui faisaient de l'opposition. Aussi revoyait-il avec plaisir mon uniforme, qui lui rappelait les jours sans opposition et les officiers soumis. Il passa toute la journée avec moi, à me faire ses doléances et à me répéter, en parlant de nos relations, qui pourtant n'avaient pas été agréables : « Ah ! c'était le bon temps ! »
En septembre 1848, le colonel de Ladmirault, nommé général de brigade, céda les zouaves et, bientôt après, la subdivision d'Aumale au colonel Canrobert. Avant de partir, il me confia la mission d'enlever, avec trente spahis, au milieu d'un douar, un agitateur, un faux chérif, un Mohammed -ben- Abdallah qui commençait à faire parler de lui et à nous créer des embarras. Je partis avec une compagnie de zouaves qui devait me servir de soutien et me recueillir à moitié route, dans le cas où j'échouerais. J'avais l'ordre, si je parvenais à mettre la main sur mon agitateur, de l'emmener, mort ou vif. J'eus la chance de réussir, de surprendre les gens du douar, au petit jour, de les terrifier assez pour qu'ils me livrassent le bonhomme, dont j'avais le signalement et que je fis lier solidement sur un cheval, tenu en main par mes deux meilleurs cavaliers et placé au centre du peloton. Je ralliai les zouaves, et je rentrai à Aumale avec mon agitateur intact.
Là, je trouvai enfin cette nomination de capitaine après laquelle je soupirais depuis si longtemps. Je remplaçais, comme capitaine adjudant-major, de Mirandol, qui remplaçait, comme chef d'escadrons, le commandant de Vernon. En même temps que le capitaine de Mirandol, deux de ses collègues étaient nommés chefs d'esca-